retour en salle d’un film d’action magistral, trop radical pour son temps

Ryan O’Neal dans « Driver » (1978), de Walter Hill.

« C’est un film que les Français aiment beaucoup. » C’est ainsi que Walter Hill définissait sa deuxième réalisation, échec commercial et critique à sa sortie, en 1978, que l’on peut désormais revoir en salle. Revoir The Driver (qui fut titré Driver en France) aujourd’hui convoquera le souvenir de l’incroyable créativité d’une époque où Hollywood s’offrait à toutes sortes d’expérimentations, mais permettra aussi de comprendre en quoi le projet courait le risque d’être incompris aux Etats-Unis.

Car si « les Français » aiment ce long-métrage, c’est qu’ils y ont vu, à juste titre, une variation et une relecture du film policier d’action à travers le prisme du cinéma de Jean-Pierre Melville (et tout particulièrement de son Samouraï, en 1967), c’est-à-dire d’un cinéma qui avait fait le deuil de formes agonisantes pour en livrer une sorte de relecture stylisée, morbide et maniériste.

L’univers mis en scène dans de The Driver est peuplé de prédateurs mutiques, de créatures sans nom dégagées de toute morale et de tout affect visible, engagées dans une lutte à mort au nom d’enjeux dont la dimension abstraite déréalise un récit tout entier tendu par la question de l’efficacité, du geste pur. La parole y est laconique et précise : « I respect a man who is good at what he does » (« Je respecte quelqu’un s’il est bon dans ce qu’il fait »).

Aventure quasi métaphysique

The Driver fut produit par la compagnie britannique EMI pour la Twentieth Century Fox. Le cinéaste dut batailler avec son producteur pour conserver toute la dimension mystérieuse et opaque, dénuée de tout cliché psychologique, d’une aventure quasi métaphysique. Il est possible que le film de Walter Hill apparaisse enfin pour ce qu’il est : l’un des meilleurs films d’action de son temps, et le symbole d’une époque disparue.

Chausse-trapes, trahisons et poursuites brutales se succèdent

Un conducteur émérite (Ryan O’Neal dans un rôle initialement prévu pour Steve McQueen), qui a mis son talent au service de braqueurs qui l’engagent le temps d’un casse, est traqué par un policier tenace et teigneux (l’excellent Bruce Dern), qui met au point, manipulant des malfrats qu’il fait chanter, un piège pour le faire tomber. Chausse-trapes, trahisons et poursuites brutales se succèdent. Le chauffeur est aidé par une jeune femme mystérieuse qui lui fournit un alibi, incarnée par Isabelle Adjani. C’est après avoir vu et apprécié le précédent film de Walter Hill, Le Bagarreur (1975), que l’actrice avait décidé d’accepter ce premier rôle hollywoodien. L’insuccès de The Driver, hélas, ne contribua pas peu à la brièveté de sa carrière américaine.

Il vous reste 23.53% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.