Sobriété énergétique : le plan du gouvernement pour vous faire baisser le chauffage

“Une sobriété choisie plutôt que des coupures subies”. Voici le mantra du gouvernement, qui appelle depuis plusieurs semaines à la mobilisation générale pour passer l’hiver sans encombre. Objectif : diminuer nos consommations énergétiques de 10% d’ici 2024 et de 40% d’ici 2050. “Etat, collectivités, entreprises, citoyens… Tout le monde a son rôle à jouer, selon ses capacités”, a rappelé la Première ministre Elisabeth Borne lors de sa conférence de presse sur la situation énergétique du pays. En parallèle des mesures de protection annoncées, comme le maintien du bouclier tarifaire en 2023 et la mise en place d’un chèque énergie exceptionnel à la fin de l’année, le gouvernement continue de plancher sur son plan de sobriété. Il devrait en dévoiler les contours au début du mois d’octobre.

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Pour rappel, neuf groupes de travail ont été constitués dès le début de l’été, réunissant les acteurs publics et privés de la grande distribution, de l’industrie, des transports ou encore du logement. Sur ce dernier volet, une ultime réunion s’est tenue vendredi 16 septembre entre les services du ministère de la Transition écologique, dont dépend le Logement, des représentants des bailleurs sociaux, des bailleurs privés, des professionnels de l’immobilier et des associations de locataires. L’occasion de récapituler toutes les mesures et actions proposées par les différents membres du groupe.

Réduction de la période de chauffe

Au premier rang des priorités, les acteurs du logement placent évidemment le chauffage comme principal gisement d’économies d’énergie. Ils reprennent à leur compte la recommandation de RTE, le gestionnaire du réseau électrique, d’abaisser la température de chauffage à 19°C dans tous les logements, au lieu des 20 à 21°C constatés dans la plupart des cas. Pour aller plus loin, le groupe de travail préconise de réduire cette température de 2°C supplémentaires au cours de la nuit, à 17°C et même de la réduire à 16°C sur les périodes d’absence, lorsque les occupants sont au travail par exemple.

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Des mesures qui font largement consensus et que les Français semblent approuver : selon un sondage OpinionWay pour le quotidien Les Echos, 71% d’entre eux se disent prêts à ce qu’une telle limite soit appliquée dans les logements. C’est un peu plus compliqué, en revanche, lorsqu’on évoque la réduction de la période de chauffe en immeuble. Traditionnellement, les chaudières collectives sont lancées à la mi-octobre, au moment où les températures chutent, et sont éteintes au printemps, généralement à la mi-avril. “L’idée serait de retarder leur allumage de quelques jours et de les couper un petit peu plus tôt au printemps”, explique Olivier Safar, président de la commission copropriété de l’Union des syndicats de l’immobilier (Unis). “Mais ça coince, car tous les occupants ne sont pas toujours d’accord”, précise-t-il.

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Les bailleurs sociaux, eux aussi, travaillent immeuble par immeuble pour tenter de grapiller quelques jours. “Il est impossible de donner une consigne nationale : la situation n’est pas du tout la même pour les bailleurs sociaux de la région Grand Est et ceux de la région PACA. Nous essayons donc de travailler le plus finement possible, en accord avec les locataires, pour gagner quelques jours sur la période de chauffe”, explique Marianne Louis, directrice générale de l’Union sociale pour l’habitat (USH), qui fédère les organismes HLM. Mises bout à bout, ces mesures de réduction de la température de chauffage et de la période de chauffe devraient permettre d’économiser près de 15% sur la consommation de chauffage résidentiel.

Individualisation des frais de chauffage

Autre possibilité avancée : l’installation d’outils de contrôle et de pilotage du chauffage dans les immeubles. “Il existe des dispositifs nous permettant d’équilibrer le chauffage dans différentes parties des copropriétés, en tenant compte de l’ensoleillement de certaines façades, par exemple, présente Olivier Safar. Encore faut-il que ce soit rentable, car ce sont des investissements non négligeables : entre 10.000 et 20.000 euros, selon le type d’installation et la taille de l’immeuble.” Ou, plus simplement, l’installation de thermostats programmables, directement dans les logements.

Relayée au second plan des priorités, l’individualisation des frais de chauffage dans l’habitat collectif ne fait en revanche toujours pas l’unanimité. La logique est pourtant imposée depuis 2015 dans les immeubles munis d’un système de chauffage central et elle permettrait évidemment de responsabiliser les Français face à leur consommation. Mais elle est encore très peu appliquée. “Il y a un problème d’acceptabilité”, observe David Rodrigues, responsable juridique de l’association CLCV. “Car c’est avantageux dans certains cas, beaucoup moins dans d’autres. Une étude de l’Ademe (l’Agence de la transition écologique, ndlr) affirmait par exemple que le gain changeait radicalement selon la situation de son appartement au sein de l’immeuble. Et on n’y gagne évidemment pas lorsqu’on se situe sous les combles, sur une façade nord”, résume-t-il.

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Avec l’individualisation des charges, certains occupants verraient donc leur facture fondre, tandis que d’autres la verraient exploser. “Cette individualisation, il faut la faire, mais il faut bien la faire. Cela nécessite par exemple d’appliquer des coefficients de pondération lot par lot, pour éviter le problème de ‘vol de calories’, lorsqu’un voisin coupe volontairement le chauffage pour profiter de la diffusion de chaleur des appartements attenants”, conclut le juriste.

Incertitudes sur l’atteinte des objectifs

Si les participants saluent dans l’ensemble des mesures de bon sens, certains regrettent l’absence de contraintes ou d’incitations fortes face à une situation d’urgence. “Le gouvernement s’apprête à faire une grande campagne de communication sur l’importance des écogestes. C’est très bien, mais s’il n’y a pas de carotte ou de bâton, on n’arrivera jamais au seuil de 10% d’économies d’énergie”, tempête un membre du groupe de travail. “Il faut sensibiliser, c’est certain. Mais souvenons-nous que la température de chauffage maximale de 19°C est imposée depuis 1974 dans les immeubles munis d’un système de chauffage central. Il ne s’agit donc pas d’une mesure de bon sens, mais d’une obligation, qui a d’ailleurs été introduite dans le code de l’énergie”, proteste une autre source. “On pourrait très bien contrôler, auprès des syndics, que les chaudières des grosses copropriétés qu’ils ont en gestion sont bien réglées et conformes à cette obligation”, poursuit-elle.

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“Le discours peut certes paraître peu ambitieux, mais les pouvoirs publics ont travaillé à l’élaboration de mesures acceptables et surtout rapidement réalisables. D’un point de vue politique, financier et juridique, il était compliqué d’aller au-delà”, défend pour sa part David Rodrigues. “Si vous décidez d’imposer la limitation à 19°C de la température de chauffage, il faut pouvoir contrôler et sanctionner, le cas échéant. Et au vu du contexte, cela paraît difficilement acceptable par la population”, ajoute-t-il.

Tous les participants interrogés s’accordent néanmoins sur deux choses. La première, c’est qu’il sera difficile d’atteindre l’objectif de 10% d’économies d’énergie dans les logements avec de simples appels à la sobriété. Surtout en cas d’hiver froid. La seconde, c’est que les moyens déployés par le gouvernement ne sont pas à la hauteur des enjeux. “Il est par exemple fortement recommandé d’engager des travaux de rénovation énergétique, notamment sur l’isolation. Mais aucune aide supplémentaire n’est prévue pour inciter les ménages à passer à l’acte”, regrette Audrey Zermati, de la société Effy.

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“Les Français ont bien compris qu’il fallait engager des travaux énergétiques. Mais ils les reportent, car ils n’ont pas les moyens de supporter l’augmentation des prix de l’énergie et des chantiers coûteux”, abonde Olivier Safar. Selon nos informations, la loi de finances pour 2023 devrait néanmoins acter une augmentation de certains forfaits de MaPrimeRénov’, la principale subvention aux travaux d’économies d’énergie, notamment sur les gestes d’isolation.

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