vers une labellisation du travail d’équipement ?

Créer une certification de qualité du travail d’équipement et d’entretien des sites naturels d’escalade, c’est l’idée soutenue par quatre équipeurs experts et portée par le Syndicat Interprofessionnel de la Montagne (SIM), alors que la politique de déconventionnement des falaises menée par la FFME ouvre de nouvelles perspectives pour la gestion de l’escalade en extérieur.

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Ce lundi 19 septembre se déroulait une réunion par visioconférence regroupant une soixantaine de personnes du monde de l’escalade : fédérations (FFCAM, FFME, FSGT), syndicats (SIM, SNAPEC) et particuliers représentant un club ou une association, à l’initiative d’un collectif d’équipeurs et de
rééquipeurs rompus à l’exercice – Lionel Catsoyannis, moniteur d’escalade et canyon ; Laurent Girousse, guide de haute montagne, équipeur gestionnaire de Ceüse ; Manu
Ibarra, guide de haute montagne, cadre club FFCAM 26 ; Claude Vigier, guide de haute montagne, professeur UFR STAPS, cadre ligue FFME AURA – et de Yannick Vallençant, président du
Syndicat Interprofessionnel de la Montagne (SIM).

Le nouveau marché d’entretien des falaises

Le but : présenter le projet du label Qualigrimpe, à savoir la mise en place d’une certification permettant de définir les « règles de l’art » en matière d’équipement et de rééquipement. L’enjeu : les appels d’offre pour les chantiers de rééquipement et de vérification auprès des collectivités locales. L’idée : éviter une éviction des équipeurs-grimpeurs traditionnels au profit
d’acteurs moins légitimes mais plus organisés comme les sociétés de BTP
(bâtiment et travaux publics) et de travaux acrobatiques qui ont toutes
les clés (reconnaissance locale, personnels diplômés, matériels,
assurances…) pour empocher les marchés de sécurisation des falaises.

En effet, suite au déconventionnement des falaises par la FFME, de nombreuses collectivités ont accepté de reprendre peu à peu la gestion de sites d’escalade, au risque d’une impeccable mise en sûreté des sites d’escalade, à l’image de toutes les autres infrastructures sous la responsabilité de ces acteurs publics.

Les équipeurs veulent donc pouvoir démontrer leur expertise dans l’activité – expertise technique, expérience pratique, savoir-faire de conception, d’étude, de réalisation et de mise à disposition – et ainsi éviter une aseptisation des falaises par des acteurs exogènes. L’engagement, l’esthétisme et l’élégance gestuelle d’un itinéraire font partie intégrante du panel de saveurs de l’escalade extérieure, au-delà de l’aspect technique de l’équipement visant à réduire le risque de chute traumatique en paroi. 

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Un référentiel partagé ?

Pour optimiser ses chances de réussite, le label Qualigrimpe devra avoir l’appui des fédérations et en particulier de la FFME, seule entité reconnue par les pouvoirs publics comme délégataire en matière d’escalade et ce jusqu’en 2025.

Deux porteurs du projet de label lui sont certes liés (Claude Vigier, comme élu à la ligue Rhône-Alpes et membre de la commission nationale SNE, et Yannick Vallençant comme administrateur représentant les professionnels ou « membres associés »), mais la FFME devra néanmoins accepter de partager avec d’autres acteurs ce référentiel de l’équipement si elle rejoint le projet, elle qui a initié de son côté un certificat de qualification professionnelle (CQP) « technicien des équipements d’escalade » en site naturel d’escalade (SNE).

La charte du label intègre en effet une prise en charge des phases – complexes – de concertation avec les pouvoirs publics et les propriétaires terriens. Des équipeurs estampillés « Qualigrimpe » – physiques ou moraux – seraient ainsi reconnus capables d’effectuer une bonne partie du travail encore majoritairement dévolu aux comités territoriaux de la FFME à ce jour, bien que la gestion de l’équipement soit d’ores et déjà confiée à d’autres acteurs que la fédération délégataire dans un certain nombre de falaises.

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Un enjeu de gouvernance

Ce travail serait désormais réalisé par des techniciens labellisés « Qualigrimpe », quelle que soit leur étiquette. Si le projet Qualigrimpe est pour l’instant piloté par le syndicat SIM, l’objectif final est que la structure porteuse devienne rapidement indépendante ou consensuelle pour représenter tous les acteurs représentatifs du secteur au travers d’une commission d’évaluation collégiale : trois sièges pour les fédérations (FSGT, FFCAM, FFME) et autant pour les organisations professionnelles (SIM, SNAPEC, SNGM), deux sièges pour équipeurs et autant pour les fondateurs du label.

Reste à savoir si le milieu de l’escalade est prêt à suivre une telle initiative. La question est centrale tant certains équipeurs français sont connus pour être de véritables électrons libres. les verra-t-on se soumettre au processus d’une telle certification, avec tout ce qu’elle implique (dépôt d’un dossier de candidature, journée d’évaluation, signature et respect d’une charte, etc.) ? Dans les semaines qui viennent, les tenants du projet vont faire le tour des partenaires souhaitant s’impliquer, avec l’idée de délivrer les premiers labels dès le printemps 2023. Affaire à suivre.

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