« Tár », « Interdit aux chiens et aux Italiens », « Ashkal »…

LA LISTE DE LA MATINALE

« Ashkal », de Youssef Chebbi, 2023.

Grosse semaine de cinéma, adaptable à tous les goûts. Les questions sociétales y dominent toutefois, les meilleurs films étant ceux qui refusent d’y être assujettis. « Cancel culture » du côté de Tár, film hollywoodien complexe, ambigu, adulte enfin. Mémoire familiale d’immigration dans l’animation artisanale en volumes d’Interdit aux Italiens et aux chiens. Evocation de la révolution tunisienne à travers un polar fantastique avec Ashkal. Ou bien encore western horrifique sénégalais, Saloum, qui ambitionne de rallumer la flamme cinématographique du continent.

« Tár », une virtuose victime de son hubris

Cela faisait bien longtemps qu’un film, un vrai film d’auteur, n’avait pas autant passionné le public, qu’un personnage fictif n’avait pas suscité autant d’engouement et de commentaires. Depuis sa sortie anglo-saxonne dans les salles, les uns proposent leur délire interprétatif sur le sens de la fin, les autres s’insurgent contre la misogynie du portrait qui est fait de Lydia Tár, brillante cheffe d’orchestre que le film qui porte son nom cueille au sommet de sa carrière. Il faut préciser à quel point actrice et personnage ici ne font qu’un, à quel point Cate Blanchett, comédienne à la technique absolue, s’épanouit dans ce rôle qui est son meilleur : la netteté de son jeu, sa voix grave et son phrasé louvoyant hypnotisent, formulent à eux seuls un grand spectacle – elle est le métronome de toutes les scènes.

L’écrasante excellence de Tár a son contrepoint. Elle manigance pour embaucher une musicienne qui lui a tapé dans l’œil, fait tout pour passer sous silence le suicide d’une étudiante boursière sous son emprise. Tout un petit cénacle de proches et d’assistants est le témoin impuissant des abus impunis de cette femme trop exceptionnelle pour se soumettre au regard de la société – elle lui préfère celui de Dieu. Cela lui coûtera cher. Mais ce serait réduire Tár à ce qu’il n’est pas : une sorte de film à thèse sur la cancel culture. Il saisit poétiquement l’air du temps, y puise une nouvelle manière de raconter une histoire. Surtout : il laisse tranquille le spectateur, libre de se positionner, de se perdre et de ne pas savoir ce que sera la scène d’après – cette errance est un cadeau qui est devenu trop rare au cinéma. M. Jo.

Film américain et allemand de Todd Field. Avec Cate Blanchett, Noémie Merlant, Nina Hoss (2 h 38).

« Interdit aux chiens et aux Italiens », hommage intimiste à ces migrants qui ont construit la France

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