travailler les facettes de l’attractivité collectivement

Même sans compétence directe sur l’offre de soins, des collectivités prennent à bras le corps la question de leur attractivité vis-à-vis des professionnels de santé, notamment les médecins. C’est le cas du conseil régional du Grand-Est.

« Nous avons eu dès le début la volonté de mettre la santé au cœur des dispositifs, a souligné Véronique Guillotin, présidente de la commission Santé, solidarité, citoyenneté du conseil régional lors des Etats généraux de la santé en régions. Et notre première réflexion a porté sur la manière dont une collectivité pouvait renforcer l’attractivité médicale et l’accès au soins » sur son territoire.

La Région et l’ARS ont ainsi développé selon elle une « coopération exemplaire » notamment pour favoriser les modes d’exercice médical coordonné. « Nous avons rapidement compris que les professionnels de santé ne veulent plus travailler comme avant », a ajouté Véronique Guillotin. « Ils recherchent une dynamique de santé mais aussi une dynamique de territoire », d’autant plus quand, comme c’est fréquent, ils ont un conjoint ou une conjointe voire des enfants. Sur ces deux dynamiques, « les collectivités ont un rôle à jouer », a estimé la conseillère régionale.

Dynamique de santé locale

Ce qui a conduit Yannick Pacquelet, médecin généraliste « heureux », à s’installer dans un village des Ardennes de 1200 habitants, c’est effectivement la dynamique de santé locale et le projet de création d’une maison de santé pluridisciplinaire.

« Une MSP, a-t-il témoigné, c’est beaucoup plus que quatre murs, c’est un état d’esprit » partagé par des professionnels de santé libéraux de différents horizons qui souhaitent « travailler ensemble, échanger, progresser ».

Arnaud Robinet, maire de Reims, a confirmé que la co-construction d’un projet médical avec les professionnels avait plus de poids dans l’attractivité d’un territoire que l’octroi d’un logement. Il a insisté : « Il n’y a pas de solution magique » autre que « travailler tous ensemble, région, département, communes, établissements, avec les professionnels de santé » sur ces dynamiques et la qualité de vie.

Jean Sibilia, doyen de la faculté de médecine de Strasbourg, aspire à « réenchanter le système et recréer un pacte de confiance entre l’Etat et les territoires ». L’université peut selon lui jouer un rôle dans cette dynamique en mettant en œuvre sa responsabilité de formation et de recherche et sa « responsabilité populationnelle » envers ses étudiants et ses personnels « et, au-delà, les citoyens, en termes de compréhension de la science et des enjeux de santé ».

Ecosystème économique

Les pôles de compétitivité, notamment dans le domaine de la santé, contribuent aussi à l’attractivité économique des territoires, a déclaré Marco Pintore, directeur général du pôle BioValley, à Strasbourg.

La start-up TokTokdoc, basée dans la préfecture du Bas-Rhin, mise sur la télémédecine pour améliorer l’accès aux soins des personnes âgées, dépendantes ou en situation de handicÉÉÉap. Une dérogation ministérielle, obtenue notamment grâce au soutien de la Région et de l’ARS Grand-Est, lui permet de développer « un nouveau modèle de soin, un nouveau modèle économique » : les médecins qui assurent à distance les téléconsultations de patients en établissement accompagnées par des infirmiers sont payés au forfait et non plus à l’acte.

C’est « le modèle de demain pour les territoires », estime Laurent Schmoll, directeur médical de la start-up. Les multinationales de la donnée comme Amazon Care l’ont compris et cherchent selon lui à investir ce nouveau marché. Pour Jean Sibilia, « il faut être acteurs. Sinon on regardera le train passer et on ne récoltera que les effets négatifs ».

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