VIDEO. L’incinérateur de Strasbourg sous haute surveillance

Voici l’intérieur de l’incinérateur de Strasbourg filmé ces derniers mois par des employés.Sur ces images, des cendres et des résidus d’épuration de fumées s’amoncèlent à l’intérieur de l’usine quand les filtres sont encrassés.

Des substances cancérigènes selon l’INRS (Institut National de Recherche et de Sécurité). Selon ces recommandations, les cendres doivent  être manipulées avec une combinaison spéciale et un masque ventilé.

Pourtant sur ces images que l’on nous a fournies,un sous-traitant effectue une intervention sans les protections nécessaires. L’entreprise dit avoir rappelé à l’ordre cette personne.Elle n’aurait pas respecté les consignes de sécurité.

Mais les syndicats, eux, dénoncent ces conditions de travail : “les cendres sont à l’air libre, normalement ça doit être fermé ou à l’abri, logiquement. C’est pas très bon pour la santé quoi. Tout sort des fours et les salariés respirent tout dans l’installation.”

C’est un danger dans le sens où on est beaucoup exposés alors qu’on devrait pas être autant exposé à ces cendres.

Mathieu Schneider, CGT Sénerval

à l’œil du 20 heures

Un constat partagé par la DREAL, les services de la Préfecture en charge de l’environnement, qui en octobre dernier, après plusieurs visites de contrôle et une mise demeure, dressait un constat inquiétant.

Après plusieurs refus d’interview, l’entreprise Sénerval nous a finalement autorisés à filmer le site il y a quelques jours. L’exploitant tient à nous montrer qu’il a depuis achevé les travaux de réparation.

Dans la zone où l’on voyait des tas de cendres, le ménage a été fait.La visite se poursuit dans la salle de contrôle. Où un salarié reconnaît qu’il y aurait néanmoins toujours des dysfonctionnements : “Le four 2, concrètement, l’électrofiltre bouché, une société extérieure vient les déboucher, c’est assez récurrent d’ailleurs.”

Le responsable de la communication met fin à l’échange :

Dans le cadre du fonctionnement d’une usine comme celle-ci, il peut arriver qu’il y ait des aléas de production.

Daniel Atta, responsable de la communication de Sénerval

à l’œil du 20 heures

Par écrit, Sénerval justifie sa mise en conformité tardive et précise :

“Sénerval a entrepris, dès le début d’année 2022, un important programme de travaux de plus de 4 millions d’euros (…) Il a cependant été impacté par les effets du conflit en Ukraine.”

Une information judiciaire ouverte par le Parquet de Strasbourg

À ce jour, les services de la Préfecture ne se sont pas encore rendus sur place pour constater les améliorations que l’entreprise affirme avoir apportées. Une information judiciaire est par ailleurs ouverte pour des faits de mise en danger liés au fonctionnement de l’usine. Affaire que ne souhaite pas commenter Sénerval.

Mais cette usine pose-t-elle une autre question, celle de la vétusté ?

C’est en tout cas l’accusation que porte un ancien cadre du groupe qui souhaite garder l’anonymat et qui pointe aussi la responsabilité de la métropole, propriétaire des murs : “C’est une usine qui est en train de pourrir.La structure même du bâtiment est corrodée et s’effrite à intervalle régulier.Le béton se décroche à certains endroits”.

Je n’ai jamais rencontré un site industriel présentant autant de risques.

Un ancien cadre du groupe Séché, anonyme

à l’œil du 20 heures

Contactée, l’Eurométropole dément ces accusationsSénerval explique de son côté investir massivement pour moderniser l’usine.

Parmi nos sources (liste non-exhaustive) :

Le dernier rapport de la DREAL

Le rapport de l’INRS spécifiant les mesures de sécurité

Tableau de l’INRS classant les cendres et REFIOM comme cangérigènes

Documents de Georisques sur l’entreprise Sénerval

La couverture de cette actualité par Rue89 Strasbourg