Sonia Rolland tourne son “destin” à La Réunion

À peine majeure, la jeune Sonia Rolland décroche le titre de Miss France, en 1999. Première femme d’origine africaine à obtenir l’écharpe, son élection bouleverse sa vie et marque un tournant dans l’histoire du concours. Vingt ans plus tard, l’ancienne reine de beauté raconte son histoire dans “Un destin”, son premier long-métrage en tant que réalisatrice. “Nadia, le personnage principal qui est incarné par Esther Rollande, est une jeune métisse d’origine rwandaise qui a fui le génocide. Elle a déménagé en France avec sa famille. Elle se lance d’abord dans le basket avant d’être repérée par un émissaire de Miss Poitou-Charentes. Son père la pousse à s’inscrire à l’élection”, résume la productrice, Amanda Herzberg, qui travaille sur le projet depuis le début avec Sonia Rolland. “On le porte depuis 6 ans via notre société So Mad Productions. Puis nous avons été rejointes par Mother Production il y a deux ans”, retrace-t-elle. Elles ont également obtenu le soutien de France Télévisions qui est, à la fois, co-producteur et diffuseur. “Dans un premier temps je pensais le diffuser sur grand écran, mais Un Destin est plutôt un objet télévisuel. Je voulais qu’il s’invite dans les foyers français”, explique l’ancienne Miss France. 

Figurants et techniciens réunionnais 

La fiction est en grande partie tournée à Angoulême, dans la région où grandit la protagoniste, mais quelques séquences se déroulent également à La Réunion. L’équipe a donc posé ses valises dans notre île cette semaine, pour quatre jours intenses de tournage. Dans le scénario, ce changement de décor correspond au voyage de préparation auquel participent les candidates avant la grande finale nationale. Pour filmer ces scènes, la production a notamment investi des hôtels de l’Ouest. “Nous sommes venus avec les acteurs principaux et nos chefs de poste. On les a ramenés pour qu’il y ait une continuité avec ce que nous avions déjà filmé. Autrement, la grande majorité des collaborateurs a été embauchée ici”, explique Amanda Herzberg. Ainsi, une quarantaine de techniciens et plusieurs comédiens réunionnais ont travaillé sur “Un destin”. “Il y a eu un grand travail de fait au niveau du casting des figurantes qui incarnent les autres candidates. Nous avions déjà tourné avec des jeunes filles à Angoulême mais ne pouvions pas toutes les emmener pour des raisons budgétaires. Ophélie Galant, en charge du casting, a trouvé plusieurs Réunionnaises qui avaient les mêmes caractéristiques physiques que les premières actrices. C’était un vrai challenge, mais elle y est parvenue”, raconte la productrice. Ces comédiennes en herbe ont eu l’opportunité de partager des scènes avec l’actrice française Clémentine Célarié, qui campe le rôle de Dame Clochette, la chaperonne des Miss.  

Le tournage d'”Un destin” vient clôturer une période assez chargée pour la filière cinématographique. Les professionnels locaux ont été sollicités pour collaborer à plusieurs projets d’envergure ces derniers mois. À titre d’exemple, on peut citer la série policière “OPJ”. Il y a eu également “Sentinelle”, une comédie portée par Amazon Prime avec Jonathan Cohen à l’affiche. Les équipes de “Camping Paradis”, série à succès diffusée sur TF1, ont également choisi notre île pour tourner un épisode spécial, qui sera diffusé courant 2023 sur le petit écran. 

D’autres avant eux avaient déjà tenté l’expérience. En 2020, en pleine pandémie de Covid, Gérard Jugnot réalisait le “Petit Piaf” sous nos latitudes. Le film sortira en salles le 21 décembre prochain. Il met à l’honneur plusieurs talents réunionnais dont Soan Arhimann, vainqueur de The Voice Kids, édition 2019. 

Aurore Turpin 

Sonia Rolland : “C’est un conte de fées social”

“Un destin” est fortement inspiré de votre histoire. Pour quelles raisons souhaitiez-vous la transposer dans un film ? 

“Mon élection n’est pas due au hasard. C’est le résultat d’un changement emmené par la victoire des Bleus lors de la Coupe du monde de football de 1998. On parlait à l’époque de la France Black Blanc Beurre. Ma victoire s’inscrit dans cette émergence de la diversité dans les médias et à la télévision. Dans les années 90, on a eu des sursauts et des tremblements dans la société, les gens s’engageaient. Je suis très nostalgique de cette période où la révolte était entendue. Aujourd’hui, il y a Internet et les réseaux sociaux qui sont devenus des tribunaux populaires et qui font qu’on a peur de s’engager publiquement. Mais quand je vois la jeunesse se mobiliser, pour la planète par exemple, je me dis qu’il y a de l’espoir. C’est un message d’espoir que je souhaite transmettre à travers ce film. 

Pourquoi tourner à La Réunion ? 

Outre les décors fabuleux, La Réunion est aussi une terre de Miss. Dans le scénario, ce voyage correspond à la période de préparation avant la finale. Durant ce séjour, les candidates vont cohabiter ensemble et se découvrir. C’est à ce moment que les favorites se distinguent, que les tensions et les jalousies se créent. Dans Un Destin, Miss Réunion est vue comme une sérieuse concurrente. Mais petit à petit, Nadia, le personnage principal, va tirer son épingle son jeu alors qu’elle était plutôt considérée comme l’outsider. Ce long-métrage est un conte de fées social.

Vous étiez la première Miss France d’origine africaine, aviez conscience d’être devenue un symbole à l’époque ? 

Au moment de l’élection, non. Je l’ai vécue comme un séisme. Je n’y étais pas du tout préparée, tout est parti très vite. J’ai été repérée lors d’un match de basket l’année de mon Baccalauréat, j’ai été élue Miss Bourgogne, puis Miss France. Tout s’est enchaîné en à peine trois mois. Ce n’était pas évident pour la jeune femme de 18 ans, issue du milieu ouvrier, que j’étais. Mais cette élection c’était une opportunité pour rêver plus grand. J’ai dû apprendre les codes rapidement. J’étais très observatrice et j’agissais à l’instinct, c’est ce qui m’a sauvée. Durant mon règne, j’ai également été épaulée par une dame qui assistait Geneviève de Fontenay à l’époque. Je lui rends hommage dans le film à travers le personnage de Dame Clochette, qui est joué par Clémentine Célarié. 

Qu’est-ce qui vous a attirée vers la réalisation ? 

Depuis que je suis devenue actrice, je me suis toujours intéressée à la technique, je posais déjà beaucoup de questions. Je savais que j’allais passer à la réalisation un jour. J’ai pris le temps de faire mes classes sur les plateaux avant de me lancer. 

Quelle est votre opinion sur la filière réunionnaise ? 

À travers les retours de mes chefs de poste, j’ai réalisé qu’on avait tout ce qu’il fallait ici. On a le cadre, les techniciens et le soutien de la Région. Il y a une vraie dynamique et c’est génial”. 

Miss, actrice et réalisatrice 

D’origine franco-rwandaise, Sonia Rolland s’installe en France avec sa famille pour fuir le génocide des Tutsis. Elle passe son adolescence en Bourgogne. En 1999, elle est élue Miss Bourgogne. La même année elle remporte l’écharpe de Miss France 2000. Après son règne, elle se lance dans une carrière d’actrice. En 2002, elle décroche son premier rôle dans le film de Radu Mihaileanu, “Les Pygmées de Carlo”. “Grâce à cette expérience, un producteur m’a repérée et m’a proposé le rôle principal dans la série Léa Parker”, se souvient-elle. Par la suite, elle enchaîne les tournages pour le cinéma et la télévision. En 2014, elle passe derrière la caméra et réalise le documentaire “Rwanda, du chaos au miracle”. “Un destin” est le premier long-métrage sur lequel elle travaille en tant que réalisatrice. En parallèle, Sonia Rolland poursuit sa carrière d’actrice. Elle joue notamment dans la série Tropiques Criminels, tournée en Martinique. 


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