Pourquoi un puits bourré de technologie a-t-il été installé au beau milieu d’un champ de Beauce du petit village de Villamblain ?

Près de treize mois de construction et quatre ans “de conceptualisation” pour le puits (de quatre mètres de diamètre), plongeant à vingt mètres sous la surface de la Beauce et de cette exploitation agricole du petit village de Villamblain, près de Patay.

Une installation “unique au monde”, rappelait-on ce mardi, lors de l’inauguration de la plateforme de recherche O-ZNS, née d’une étroite collaboration entre le CNRS, l’université d’Orléans et le BRGM.

La qualité de l’eau

Elle sera notre œil sur la nappe phréatique de Beauce, notre observatoire”, expliquait alors dans le matin au soleil le directeur adjoint de l’Institut des sciences de la terre d’Orléans (ISTO) et chef de projet, Mohamed Azaroual.

Les nappes phréatiques sont à des niveaux extrêmement bas dans le Loiret

 

Mohamed Azaroual est le directeur adjoint de l’Institut des sciences de la terre d’Orléans (ISTO) et le chef de projet.
 

Le puits “va nous permettre de suivre la qualité de l’eau de la nappe (composition chimique) et son évolution par rapport aux pratiques agricoles.” On va fatalement retrouver dedans “ce que les agriculteurs épandent dans les champs, herbicides, pesticides, engrais. Ça va nous permettre de comprendre comment le sol fixe, dégrade ou laisse passer les intrants vers la nappe”.

Et ce, en étudiant les comportements de la zone non saturée en eau, que l’on trouve entre zéro et vingt mètres sous la surface, la taille du puits, équipé de capteurs à toutes les profondeurs et partant dans toutes les directions.

Après 2003, l’été 2022 a été le plus chaud jamais enregistré dans le Loiret

Combien de temps met l’eau à descendre

Le puits (construit par la société Bouygues) se situe dans la zone non saturée en eau, c’est-à-dire, entre la surface du champ et la nappe phréatique. Photo : David Creff
 

Notre observatoire, complète Mohamed Azaroual, “va aussi permettre de surveiller la nappe vis-à-vis des micropolluants, polluants émergents et des perturbateurs endocriniens“, également issus de l’agriculture. Le tout, grâce à de mini-forages, “horizontaux et obliques” au départ du puits, “pour prélever des échantillons d’eau et de roches et ensuite analyser leurs compositions chimiques”.

Les capteurs que l’on trouve sur toute la circonférence de la cavité “offrent des données hautement résolues et spatialisées, nous permettant de savoir combien de temps met l’eau, de pluie ou d’irrigation, à rejoindre la nappe”.

 

On pouvait y descendre ce mardi, enfin, pas jusqu’en bas. Photo : David Creff
 

Précisons que l’objet de l’installation n’est pas d’établir le niveau de la nappe phréatique (“que l’on connaît par ailleurs”), mais bien de mesurer combien de temps met l’eau à descendre. S’il en tombe 30 mm, “on pourra déterminer, avec précision, quelle quantité arrive dans la nappe, est retenue avant par les racines ou s’est évaporée dans l’atmosphère.”

Un bail de quarante ans

Au regard “des changements globaux”, comprendre, l’activité humaine et les changements climatiques, “ça nous permettra de bien appréhender son fonctionnement” et les impacts qu’ont sur la nappe les grands bouleversements en surface.

Mohamed Azaroual ajoute “qu’en compilant tout un tas d’informations (sur les polluants, l’infiltration…), on pourra prédire l’évolution future de la nappe de Beauce”. Les données entrées dans un logiciel, “à effet mémoire”, permettront ainsi de déterminer son état à l’horizon des cent prochaines années, “à travers différents scénarios, dont celui du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat).”

Les équipes scientifiques à l’œuvre autour du puits de technologie voient loin, ce qui explique que la parcelle sous laquelle il plonge est désormais louée à son propriétaire pour les quarante prochaines années. Le temps de voir venir…

La plaque.
 

David Creff

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