Une réponse intense au Patriarcat : merci la Winter Family!

Une réponse intense au Patriarcat : merci la Winter Family!

Réfléchir sur le Patriarcat à partir de l’intime, voilà ce qu’offre le collectif Winter Family dans ce spectacle époustouflant. Alors qu’on pourrait croire que tout à déjà été dit sur le sujet, Xavier Klaine, Ruth Rosenthal et leur fille Saralei mettent en scène leur quotidien, leur regard critique sur celui-ci et leur vision de la société actuelle. 1h10 puissante qui fait réfléchir !

Plongé au coeur d’une famille

Lorsque l’on s’installe, le rideau est déjà levé, les deux actrices sont déjà sur scène. Est-on en retard ? Non. Mais cela fait-il longtemps qu’ils sont là ? Depuis toujours. Nous ne verrons qu’un extrait de leur vie, une partie qu’ils ont mis en scène et décidé de nous présenter. On pénètre donc dans leur quotidien ; c’est gênant (et ça le restera pendant le reste de la pièce). On est donc dans un appartement bordélique où les sacs de courses trainent par terre et les briques de lait sont laissées en vrac sur la table. Chacun vaque à ses occupations.

Le patriarcat omniprésent

Le point de départ du spectacle : des proposes sexistes, dits par le mari et notés pendant des mois par sa femme. Ceux-ci sont enregistrés et mis en musique. On pourrait croire que les concepts de domination masculine, de masculinité toxique ont été assimilés et résolus au sein d’un couple d’artistes de gauche informés, et bien non. Toute la misogynie, auquel la société accepte que les hommes se livrent, est présente. Il lui demande de faire la cuisine, il critique sa manière de s’habiller, de se coiffer, de se maquiller, il l’a ramène à son rôle de mère. À ces critiques s’ajoute le chantage affectif qu’il lui fait jusqu’à parler de suicide à de nombreuses reprises. Mais il est également question de racisme anti-blanc, de classe sociale et d’antisémitisme. Le couple a toujours mêlé les faits de sociétés et l’intime comme avec son précédent spectacle H2-Hébron.

L’omniprésence de ce système patriarcal est montré à travers une mise en abîme de la temporalité. Les paroles entendues ne sont pas dites par l’acteur sur scène mais elles ont été préalablement enregistrées et mises en musique. Pendant que les baffles débitent cette litanie de palabres sexistes, l’acteur, tel un coq dans sa basse-court, joue ce personnage complément misogyne. Cette adéquation entre la parole et les actes, malgré une certaine faille temporelle, renforce le poids de ce système patriarcal permit de manière pernicieuse par la société.

Une heure dix intense

Xavier Klaine et Ruth Rosenthal accompagnés de leur fille Saralei réussissent à travers leur trois performances successives à clouer le spectateur à sa chaise. Le couple de musicien et performeur connus sous le nom de Winter Family font d’un sujet contemporain et médiatique un show percutant. Les deux monologues des parents se succèdent. Tout d’abord des phrases coup de poing, avec un vocabulaire très violent. Puis une danse des bras totalement hypnotique accompagnée d’un discours très personnel et métaphorique sur la société et le féminisme. Leur fille prend la parole à la fin du spectacle pour mettre en scène sa vision moderne du féminisme. Elle débite une liste de féminicides qui ont eu lieu partout en Europe depuis le XVème siècle. Cela se fait d’une manière très puissante sur une musique qui va crescendo, crescendo, crescendo.

Un spectacle son et lumière

Dès le début le son est là. Les enceintes diffusent ces propos complètement abjectes qu’a dit cet homme à sa femme. Ces ignominies sont accompagnées d’une musique électro très brute sur laquelle se superpose des ronflements enregistrés durant le sommeil du couple. Les acteurs ont fait un travail très pointilleux et de qualité sur le son. Des étirements de mots, des échos fluctuent le son du spectacle.

Tout au long de la pièce il y a de la fumée, des lumières vives et même des feux d’artifices. Des fleurs descendent du plafond pendant qu’un sac de course y monte. Le spectacle est intense.

Vous devez aller voir ce spectacle ! Il est au CDN d’Orléans jusqu’au 23 septembre. Par la suite il sera à la MC93 du 28 septembre au 9 octobre. La pièce ira après au Lieu Unique à Nantes, à Rennes, à Lille et à Lorient.

Visuels :

©Alain Richard

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