une novice rebelle contre le système religieux et patriarcal

Suzanne Simonin (Pauline Etienne) dans « La Religieuse » (2013), de Guillaume Nicloux.

ARTE – MERCREDI 25 JANVIER À 20 H 55 – FILM

La Religieuse, de Denis Diderot (publié à titre posthume en 1796), est assez riche pour qu’on admette que l’œuvre soit à l’origine de deux films. Celui que Jacques Rivette a réalisé en 1966 (avec Anna Karina dans le rôle-titre) est, selon un jugement largement répandu, un chef-d’œuvre. Ce n’est pas à cette aune qu’il faut mesurer la réussite ou l’échec de Guillaume Nicloux qui, presque un demi-siècle et quelques victoires du droit des femmes et de la liberté d’expression plus tard, raconte à son tour l’histoire de Suzanne Simonin, fille cadette d’un riche marchand qui la force à prendre le voile afin de mieux doter ses sœurs aînées.

Nicloux, « grand défenseur de la provocation, au sens de provoquer des émotions, des débats, un échange », a, entre autres, réalisé des films très noirs (Une affaire privée, en 2002, Cette femme-là, en 2003, La Clef, en 2007) dont le protagoniste traversait des épreuves violentes, parfois dégradantes, avant d’approcher la liberté. C’est ainsi que le cinéaste voit le martyre de Suzanne Simonin : elle ne sera pas un être insignifiant broyé par un système religieux et patriarcal, mais une héroïne en lutte contre l’adversité.

Prologue habile

Il ne s’agit pas de faire au réalisateur un procès en hérésie, mais de constater que ce glissement ne sert pas le film. Certes, la force vitale que dégage la jeune actrice anime les affrontements avec les deux mères supérieures qui tentent d’asservir la novice – l’une par la discipline, l’autre par les sens.

Le spectacle est épicé par la bonne idée d’avoir subverti la logique de la distribution des rôles : Louise Bourgoin incarne la mère supérieure rigoriste tandis qu’Isabelle Huppert prend l’habit de la sybarite. Suzanne Simonin est, elle, interprétée par Pauline Etienne, remarquée en 2009 dans Le Bel Age, de Laurent Perreau, et dans Qu’un seul tienne et les autres suivront, de Léa Fehner.

Venant après un prologue habile, qui montre comment les nécessités économiques conduisent sa famille à se débarrasser de Suzanne – elle sera successivement recluse dans trois couvents –, cet épisode central est découpé avec efficacité, si bien qu’on ne perçoit que progressivement d’incessants appels du pied à l’actualité. La mère Christine (Louise Bourgoin) est là pour rappeler la nocivité de l’intégrisme, sa collègue du couvent de Saint-Eutrope (Isabelle Huppert) est l’effigie de tous les adultes qui profitent de leur autorité pour abuser des enfants et des adolescents.

Ce désir de mettre en scène la lutte contre des maux unanimement (ou presque) dénoncés détourne La Religieuse de son parcours originel, jusqu’à la mener à une fin qu’on ne révélera pas, mais dont on doit prévenir les lecteurs de Diderot qu’elle les déconcertera. Au mieux.

La Religieuse, film de Guillaume Nicloux (Fr., All., Bel., 2013, 107 min). Avec Pauline Etienne, Louise Bourgoin, Isabelle Huppert, Martina Gedeck.