Selcen Ergun, réalisatrice turque: «mon premier film a été tourné par -20°C»

VidéoLa compétition du Festival International du Film de Marrakech a débuté, avec la projection film «Snow and bear» (2022) de Selcen Ergun, une réalisatrice turque. Un film tourné dans des conditions très rudes, au milieu des tempêtes de neige, et par -20°C. La cinéaste évoque ces conditions de tournage, dans cette interview avec Le360.

Snow and Bear, le premier long-métrage de la Turque Selcen Ergun a été projeté hier, samedi 12 novembre 2022. Le film a été sélectionné pour faire partie de la compétition de ce 19e FIFM, qui a lieu jusqu’au 19 novembre 2022.

 

C’est l’histoire d’Aslı, une infirmière qui vient d’être affectée dans un village reculé, où l’hiver semble interminable. Dans ce froid glacial et rude, les aspects les plus complexes de la nature humaine se révèlent au grand jour, après la disparition soudaine d’un homme de cette petite communauté alors que se propagent des rumeurs selon lesquelles les ours sont sortis plus tôt que prévu de leur hibernation… 

 

Le360 a rencontré Selcen Ergun, qui a bien voulu parler de son premier film. 

 

 

 

 

 

«Snow and bear» a été projeté ce soir, il fait partie de la compétition officielle du FIFM de Marrakech. Quelles ont été les principales difficultés que vous avez rencontrées au cours de ce tournage ?

L’idée du film tourne autour d’un hiver interminable. La principale difficulté, c’était de filmer un hiver rude, en plein changement climatique. Pour le tournage, qui a duré quatre semaines, on devait trouver un endroit avec suffisamment de neige.

 

Nous nous sommes rendus dans un village montagneux en Turquie, et les conditions étaient très difficiles. Il faisait -20°C. Il y avait des jours de tempête de neige très violentes, et nous étions obligés de rester cloîtrés à l’hôtel. Parfois, alors qu’on devait [se rendre dans] les lieux de tournage, on découvrait que les routes étaient bloquées.

 

Comment s’est déroulé le processus d’écriture de ce scénario?

Le processus d’écriture est différent pour chaque film. Pour ce film, que j’ai commencé à écrire en 2018, ce sont les sentiments et les émotions ressenties ces dernières années qui ont déterminé le processus d’écriture du scénario.

 

Je me suis posée une question: comment des jeunes femmes, dans des pays comme les nôtres, vivent des moments de pressions qui ne sont pas réellement palpables? Une certaine hostilité, qui a comme envahi le monde entier, et qui a touché toutes les espèces vivantes, pas seulement les humains.

 

Il y a un certain réalisme dans votre film… Pourquoi avoir cherché à éviter un happy-end?

Je ne vois pas ce film comme étant socio-réalistique. Je le vois comme étant une sorte de contes de fées. Les lieux sont réels, les sentiments et les émotions sont réels, les personnages sont vrais, mais pour moi, c’est l’exploration d’un microcosme, car cela se passe dans un village. Toutes les relations entre les protagonistes deviennent plus tangibles, mais il y a une sorte de réalisme magique qui s’installe. Les personnages affrontent les gens du village, les potins et indiscrétions de la vie du groupe. C’est ce qui donne un aspect «contes de fées» à ce film.

 

Comment voyez-vous le cinéma turc d’aujourd’hui? Quelle est selon vous son évolution?

Le cinéma turc est très éclectique. En Turquie, il y a une dominance de séries télévisées, et de films pour le box-office, distribués à l’international. A titre d’exemple, l’actrice principale de mon film, Merve Dizdar, a joué l’an dernier dans une série télévisée qui est diffusée dans le monde entier. Il y a aussi de nouveaux réalisateurs, qui sont apparus ces dix dernières années.

 

Lorsque j’ai commencé à écrire mon film, je ne pensais pas à un genre particulier de cinéma. Le plus important pour moi, c’était d’obtenir une certaine profondeur, et l’adhésion du public.

 

Les Marocains connaissent bien les séries TV turques… Quel est votre avis sur l’effervescence de cette production télévisuelle dans votre pays?

Il y a toujours une raison à l’origine de ce succès. Si les séries TV turques touchent un large public, c’est qu’elles arrivent à captiver les téléspectateurs, qui s’y projettent. Ma mère regarde ces séries tous les soirs, et lorsque je vais la voir, je comprends pourquoi. Il y a une sorte de plongée dans les émotions des personnages, tout le monde s’y projette.