“Tafé Fanga ? Le Pouvoir du Pagne ?” : premières ovations et premier coup de cœur aux Zébrures d’Automne à Limoges

Tanga fe ? Le pouvoir du pagne ? nous vient du Mali. Ce spectacle très fort est écrit, joué et mis en en scène par des femmes. Il émeut, enthousiasme, touche profondément.

Tafé Fanga ? Le pouvoir du pagne ? met en scène quatre femmes d’âges différents, jeunes et moins jeunes. Avec un décor de magnifiques pagnes signé Patrick Janvier en arrière-plan, on les découvre dans une sorte de gynécée africain, malien sans doute, où leur parole se libère. Ces femmes échangent de manière légère, fantaisiste et joyeuse. Dans de nombreuses scènes du début, la pièce se donne comme une comédie.

Elles parlent de leur vie avec les hommes, de leur relation aux hommes, de la domination des hommes, dans ses formes les plus grossières et brutales et les plus insidieuses. Elles s’expriment alors avec une savoureuse et cocasse liberté de ton. Elles sont aussi parées et belles comme des déesses. Le chant et la danse ajoutent encore à ce moment porté par ces femmes qui savent s’amuser de leur sort et en devenir amusantes.

Un chœur, une femme à quatre voix

Et puis, cela bascule. Les quatre femmes deviennent les quatre membres d’un chœur où elles ne forment plus qu’une. Cette femme à quatre voix dit avec intensité les violences faites au “sexe faible” dans une société traditionaliste. Injonction au mariage, injonction à la maternité, excision et autres sévices moraux au quotidien, ce chœur livre alors de manière frontale un manifeste revendiquant une émancipation des femmes. Il est ô combien légitime face au “pouvoir du pagne”. Cette expression désigne le traditionalisme africain, ici interrogé dans ses diktats patriarcaux.

Jouer sa vie

L’aspect “manifeste” pourrait être un obstacle à l’adhésion du public, s’il n’était porté par le formidable engagement des actrices, Jeanne Diama, Awa Diassana, Niaka Sacko, Tata Tassala Bamouni et Lamine Soumao.

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C’est leur vie qu’elles jouent et rien d’autre. Les larmes qui coulent de leurs yeux, leur viennent du ventre, des épreuves qu’elles ont connues, de leurs histoires les plus intimes. Elles viennent aussi de celles dont elles ont été témoin en ravalant leur révolte et leur peine. Quand elles pleurent, elles pleurent les larmes de toutes les femmes qui ont dû retenir les leurs.

Courage

Le public ne dit rien. Il reçoit. Il comprend. Il est en empathie, plein d’émotion. Il admire le courage de ces femmes, pensant aussi aux représentations qu’elles donneront dans leur pays, devant cette société traditionaliste qu’elles dénoncent.

Société traditionaliste africaine ? Considérant la régression qui vient d’être actée aux États-Unis en matière d’IVG, n’oublions pas que le traditionalisme, le machisme et ses violences, restent toujours tapis, en embuscade, prêts à ressurgir, y compris dans les sociétés les plus avancées en matière d’égalité de traitement entre les hommes et les femmes.

Toujours est-il que le jeu intense des quatre actrices associé au texte fort de Jeanne Diama a bouleversé le public. Il s’est levé en fin de spectacle pour ovationner ces comédiennes ainsi que metteuse en scène Assitan Tangara. Il ovationnait alors leur propos hors du commun, courageux et puissant.

À voir à Limoges, centre culturel Jean-Gagnant, vendredi 23 septembre, 20 h 30, 18, 12 et 8 €, rés. lesfrancophonies.fr ou 05.55.10.90.10 ou [email protected]

 

Par Muriel Mingau

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