qui est eDog, ce nouvel acteur bordelais du free-floating ?

Les six entreprises qui seront autorisées à opérer des trottinettes, vélos et scooters électriques dans 24 communes de Bordeaux Métropole à compter du mois de novembre ont été désignées. Cinq sont déjà bien connues des Bordelaises et Bordelais et opèrent des véhicules dans plusieurs villes françaises et européennes : Bird, Pony, Dott, Tier et Yego. Mais la sixième, eDog, est un nouveau visage parfaitement inconnu dans le petit monde de la mobilité en free-floating. Cette TPE 100 % bordelaise vient pourtant de décrocher le marché aux dépens d’acteurs bien plus installés et qui semblaient favoris tels que CityScoot, alors même qu’elle n’a jamais géré aucun scooter en free-floating à Bordeaux ou ailleurs. Ce qui ne l’empêche pas de revendiquer un solide savoir-faire.

Bordeaux Métropole désigne ses six opérateurs de vélos, trottinettes et scooters électriques

Derrière les 250 scooters orange vif floqués d’une tête de dogue de Bordeaux qui se feront bientôt remarqués dans les rues de la métropole, on trouve neuf associés emmenés par Jean-David Mora. Ce Bordelais de 34 ans évolue depuis une dizaine d’années dans l’univers des mobilités : chez Bordeaux River Cruise pendant huit ans puis chez E-scoot depuis 2020, au poste d’opérateur terrain puis de directeur des opérations. E-Scoot n’est autre que l’entreprise locale qui opère depuis 2018 en marque blanche les scooters de Yego par le biais d’une franchise. Sa mission : la maintenance, la réparation et le chargement des 200 scooters Yego.

Mais y a quelques mois, l’entreprise barcelonaise a décidé d’internaliser la gestion sa flotte comme elle le fait dans les autres villes françaises et espagnoles. “Le système de franchise à Bordeaux pour gérer les opérations de terrain était une expérimentation. On souhaite désormais piloter toutes nos flottes en direct”, explique à La Tribune Mireia Cardona, la responsable des opérations de Yego. Un changement de stratégie que Jean-David Mora et une partie des ex-salariés d’E-Scoot ont décidé de mettre à profit pour tenter leur chance sur ce marché en réunissant “quelques centaines de milliers d’euros” pour créer eDog et financer l’investissement initial. Un pari qui s’est avéré payant.

“Nous avons la meilleure compétence sur Bordeaux”

“Nous ne connaissons pas du tout cet acteur que l’on a découvert, comme tout le monde, à l’issue de cet appel d’offres. C’est une très grande surprise puisque c’est une entreprise inexpérimentée. Je précise qu’il n’y a aucun lien capitalistique ni commercial entre eux et Yego. On va bien sûr s’assurer du respect des obligations contractuelles en matière concurrentielle et commerciale”, réagit Mieria Cardona.

En face, à défaut d’expérience sous leurs propres couleurs, les neuf associés derrière eDOG revendiquent ouvertement leur savoir-faire :

“Nous disposons chez eDog de la meilleure compétence sur Bordeaux acquise depuis cinq ans à tous les postes notamment celui de mécanicien électrique. C’est probablement ce savoir-faire qui a convaincu la Métropole”, affirme ainsi Jean David.

D’autant que les fondateurs ont aussi bâti un discours habile combinant implantation locale et business responsable avec une série de réductions prévues pour les étudiants, demandeurs d’emploi et seniors.

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Véhicule éprouvé contre nouveau venu

Outre les racines bordelaises de l’entreprise, dont l’entrepôt est situé rive droite entre la ZAC Bastide Niel et le dépôt de tramway TBM, le scooter d’eDog se veut “plus léger, plus réparable et avec moins de plastique”. Pink, le fournisseur du scooter Super Soco CU-X est installé dans les Yvelines et le développement de l’application se fait en Italie. Doté d’une seule batterie, l’eDog affiche une autonomie de 70 à 90 km grâce à un poids de seulement 46 kg contre 50 à 100 km et 87 kg chez Yego. “Notre véhicule est éprouvé en termes de durabilité, de cycle de vie, de stabilité et de sécurité. Le poids ne fait tout”, fait remarquer Benjamin Viguier, le directeur général de Yego.

“On a choisi l’efficacité et la durabilité plutôt que le style !”, sourit Jean David. “On a réduit les pièces plastiques, plus fragiles, et prévu des taquets en métal pour les protéger en cas de chute. Le tout est équipé de LED et freins à disque et peut transporter deux personnes.”

S’y ajoutent des promesses sur le respect des zones de stationnement, l’arrêt automatique du scooter dans les zones piétonnes et son bridage à 30 km/h dans les rues concernées.

Scooter Yego

Les scooters électriques opérés par Yego (crédits : Yego).

Une activité rapidement rentable ?

Dans cette nouvelle configuration de compétition-coopération avec Yego où chaque opérateur pourra déployer 250 scooters, il faudra encore réussir à dégager une rentabilité. Yego affirme être rentable depuis plusieurs années à Bordeaux et l’objectif serait à portée de main considère le nouvel entrant Jean-David Mora : “L’équilibre est atteignable avec une centaine de scooters à partir de trois à quatre trajets par jour. Donc avec 250 véhicules on devrait être rentable en mars et on pourra dégager des moyens pour rémunérer les associer qui le souhaitent puis se développer”, calcule le cofondateur d’eDog.

De quoi nourrir des ambitions nationales ou à l’étranger ? “Non, ce n’est absolument pas le sujet, notamment parce que ce serait contradictoire avec notre ancrage local“, coupe Jean David. En revanche, le président d’eDog regarde déjà de près des déploiements dans des villes moyennes de Nouvelle-Aquitaine : “Je suis convaincu que dans des villes comme Limoges, La Rochelle, Libourne ou Arcachon, il y a un modèle rentable avec une petite équipe et entre 50 et 100 scooters.”

Comment ces deux Bordelais veulent convertir les salariés au vélo

D’ici là il faudra d’abord faire ses preuves à Bordeaux où les 250 scooters seront répartis sur un territoire plus large que Bordeaux : “Le périmètre de l’appel d’offres est très intéressant puisqu’il intègre le stade Matmut, l’aéroport, la plupart du campus universitaire, les salles d’escalade et divers équipements. Il faudra d’ailleurs peut-être envisager dans quelques temps l’autorisation d’un nombre de scooters plus important”, glisse Jean David.

eDog et Yego disposent d’autorisations valables un an et renouvelables deux fois. Et si leurs relations sont pour l’instant plutôt froides, les deux entreprises vont devoir apprendre à se connaître et à coopérer d’une manière ou d’une autre.