VIDÉO – Alexandra Lamy réalise “Touchées” : “Il y a bien plus de victimes de violences sexuelles qu’on le croit”

Touchées met l’accent sur le travail associatif qu’on ne voit pas souvent à l’écran, non ?

Ce qui m’intéressait avec ce film, c’est l’après. Comment se reconstruire après ces violences ? Est-ce qu’il y a des gens qui peuvent vous aider ? C’est pour ça que je voulais donner un coup de projecteur sur les bénévoles. Ils sont près de 12 millions à travailler dans les associations, ce qui représente un pourcentage énorme de la population. Durant le premier confinement, j’ai beaucoup travaillé avec la Gendarmerie nationale. Je me disais, c’est fou le nombre de victimes qui sont enfermées avec leur bourreau. Comment faire passer des messages, ne serait-ce qu’un numéro de téléphone à appeler ? Moi, j’habite dans une région où il n’y a pas toujours d’Internet, où les victimes sont obligées d’aller à la pharmacie, dans les magasins de première nécessité pour signaler les abus dont elles sont victimes. Ce que me permettait la BD de Quentin, c’est de montrer qu’il y a des gens pour les écouter et les aider à se reconstruire. Qu’on ne les oublie pas.

Connaissiez-vous la thérapie par l’escrime qu’on découvre dans le film ? 

Pas du tout ! Quand j’ai lu la BD de Quentin, tirée d’une histoire vraie, j’ai réalisé que c’était un sport où l’on met un masque : on montre ce qu’on veut, on est complètement protégé, on a une armure et donc peut sortir la violence qu’on a en soi, sans faire mal à l’autre contrairement au karaté où ce serait plus embêtant pour la personne en face (sourire). C’est aussi un moyen d’apprendre à toucher, à être touché. À trouver la bonne distance. L’escrime permet d’expulser les énergies meurtrières Je suis allé assister à plusieurs cours avec Olivier, le maitre d’armes qui joue son propre rôle dans le film. Et j’ai vu des femmes faire sortir des choses, des cris que je n’avais jamais entendus. Olivier travaille avec les victimes, des femmes, des enfants. Et aussi avec les agresseurs parce que dans 85% des cas, ce sont aussi des gens qui ont été agressés. Ça n’excuse pas du tout. Mais c’est un bon moyen de les faire travailler pour aller de l’avant.

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