Younès, héros de “Drôle” sur Netflix, sort son premier album, “Identité remarquable”

Younès, révélé par la série Netflix Drôle, publie ce vendredi Identité remarquable, son premier album. Un disque intime et autobiographique.

On l’a découvert drôle, le voici grave. Le rappeur et acteur Younès Boucif, révélé par la série Netflix Drôle, sort ce vendredi son premier album, après une mixtape et 2 EP. Identité remarquable explore à travers 15 titres des thèmes très personnels, tels que l’identité quand on est enfant d’immigrés, sa grand-mère algérienne, l’amour au temps des réseaux sociaux, les violences sexuelles.

Chaque chanson raconte une histoire, comme Harraga, premier extrait de l’album, sorti le 2 septembre dernier, récit juste et poignant de trois jeunes Algériens qui tentent la traversée de la Méditerranée pour fuir la misère. “La dalle m’a poussé au départ/Mais la mer a plus d’appétit”, y chante-t-il dans le refrain.

“Une carte d’identité de moi à cet âge-là”

Dans d’autres morceaux plus introspectifs, comme Rebeu des pavillons, il évoque son enfance à Rouen, “dans une belle maison”, où “seul Arabe parmi des blancs”, il peine à trouver sa place.

“J’avais envie que ce soit un album authentique et qui me ressemble, j’avais envie que ce soit une carte d’identité de moi à cet âge-là, nous livre-t-il. C’est très personnel.”

Ses textes ciselés et souvent pleins d’humour font mouche, qu’il parle de racisme ou d’amour. “Ils sont tout déboussolés /quand ils voient Younès en jogging parler mieux qu’Solène en souliers”, rape-t-il dans Rebeu des pavillons.

“L’herbe n’est pas plus verte ailleurs”

“L’herbe n’est pas plus verte ailleurs/Elle n’a pas plus de saveur, ou plus de fleurs/Elle est verte là où on l’arrose”, chante-t-il dans Compte de fait.

Il partage un feat avec Médine, autre rappeur normand, qu’il admire depuis l’enfance, et rencontré “la veille du confinement”, à la sortie de son EP Même les feuilles. Ils enregistrent le morceau Vlà les problèmes, dans la chambre de Rilès, qui produit l’album. Un titre drôle et incisif.

“J’ai croisé un flic, il était sympa, ça m’a fait bizarre/Il voulait ma carte et un autographe, sur sa matraque”, chante ainsi le duo.

S’il écrit seul les paroles de ses chansons, Younès rêve de trouver un jour pour ses instrumentations “son Skread” (qui signe la plupart des instrumentations d’Orelsan, ndlr), un “binôme qui comprend ce que je fais et qui me permet de passer une étape, j’ai le sentiment de ne l’avoir jamais trouvé”.

Cet album, Younès l’a écrit ces deux dernières années, mais cela fait longtemps qu’il le mûrit.

Enfant, il découvre l’amour des mots en famille. “C’est ma mère qui m’a transmis le goût de la lecture très tôt, le goût des mots. Quand j’avais 5 ans, elle me lisait la moitié de l’histoire et me disait ‘si tu veux la suite, tu te débrouilles'”.

Son enfance est bercée par la musique d’Oum Kalthoum et de Georges Brassens. Un grand frère et une grande sœur, de 9 et 14 ans de plus que lui, lui donnent le goût du jeu. “Mon frère me filmait avec un vieux caméscope, il me faisait faire 10.000 choses, du coup à ce moment-là j’ai appris à jouer”.

“Une plume aiguisée et des choses à dire”

Le théâtre, pratiqué dès le CM1, puis le rap, découvert un peu plus tard, vont façonner ses envies.

“J’ai commencé à écouter pas mal de rap au collège. De Booba à Hugo TSR en passant par Médine, Keny Arkana. Des gens qui ont une plume aiguisée et des choses à dire”. Mais c’est au lycée qu’il va faire une rencontre décisive.

“Au lycée, j’arrive en seconde et je rencontre Rilès, Leone, et toute cette bande-là, qui deviendra ma bande avec qui on se met à faire du rap.”

Pour rassurer ses parents, il continue ses études. “C’était important pour eux que je continue”. Il fait un master de droit à la Sorbonne. Une période qu’il raconte dans le titre Kirghizistan, “J’vis dans les beaux quartiers/Mais dans une chambre de bonne/Dipômé de la Sorbonne/C’est pour papa qu’j’l’ai fait”.

Pourtant, il étudie sans grande conviction. “Je faisais les choses par-dessus la jambe. je révisais pour les partiels au dernier moment, pour avoir le truc. J’ai toujours eu des facilités à l’école”, se souvient-il.

Il continue le théâtre en parallèle. Et le rap. Dès 2014, il publie sur Youtube son premier clip, Yoon on the moon.

“L’avantage du rap, c’est qu’il n’y a pas besoin de grand chose pour en faire et pour le partager. Je n’avais pas besoin de venir du monde du cinéma, ni d’avoir un agent pour passer des castings. J’ai eu des potes et notamment Rilès, nous a beaucoup offert, parce qu’il avait cette volonté, et il a monté son studio. On a commencé à enregistrer chez lui. On a pu délivrer ça aux gens comme ça.” Il sort alors un son tous les six mois.

Révélé par “Rentre dans le cercle”

A la fin de son master, alors qu’il est surveillant dans un collège pour gagner sa vie, il décide de tenter sa chance en faisant ce qu’il aime.

“Rilès commence à percer et nous montre que c’est possible”. “Je me dis ‘c’est maintenant, c’est possible'”. Il publie alors sur YouTube Les Rapports, quatre performances dans Paris. “L’idée c’était que ça se suive, il y en avait un à Port Royal, puis un dans le métro, un à Opéra et un au Louvre. Ca m’a bien fait connaître auprès du public parisien.” D’autant que ces morceaux arrivent après sa participation à Rentre dans le cercle, l’émission de Fianso, qui lui offre un précieux coup de projecteur.

En 2019, alors que les maisons de disques commencent à s’intéresser à lui, il peut commencer à vivre de sa musique. “C’était une première victoire, pour moi, vraiment”.

L’écho de Rentre dans le cercle lui permet aussi d’être repéré par un agent, de passer des castings. De quoi “concrétiser cet autre rêve d’acteur que j’avais encore en tête”. Il est alors casté pour la série Drôle, créée par Fanny Herrero pour Netflix, sur l’univers du stand-up.

“‘Fleabag’ à la française”

Pour préparer le rôle de Nézir, jeune homme de banlieue qui tente de percer dans le stand-up, il s’essaie ainsi à l’exercice. “Avant qu’on ne commence à travailler les personnages, j’ai écrit mon spectacle de stand-up, en tant que Younès”, raconte-t-il, soulignant la proximité entre rap et stand-up.

Malgré une première saison prometteuse, Netflix décide d’annuler la série, quelques semaines seulement après sa diffusion. Drôle n’aura pas de saison 2.

“Je n’ai pas trop envie d’être triste par rapport à ça”, relativise Younès. “On a fait une saison 1, c’était déjà une chance formidable. J’aurais aimé que ça continue, mais je préfère me concentrer sur le fait que ça ait existé”.

S’il s’apprête désormais à monter sur scène pour défendre son album, Younès pense déjà de la suite. Il veut écrire un livre, une autofiction, creusant le même sillon que l’album. Il a d’ailleurs suivi un master à Paris 8 de création littéraire, pour acquérir la rigueur nécessaire à l’écriture d’un roman.

Il rêve surtout de “faire le Fleabag à la française”, une série d’autofiction sur le modèle de la série de Phoebe Waller-Bridge, mais sur les thèmes qui lui tiennent à cœur, “l’identité, ce que c’est que de grandir arabe en France, mais pas dans un quartier populaire”, raconté “avec sarcasme, humour et autodérision”.

En attendant, on le verra dans un film américain qui sera diffusé sur Netflix, intitulé Lonely Planet, avec Laura Dern et Liam Hemsworth. Une romance, dans laquelle il tient un petit rôle. Avant d’être, bientôt c’est sûr, le héros de sa propre autofiction.

Younès sera en concert à la Cigale, dans le cadre du MaMA festival, le 12 octobre prochain, au Havre, le 23 octobre, dans le cadre du festival Ouest Park. Il assurera également la première partie de Médine au Casino de Paris, le 19 octobre.

Magali Rangin