Quentin Tarantino explique pourquoi son 10e film sera son dernier

Quentin Tarantino est peut-être le dernier grand romantique parmi les cinéastes contemporains. S’il souhaite arrêter sa carrière de réalisateur après son dixième long-métrage, ce n’est ni par fatigue ni parce qu’il aurait fait le tour de la question, mais plutôt parce qu’il souhaite partir en beauté, au sommet de son art et sans avoir fait le film de trop.

Partir au bon moment

Des histoires, Quentin Tarantino en aura toujours mille à raconter. Il y a ses livres, son projet de série, sa création Once Upon a Time… in Hollywood depuis laquelle on le sent capable de faire naître des dizaines d’autres récits, sous n’importe quelle forme… À quelques mois de ses 60 ans, le cinéaste américain a les idées très claires, le ton franc et le lâcher-prise de ceux qui n’ont plus rien à prouver.

Au micro de Tom Segura pour le podcast 2 Bears, 1 Cave, où déjà il s’exprimait sur le “problème” Marvel, l’auteur de Pulp Fiction et Jackie Brown s’est exprimé sur son futur long-métrage, qui sera son dernier. Enfin, il ne faut jamais dire jamais plus, mais Quentin Tarantino semble vouloir s’y tenir, et clore sa filmographie avec dix longs-métrages au compteur (Kill Bill 1 et 2 comptent pour un seul).

Once Upon a Time in... Hollywood
Once Upon a Time… in Hollywood ©Sony Pictures

Pourquoi ce prochain film sera son dernier ? A-t-il épuisé ses thèmes ? A-t-il fait le tour de la question ? Le cinéaste explique qu’à ce stade il en est à peine au tout début du développement, et qu’il n’a encore rien écrit. Mais avant même de savoir ce qu’il va raconter, Quentin Tarantino s’attarde sur pourquoi le faire. Ainsi, il n’envisage pas tant ce film en lui-même que comme le dixième d’une série très réussie, et qu’à ce titre il a atteint des sommets dont il ne souhaite pas redescendre.

“J’ai eu une carrière incroyable”

Quentin Tarantino est unique, et n’importe qui d’autre dirait ces phrases qu’on lui tomberait dessus en hurlant à la grossière vantardise. Mais Quentin Tarantino adore le cinéma et respecte son public, et il sait ainsi que l’admiration qui lui est portée l’oblige à se montrer lui-même exigeant. Ainsi, s’il fait en sorte que son prochain film soit son dernier, c’est parce qu’il veut partir au meilleur moment, à sa voir au sommet de son art, et surtout ne pas corrompre à son oeuvre en tirant trop sur la corde.

J’ai fait tout ce que je voulais faire, j’ai eu une carrière incroyable. J’ai eu une chance énorme, un beau destin. Je n’avais aucune idée que le public… En fait, si j’avais dû y penser avant, j’aurais imaginé que le public n’accepterait pas mes films. Et ça n’a pas été le cas. Et j’ai pu travailler au plus haut niveau auquel un réalisateur peut le faire. Je veux partir à ce très haut niveau. Je veux partir au moment où la sortie d’un film de Quentin Tarantino est un grand événement.

Rester pour toujours “dans le coup”

En quelques mots, Quentin Tarantino refuse de devenir has been. Tous ces films ont jusque-là gagné une reconnaissance impressionnante. Depuis l’incompris, selon ses termes, Boulevard de la mort, tous ces films suivants ont reçu au moins un Oscar. Il a lui-même deux Oscars “personnels”, ceux du Meilleur scénario original pour Pulp Fiction et Django Unchained. Globalement, ces neuf films cumulent ensemble, selon IMDB, pour tous festivals et cérémonies de récompenses confondues, 523 distinctions pour 1145 nominations.

Côté public, Quentin Tarantino a un statut d’icône. Tous ces films ont été des succès en salles et donc des opérations très rentables, à l’exception de Boulevard de la mort dont les recettes n’ont dépassé que de 2 millions de dollars son budget. Sa hantise, logiquement, est qu’il perde ce statut.

Je ne veux pas être celui dont on dit : “Je me souviens quand j’étais à fond sur lui. Je me souviens quand j’étais passionné, je me souviens quand j’avais ses affiches sur mon mur. Il est marrant et tout, mais c’est un vieux monsieur, ce n’est plus pareil, il n’est plus dans le coup.

À trop en faire on s’expose mathématiquement plus à se planter. Et après neuf films dont aucun n’est raté, il serait ainsi trop dommage de gâcher ce run d’une qualité stratosphérique. Le soleil Quentin Tarantino a bientôt fini sa course, mais son coucher sera donc, selon son désir, scintillant et immaculé.