Trois choses qu’on ignore très souvent sur Louis De Funès

Il occupera toujours une place à part dans le cœur de nombreux Français, tant il avait le don de nous faire exploser de rire sous les traits de ses personnages les plus détestables, vilains, pingres, lâches, sournois, délateurs, égoïstes, cumulant les défauts les plus inimaginables. C’est toute la palette de facettes délirantes et nerveuses du jeu de Louis de Funès qui en ont fait un génie du comique français. Autant de personnages mesquins qu’il savait rendre aussitôt sympathiques grâce à son personnage multifacette et son jeu de grimaces si singulier qui parle encore à tant de générations.

Mais au-delà de ses interprétations comiques, nous connaissons finalement très peu l’homme Louis de Funès. Voici 3 petites anecdotes qui vous permettront de le découvrir sous un ciel nouveau et de regarder peut-être encore et encore ses plus grands films de “Pouic-Pouic” à “La Soupe aux choux” en passant par la série des “Gendarmes”, des “Fantomas” ou encore “La grande vadrouille” et “Les Aventures de Rabbi Jacob”.

1 – C’était un musicien dans l’âme : un jeu d’acteur très musical

Révélé dans un piano-bar

Alors qu’il vivote dans Paris et cumule plusieurs petits boulots de circonstances, il devient pianiste de bar au tout début des années 1940. Louis s’offre le Paris noctambule des cabarets où il joue de la musique d’ambiance. Il exploite ses talents de musicien pour peut-être devenir un jour comédien. En 1942, au bar L’horizon, dans le quartier de la Madeleine, il partage ses heures de clavier et sa passion pour le jazz avec Eddie Barclay.

En même temps qu’il joue, il laisse échapper quelques grimaces pour faire rire au passage son public. Il commence déjà à s’imprégner des travers de l’humanité en observant ses contemporains. Même s’il est encore loin de se douter qu’il est voué à devenir l’archétype national de tous les travers qu’il grimace. Lui-même confiait qu’il “racontait déjà des histoires tout en jouant au piano“. En effet, il choisit de faire de la musique une composante essentielle de sa théâtralité.

Le rythme dans la peau

La musique a toujours fait partie de sa vie et de son jeu d’acteur. Il cultive très tôt le sens du rythme et connaît le sens du crescendo. Ce qui a été déterminant dans sa capacité à construire ses rôles et ses scènes, tel un très grand musicien. Dans “Le Grand Atelier” que Vincent Josse avait consacré au personnage, l’écrivaine et biographe de Louis de Funès Sophie Andriansen nous apprend que cet amour pour la musique et le piano, le comédien l’hérite directement de l’éducation que sa mère, Leonor, leur a apporté à lui, à sa sœur Marie et à son frère Charles. Sa mère lui enseignait le piano classique quand elle n’était pas en train de le pourchasser à grands cris pour lui dire d’arrêter de gesticuler dans tous les sens.

Bien qu’il songe à suivre quelque temps les cours Simon, rien ne vaut plus que son expérience en tant que pianiste de bar. C’est la meilleure école dramatique qu’il ait reçue. Celle qui a développé instinctivement son sens de la mise en scène, par l’intermédiaire de tous les personnages qu’il a improvisés sur scène en jouant du piano. Un sens de la mise en scène très musical qui devait très bientôt ressortir devant la caméra tant il jouait, mimait, dansait et chantait parfois tout en même temps. Son jeu d’acteur relève presque quasiment de la chorégraphie.

Un savoir-faire et un savoir-être qu’il exploite davantage pendant sa longue série de seconds rôles, lorsqu’il intègre la troupe théâtrale des Branquignols dirigés par Robert Dhéry et Colette Brosset. Notamment dans “Ah ! Les belles bacchantes” de Jean Loubignac en 1954. Ses talents lui permettent de décrocher son premier grand rôle en 1957 dans “Comme un cheveu sur la soupe” où il illustre cette parfaite combinaison entre musique et mise en scène comique. Toute une dramaturgie basée sur la musicalité qui préfigure celle de “L’homme orchestre” de Serge Korber, en 1970, dans lequel il joue le rôle d’un impresario tyrannique qui mène une troupe de danseuses.

Le point d’orgue est sans doute la chorégraphie mémorable des “Aventures de Rabbi Jacob” (1973) où il montre à nouveau combien il a plus que jamais le rythme dans la peau. Dans une interview accordée à Vincent Josse, le compositeur du film, Vladimir Cosma, racontait que le rythme, les pas techniques de Louis de Funès lui étaient venus presque spontanément devant la caméra : “Il a trouvé les gestes, l’humour devant la caméra. Il était très à l’aise rythmiquement et techniquement, il faisait ce qu’il voulait quand il voulait“.

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2 – Il détestait les dialogues et préférait le mime

Cet univers Music-hall le conditionne toute sa vie au point d’inventer une nouvelle forme de comique à la Française. Il use systématiquement du mime pour appuyer sa mise en scène, et reprend à son compte le rythme théâtral de Charlie Chaplin. D’une certaine manière, il s’empare du muet pour lui donner la parole. Des moments de jeu qui reposent principalement sur de l’imitation et des bruitages qui se suffisent à eux-mêmes. Car, pour Louis, rien ne vaut mieux qu’un langage muet à l’ancienne, qu’il préfère très nettement au cinéma parlant. Ce qui donne davantage de charme à son jeu d’interprétation. L’art de son langage corporel, c’est ce qui donne véritablement toute sa magie à sa mécanique dramaturgique et qui le rend absolument intemporel.

Son corps parle parfois plus que sa bouche. Il se sert de son corps comme d’un véritable instrument avec un jeu d’attitude et de rythmes sans commune mesure. Ses pitreries n’en sont que plus hilarantes. Cette passion pour le mime, il la doit là aussi à sa mère : quand il la faisait enrager en courant autour du piano pendant ses cours, sa mère agissait avec une gestuelle qui l’amusait énormément enfant et qu’il a toujours eu l’habitude de reproduire ensuite. Lui-même confiait que sa mère était sa grande inspiratrice en termes de grimaces et de gestuelles : “Le personnage que j’interprète, c’est ma mère, ce sont ses gestes puisqu’elle aussi mimait beaucoup. Ce fut à son insu mon premir professeur de comédie. Et encore, moi de visage par rapport à elle, je suis de marbre, je ne bouge pratiquement pas. Je revois encore ses colères tout le temps entrecoupées par cette très grande envie complice de rigoler”.

Déjà à l’origine, il exécrait les mots, ce n’était absolument pas son truc. Au micro de “L’Été comme jamais”, le journaliste Alain Kruger, commissaire de l’exposition consacrée à l’acteur en 2021 à la cinémathèque raconte qu’il avait “le mot en haine dans le film comique. Il mimait toutes les scènes avant de les jouer. Il devenait fou avec le texte. C’était l’un des rares acteurs qui coupait son texte. Pas étonnant que ces autres grands inspirateurs comiques étaient tous les grands-maîtres du burlesque de Max Linder à Charlie Chaplin, en passant par Buster Keaton ou encore Laurel et Hardy”.

Une dimension dramaturgique qui le fait ressembler à un personnage de dessin animé, un guignol qui nous fait aimer des personnages très peu aimables grâce à sa série de grimaces naturelles. D’autant que ce jeu de mime sans parole, sans texte, parvient à captiver les plus jeunes générations puisque ce dialogue corporel lui donne aussi un caractère enfantin.

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3 – Un écologiste avant l’heure

“La nature, c’est la seule chose pour laquelle il vaut la peine de se battre”. Voici ce qu’il confiait lors d’une interview en 1979 dans son jardin potager, celui du château de Clermont près de Nantes, qu’il possédait depuis 1967 avec sa femme Jeanne dans la commune du Cellier.

Un entretien au cours duquel il confie cette passion qu’il cultive depuis longtemps pour l’air de la campagne, en particulier le jardinage, l’alimentation biologique. On le voit parcourir son jardin et sa serre de travail conditionnée à l’état naturel où il passe en revue ses salades, ses tomates de culture traditionnelle. Il tenait à entretenir son jardin sans produits chimiques, rien qu’avec de l’engrais naturel. On l’oublie souvent, mais il demeure l’une des toutes premières personnalités à défendre l’agriculture biologique.

D’ailleurs, quand on lui demandait ce qu’il aurait voulu faire si tout était à refaire, il répond qu’il aurait sans doute choisi de travailler plus en contact avec la nature, pourquoi pas horticulteur ou arboriculteur.

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Aller plus loin

RÉÉCOUTER –

Le Grand atelier fantôme de Louis de Funès (par Vincent Josse)
RÉÉCOUTER – L’Été comme jamais (par Thomas Chauvineau) : 

Louis de Funès : pleins feux sur un acteur inimitable
RÉÉCOUTER – On s’Fait des films : Louis de Funès, l’homme derrière le comique –

Ép 1 et

Ép 2