Robots au champ : des producteurs donnent leur point de vue

Depuis quelques années, les robots ont fait leur apparition dans certaines fermes horticoles du Québec, que ce soit sous la forme de sarcleurs robotisés attelés au tracteur ou de prototypes d’équipements autonomes. Trois producteurs partagent leurs observations sur le terrain.


Productions horticoles Van Winden : gagner en temps et en efficacité

« Je peux créer des zones tampons autour des laitues. Dans une année, j’arrive à faire de 75 à 80 % de mon acrage avec le robot. » Photo : Ferme Productions horticoles Van Winden

« Je peux créer des zones tampons autour des laitues. Dans une année, j’arrive à faire de 75 à 80 % de mon acrage avec le robot. » Photo : Ferme Productions horticoles Van Winden

Au fil des ans, la Ferme Productions horticoles Van Winden a constamment cherché à améliorer ses méthodes de sarclage, par souci d’efficacité, mais aussi afin de réduire les risques pour l’environnement et la santé des travailleurs. L’acquisition d’un premier sarcleur robotisé et guidé par caméra IC-Weeder, du fabricant Steketee, en 2015, a représenté une avancée technologique significative pour le contrôle des mauvaises herbes dans la laitue, estime Marc Van Winden.

« Puisque ce type de technologie est capable de discerner la laitue des mauvaises herbes, on a pu faire le sarclage sur le rang, ce qui auparavant était très difficile. On ne pouvait pas prendre le risque d’abîmer les feuilles », explique-t-il. 

Avant de rentrer au champ, le producteur de Sherrington règle différents paramètres comme le stade de croissance des laitues ou la distance entre les rangs. « Je peux même créer des zones tampons autour des laitues. La tâche des ouvriers qui sarclent s’en trouve grandement simplifiée. Dans une année, j’arrive à faire de 75 à 80 % de mon acrage avec le robot. »

« On a pu gagner en efficacité et en temps. Désormais, le sarclage représente 25 % de la masse salariale à la ferme (avant, c’était plus) et j’ai pu affecter mes équipes à agrandir mes surfaces de culture », mentionne Marc Van Winden. Par ailleurs, les traitements chimiques dans cette culture ont été réduits d’environ 50 %.

Le producteur émet cependant quelques réserves. « Ma plus grande déception est de ne pas avoir pu rentabiliser mon acquisition en cinq ans. Les calculs du fabricant sont basés sur une utilisation de la machine dans 100 % de l’acrage, mais puisque notre saison est très courte, c’est à peu près impossible. »

Aussi, il constate que la technologie évolue très vite et que son robot acheté en 2015 était dépassé par de nouveaux modèles. En acquérant un nouvel IC-Weeder cette année, il a jugé que le potentiel de revente de son « vieux » robot était très faible. « Je m’en sers pour sarcler mes parcelles de chou rave, mais je ne l’aurais pas acheté seulement pour ça. »

Enfin, trouver des travailleurs assez habiles en informatique pour utiliser ce type d’appareil peut constituer un défi, relève le producteur.


Vegkiss : des innovations québécoises prometteuses

Yannick Bérard

Yannick Bérard

La rareté de la main-d’œuvre se faisant plus intense depuis la pandémie, Yannick Bérard, de la ferme Vegkiss à Sainte-Élisabeth, suit de près les innovations susceptibles de lui permettre de moderniser ses opérations pour la culture de brassicacées et de laitues. « On fait appel à des travailleurs étrangers à hauteur de 95 %. ­Heureusement, nous avons notre bassin de réguliers, mais on est à la merci de ce qui se passe à la frontière. La mécanisation et la robotisation pourraient certainement diminuer notre dépendance à la main-d’œuvre », mentionne le producteur.

C’est pourquoi sa ferme a permis aux entreprises québécoises Elmec et Lapalme Agtech de mener des essais au champ en 2021 pour peaufiner leur innovation respective. « On a un œil très intéressé sur les technologies développées ici. On souhaite être à l’avant-garde, et à l’affût des nouvelles occasions d’affaires. C’est encore mieux si ça provient du Québec et si ça peut favoriser notre économie. »

Yannick Bérard qualifie d’intéressante la proposition d’Elmec, qui développe Erion, un robot porte-outils électrique et autonome. « Beaucoup de tests ont été réalisés pour s’assurer que le robot suive bien le rang et qu’il soit capable de répéter ses passages avec précision d’un rang à l’autre. J’ai hâte de voir quand il aura atteint son plein potentiel. D’ici là, c’est très prometteur. »

Dans le cas de la récolteuse à brocolis Sami 4.0, développée par Lapalme, le producteur a apprécié la rapidité d’exécution du robot, bien que des améliorations restent à apporter. « C’est une opération plus complexe, car il faut rendre la machine aussi versatile qu’un humain, commente-t-il. Le travailleur parvient à juger de la qualité, de la grosseur et de la bonne hauteur de coupe assez rapidement. »

Yannick Bérard, qui croit que les deux entreprises sont assez proches de leur but, déplore que dans le contexte actuel, seules les fermes de grande taille soient en mesure de rentabiliser ce type de machinerie. « Tôt ou tard, il faudra que les gouvernements emboîtent le pas pour aider nos entreprises à devenir plus compétitives sur ce plan. »

La ferme Vegkiss a reconduit son partenariat avec Elmec pour tester son robot de seconde génération – revu et amélioré – à l’été 2023. Le producteur enjoint d’ailleurs les autres agriculteurs à recevoir chez eux les développeurs pour favoriser le développement d’innovations. « C’est la seule façon de faire progresser le secteur et de s’assurer que la technologie réponde à nos besoins. »


Fermes Hotte et Van Winden : une dépendance moindre aux agences de personnel

Martin Van Winden. Photo : Gracieuseté de Martin Van Winden

Martin Van Winden. Photo : Gracieuseté de Martin Van Winden

Depuis l’acquisition d’un premier sarcleur robotisé en 2015, Martin Van Winden ne pourrait plus se passer de cette technologie. « On économise du temps et de l’argent », résume le producteur de Napierville, pour qui le sarclage représente jusqu’à 50 % de ses coûts en main-d’œuvre.

Après avoir fait l’achat d’un modèle Robovator, il a réduit de moitié le temps de sarclage dans la laitue. « Mais son système informatique vieillit mal, donc j’ai commandé ce printemps un i.Select de Kult pour revenir à de meilleures performances. » Ce nouveau modèle est également plus rapide et facile à paramétrer que son prédécesseur.

L’utilisation d’un sarcleur robotisé lui a permis d’accélérer le premier coup de pioche et d’éliminer presque totalement la nécessité d’un deuxième passage. L’application d’herbicides en bande dans la laitue n’est plus nécessaire non plus.

La transition au sarclage robotisé a eu comme principal avantage un gain de temps. « Auparavant, on devait souvent appeler en renfort des travailleurs venant d’agences pour combler nos besoins dans le sarclage. Maintenant, on compte ­surtout sur notre équipe », mentionne Martin Van Winden, dont les dépenses de frais d’agence ont chuté de 150 000-200 000 $ à moins de 30 000 $ par année. « On a pu rentabiliser notre premier sarcleur en 2-3 ans », calcule-t-il.

Le producteur est jusqu’ici très satisfait des performances du i.Select. « Son algorithme est plus performant que l’ancien robot et il est assez simple à utiliser. Un employé mexicain le paramètre et le pilote seul. Côté informatique, je n’ai pas eu de pépin pour sa première saison. »

Sa ferme entend poursuivre sa robotisation avec l’acquisition prochaine d’un ­pulvérisateur de précision du fabricant suisse Ecorobotix.