“The Hours”, mise en abyme de Virginia Woolf à New York

Renée Fleming est de retour : la soprano star américaine revient mardi soir sur la scène du Metropolitan Opera de New York, pour une adaptation inédite de The Hours, mise en abyme de la vie de l’écrivaine Virginia Woolf.

Roman de Michael Cunningham sorti en 1999 et couronné d’un prix Pulitzer, puis film (2002) nommé neuf fois aux Oscars, Les Heures (The Hours en version originale) raconte l’histoire de trois femmes de générations différentes, mais toutes liées par une même œuvre de l’auteure britannique : Mrs Dalloway.

Au cinéma, Nicole Kidman avait obtenu l’Oscar de la meilleure actrice en 2003 pour son interprétation de l’écrivaine, en proie à la dépression et à une santé mentale fragile quand elle travaille à ce roman au début des années 1920. Sa destinée était mise en parallèle avec celle d’une mère de famille californienne des années 1950 qui cherche à s’évader d’une vie conventionnelle (Julianne Moore), et d’une éditrice littéraire new-yorkaise (Meryl Streep), confrontée à la maladie d’un compagnon frappé par le sida.

À trois actrices prestigieuses, succède un trio de cantatrices renommées : la mezzo-soprano Joyce DiDonato – lauréate de trois Grammy Awards dans sa carrière – pour incarner Virginia Woolf, la vedette de Broadway et de l’opéra Kelli O’Hara, et Renée Fleming dans la peau de l’éditrice new-yorkaise.

Avec cette création, Renée Fleming, grande star de l’opéra américain, est de retour sur la prestigieuse scène du Met Opera, où elle avait fait il y a cinq ans ses adieux à l’un de ses plus grands rôles, dans le Rosenkavalier  de Richard Strauss. À ses yeux, l’opéra est le genre “ parfait ” pour adapter The Hours , “ en raison de la complexité de devoir traiter trois périodes ” différentes.

Dans un entretien, elle compare la musique à “ une sorte de rivière sur laquelle nous pouvons tous flotter, ensemble ou séparément ”. C’est d’ailleurs elle qui a eu l’idée de cette adaptation et l’a soufflée à l’oreille du compositeur Kevin Puts.

“ Ce que vous pouvez faire en musique que vous ne pouvez pas réellement accomplir dans un film ou un livre, c’est que vous pouvez, à un moment, présenter les trois histoires… simultanément ” abonde le compositeur.

Avant ce projet, Renée Fleming travaillait déjà avec le compositeur, pour lequel elle a incarné la grande peintre du 20e siècle Georgia O’Keeffe.

Avec un fil directeur, raconter les histoires de femmes puissantes.


“ Trop souvent dans l’opéra, historiquement, les femmes ont été des sortes de pions ”, explique-t-elle. “ Elles ont été des victimes, elles ont été au centre de luttes de pouvoir alors qu’elles n’en ont aucun (…) Je veux maintenant raconter des histoires sur des femmes qui sont extraordinaires ”.

Outre la puissance des voix, The Hours intègre la danse moderne d’une manière peu fréquente dans les opéras traditionnels, avec des dizaines d’interprètes qui manifestent physiquement les émotions des personnages.

Pour Renée Fleming, des productions comme The Hours peuvent jouer un rôle essentiel pour donner un coup de jeune à l’opéra et attirer de nouveaux publics. Un objectif de longue haleine que le Metropolitan s’efforce d’atteindre.

L’institution avait ouvert sa saison 2021 en mettant à l’affiche, pour la première fois en 138 ans, le premier opéra composé par un musicien noir, Fire Shut Up In My Bones de Terence Blanchard, une œuvre moderne et flamboyante, aux accents jazz et blues.

“ Toutes nos formes d’art doivent vraiment représenter notre population ”, insiste Renée Fleming. The Hours est présenté au Metropolitan Opera de Manhattan du 22 novembre au 15 décembre.

AFP

 


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