SWIFT : Pourquoi la blockchain révolutionne l’industrie des paiements ?

Initialement, la technologie blockchain fut inaugurée pour faire fonctionner le bitcoin (BTC). Cependant, les entreprises se rendent progressivement compte que cette innovation peut complètement révolutionner de nombreux secteurs. Elle ne se limite pas au fonctionnement des cryptomonnaies. Pour résumer très simplement, la blockchain permet de partager des informations sans intermédiaires (désintermédiation), de façon sécurisée et transparente, sans les modifier. Dès lors, la blockchain permet des cas d’usage très différents pour de nombreuses industries. Régulièrement, on cite l’exemple de la Supply Chain (les différentes étapes de la chaine d’approvisionnement) comme secteur pouvant grandement tirer parti de la blockchain. Cependant, l’industrie des paiements est un secteur tout aussi intéressant et prometteur pour la blockchain. Cette industrie est en pleine ébullition ! De façon synthétique, on peut distinguer trois innovations majeures révolutionnant ce secteur : le paiement mobile (énormément utilisé dans les pays en développement), l’apparition des prestataires de service de paiement (un PSP permet à des entreprises tiers d’accepter des paiements en ligne) et la blockchain. Aujourd’hui, en nous appuyant sur l’exemple concret de SWIFT, nous allons nous pencher sur le potentiel de la blockchain dans cette industrie fondamentale pour l’économie.

Vous ne connaissez pas SWIFT ? Pourtant, vous utilisez ses services au quotidien…

En effet, SWIFT est une entreprise plutôt méconnue, mais omniprésente dans nos vies. SWIFT, abréviation de Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunication, est une entreprise belge créée en 1973. Cette société s’est imposée comme un mastodonte du secteur financier. En effet, elle propose une plateforme de messagerie hautement sécurisée avec beaucoup de fonctionnalités pour les institutions financières. C’est sur ce réseau que les banques transmettent les informations pour réaliser les virements bancaires. SWIFT est l’intermédiaire pour la transmission des instructions de paiement entre les institutions financières liées à une transaction. Pour caricaturer, c’est le « WhatsApp » utilisé par une banque A pour communiquer avec une banque B lorsque le client de A (particulier ou entreprise) effectue un virement vers un client de B. Ce réseau n’a pas de concurrent. Il est utilisé par la majorité des institutions financières. SWIFT enregistre plus de 11 000 institutions financières comme clientes. En 2021, le réseau SWFT a transmis 10 milliards d’ordres de paiement !

Le réseau coupe ses activités en Russie

Du fait de sa nationalité belge, SWIFT doit appliquer les sanctions européennes contre la Russie. Bien que les dernières études montrent très clairement que les sanctions européennes pénalisent davantage les pays de l’UE que la Russie, l’arrêt de SWIFT en Russie est une des rares sanctions (voire la seule) qui embête clairement les Russes. D’ailleurs, plusieurs banquiers craignent les cyber-représailles russes contre le réseau SWIFT pouvant mener à une paralysie des paiements… Depuis l’interdiction de SWIFT d’opérer en Russie, le pays des tsars s’efforce de trouver une alternative. Depuis l’invasion de la Crimée en 2014, le pays a développé le réseau SPFS dans le but remplacer SWIFT. Ce réseau marche uniquement au sein du pays. Toutefois, le réseau SPFS les coupe des infrastructures de paiements étrangères. Il permet simplement un fonctionnement bancaire au sein de la Russie.

Dès lors, les Russes se demandent si la blockchain peut remplacer SWIFT pour les paiements transfrontaliers

Pour pallier ce problème, sur le papier, la blockchain paraît être la meilleure solution. En effet, une solution blockchain permettrait de se passer de SWIFT (désintermédiation), de garantir un haut niveau de sécurité et de traiter un grand nombre de messages par secondes (25 000 selon les chercheurs du projet). Afin d’éviter la déconnexion des Russes avec les banques et les autres pays, de nombreux experts travaillent depuis plusieurs mois sur un système de messagerie financière interbancaire reposant sur la blockchain. L’objectif de ces chercheurs russes est de créer un SWIFT au sein duquel il serait impossible de déconnecter un État ou une institution financière. En effet, chaque client de cette messagerie aurait les mêmes droits et accès que les autres. La Russie pourrait alors facilement. Fun fact, pour clairement bien annoncer la couleur, le projet russe a d’ailleurs été nommé « Domestic SWIFT ». Bien qu’il soit compliqué d’avoir des informations, on sait que ce projet est à l’essai au sein de banques russes. Une question se pose alors : le réseau SWIFT peut-il se faire remplacer par la blockchain ?

Le protocole Swift souhaite intégrer la technologie blockchain

SWIFT a décidé de se servir de la technologie blockchain pour perfectionner son réseau

Plutôt que de potentiellement laisser son réseau se faire concurrencer par l’émergence de la blockchain comme outil de messagerie entre institutions financières, SWIFT voit en la blockchain une opportunité. En effet, SWIFT collabore avec la fintech Symbiont Inc dans le cadre d’un projet pilote blockchain. Cette collaboration inclut également d’autres acteurs financiers (comme Vanguard, Citigroup Inc, American Century et Northern Trust). Son objectif est d’améliorer « l’efficacité et la communication des événements importants pour les entreprises cotées ». Ainsi, SWIFT veut utiliser la plateforme Symbiont, qui utilise la blockchain pour résoudre des problèmes relatifs aux institutions financières, afin de transmettre rapidement les informations importantes lorsqu’un événement se produit dans une société cotée en bourse. Ces événements peuvent être un versement de dividendes, des fusions, des dutch auctions ou autres opérations sur des actions. Ainsi, ce partenariat veut associer Symbiont Assembly (la plateforme blockchain) et plusieurs smart contracts au vaste réseau d’institutions financières de SWIFT (plus de 11 000).

Pourquoi SWIFT veut-il utiliser la blockchain ?

Selon le directeur de la stratégie de l’entreprise, « SWIFT utilise la technologie blockchain pour offrir une solution qui fournit des données précises sur l’action de l’entreprise aux acteurs du marché en temps réel ». De façon simple, on peut distinguer 6 façons dont la blockchain optimise le réseau SWIFT pour la communication d’événements importants d’entreprises cotées.

  1. L’instantanéité : la blockchain permet de rapidement partager l’information. La prise de décision serait alors bien plus rapide.
  2. L’automatisation : en utilisant la plateforme Symbiont, les process manuels seront supprimés. L’erreur étant humaine, certaines données rentrées manuellement peuvent être erronées. D’infimes erreurs sur des opérations de plusieurs millions ou milliards d’euros ont des répercussions importantes.
  3. La désintermédiation : ce projet vise à réduire le nombre d’intermédiaires dans la chaîne d’investissement (dépositaires centraux de titres, gestionnaires de fonds, agents payeurs…).
  4. La simplification : actuellement, le nombre élevé d’intermédiaires rajoute de la complexité. En effet, le destinataire reçoit des informations sur le même événement de plusieurs sources. Ces informations sont souvent incomplètes ou partiellement inexactes.
  5. La réduction du coût opérationnel : selon une étude réalisée par SWIFT, 30 % du coût opérationnel lors de la transmission d’information sur un événement important arrivant à une société cotée s’explique par les activités manuelles. Les supprimer réduit donc le coût opérationnel.
  6. La transparence : la blockchain Assembly permet davantage de transparence avec la création d’un enregistrement unique et inaltérable des données. Cela faciliterait alors grandement l’audit numérique.

Concrètement, comment ça marche ?

Tentons de poser des mots sur la partie un peu plus technique ! Les données d’événements (ou d’opérations) concernant des entreprises cotées sont traduites par le traducteur SWIFT en « langage SWIFT ». Elles seront ensuite téléchargées sur la blockchain de Symbiont (Assembly). Leur technologie de smart contract peut ensuite comparer les informations partagées entre les participants (émetteurs ou destinataires). Cela permet alors de signaler les divergences, les contradictions ou les incohérences.

On s’est intéressé au réseau de messagerie transmettant les informations nécessaires aux opérations financières. Toutefois, d’autres segments de l’industrie peuvent bénéficier de la blockchain. Pour en citer quelques-uns : la traçabilité (qui a financé quoi ?), l’identification, la sécurisation des paiements et les paiements transfrontaliers (pour contourner les taux de change entre devises). Quoi qu’il en soit, malgré son apparente complexité, l’industrie du paiement est à la fois fascinante et centrale pour le fonctionnement économique. Et, cette industrie va (et est en train de) connaître des améliorations radicales grâce à la blockchain. Nous avons analysé le projet d’utilisation de la blockchain par le géant SWIFT. Il est également bon de savoir que cette messagerie financière sécurisée travaille en parallèle sur des projets pilotes de tokenisation d’actifs et d’interopérabilité des CBDC.

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Grégoire Morat

Étudiant passionné par l’entrepreneuriat et fasciné par les technologies derrières les cryptos ! Eh oui, je suis persuadé que les deux sont intimement liés : la blockchain et les NFT sont en train de révolutionner de nombreux secteurs et présentent des opportunités inédites.

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