VIDEO. On y chante, on y danse, on y prend soin de sa féminité… le salon de beauté, dernier refuge des Afghanes

Des jeunes femmes, certaines voilées, d’autres aux longs cheveux flottants, dansant entre elles sur une musique orientalisante, dans une fête improvisée… On pourrait avoir du mal à le croire, mais cet extrait d'”Envoyé spécial” se passe à Kaboul, la capitale afghane. Par leur liberté, elles défient l’ordre répressif des talibans, qui depuis leur retour au pouvoir en août 2021, s’acharnent à effacer la place des femmes dans la société, et leur image. Mais derrière les rideaux de ce salon de beauté, ils ne peuvent rien, et les Afghanes en profitent. 

Après le départ des clientes, le soir, les employées s’accordent un peu de réconfort et mettent de la musique. Nous sommes ici dans l’un des rares endroits où les femmes sont encore autorisées à travailler, car elles n’y croisent pas d’hommes. “Je m’y sens bien mieux que lorsque je suis à la maison, confie Sofia, 25 ans, l’une des esthéticiennes. Chez moi, quand je suis seule, je pense à ce que nous sommes devenues. Ça me déprime, et je ne veux surtout pas ça.

On vient ici se changer les idées, partager ses angoisses…

Alors masser et se faire masser, procurer douceur et affection à d’autres femmes, prendre soin de sa féminité est une façon de se rassurer – et aussi de résister. “Si les talibans nous demandent un jour de ne plus nous maquiller, de ne plus nous apprêter, on continuera, affirme courageusement Nigina, 27 ans, parce qu’on était ces femmes-là avant eux. Ce n’est pas quelque chose qu’ils peuvent nous empêcher de faire.

Ce salon de beauté était l’un des plus courus de Kaboul, on y croisait des stars, des actrices. Désormais, beaucoup ont fui à l’étranger, mais celles qui sont restées en ont fait leur dernier refuge. Elles viennent ici pour se changer les idées, partager leurs angoisses, et même réviser leurs cours, comme Nigina, qui travaillait dans ce salon parallèlement à ses études de littérature anglaise. Au moment de ce tournage, elle avait encore le droit de fréquenter l’université, où filles et garçons devaient être strictement séparés et où seuls les professeurs conservateurs pouvaient encore enseigner. Depuis, Nigina a pu quitter le pays. Son amie Sofia, elle, a réussi à prendre la fuite au Pakistan voisin. 

Extrait de “Kaboul beauté”, un reportage à voir dans “Envoyé spécial” le 24 novembre 2022.

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