Pourquoi les socialistes français n’arrivent pas à se relever

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La réélection dans la douleur et la controverse au poste de secrétaire général d’Olivier Faure remet en cause la stratégie d’alliance du Parti socialiste avec La France insoumise.

Que sont devenues Ségolène Royal, Marisol Touraine, Najat Vallaud-Belkacem? Que font aujourd’hui François Hollande, Manuel Valls, Bernard Cazeneuve, Jean-Marc Ayrault, Stéphane Le Foll? Il y a à peine six ans, ils étaient président, Premier ministre, ex-Premier ministre, ministres… Ils œuvraient au renom du Parti socialiste, une institution qui avait offert deux présidents à la Ve République française, et assuré trois présidences, celles de François Mitterrand avant celle de François Hollande… Plus qu’avoir disparu, ils ont déserté leur formation politique. Le mouvement de l’histoire ne demandait pas qu’ils s’accrochent au pouvoir, à la tête d’une ville, d’une région, dans une fonction prestigieuse au sein de la fonction publique. Mais au moins auraient-ils pu continuer à faire vivre leurs idées au sein de leur famille politique, creuset d’un des courants idéologiques majeurs du XXe siècle.

Le score d’Olivier Faure est plus un désaveu de sa politique qu’un blanc-seing à sa prorogation.

Rien de tout cela. Deux candidatures à la présidentielle plus tard (de Benoît Hamon puis d’ Anne Hidalgo), le Parti socialiste français n’existe quasiment plus, n’est plus incarné par aucune figure un brin charismatique et n’a plus de propositions programmatiques originales à offrir. La guéguerre entre Olivier Faure, leader sortant, et Nicolas Mayer-Rossignol, le maire de Rouen, sur fond d’accusations d’irrégularités lors du scrutin pour désigner le secrétaire général du parti en a fourni, depuis l’annonce contestée des premiers résultats le 20 janvier, une démonstration pathétique. La science politique devra un jour expliquer comment cette formation qui trustait tous les lieux du pouvoir au début du quinquennat de François Hollande – l’Elysée, Matignon, le Sénat, l’ Assemblée nationale, des régions, des grandes villes – a pu s’effondrer à ce point et en si peu de temps. Le rôle de ses dirigeants chevronnés devra en tout cas être questionné.

Le phénomène est d’autant plus étonnant que le Parti socialiste, s’il a été vidé d’une partie de ses forces par le macronisme, au centre, et par le mélenchonisme, à l’extrême gauche, n’a pas été ouvertement concurrencé par une offre politique alternative figurant une gauche de gouvernement. L’écologie politique, telle qu’elle est portée en France par Europe Ecologie Les Verts, n’a pas joué ce rôle. Ce constat et les thématiques que la crise sanitaire du Covid a remis au cœur de l’agenda politique avant qu’elles ne soient submergées par les préoccupations liées à la guerre en Ukraine (la place des métiers de première ligne, les soins de santé, la protection sociale, la réindustrialisation…) démontrent sans doute qu’il y a encore un avenir dans un pays comme la France pour une force socialiste ou social-démocrate.

Encore faut-il en avoir l’ambition. La stratégie d’alliance du secrétaire général, sortant et reconduit, Olivier Faure, avec La France insoumise dans la Nouvelle union populaire écologique et sociale (Nupes) pour les législatives de juin 2022, n’en a pas apporté la preuve. Le PS y a perdu de la cohérence et de la visibilité, la faute à la radicalité du programme de LFI et à l’omni- présence médiatique de son leader, Jean-Luc Mélenchon. Or, le score obtenu par Olivier Faure dans la bataille pour la direction du parti est plus un désaveu de sa politique qu’un blanc-seing à sa prorogation. Après le congrès de Marseille, le 29 janvier, qui devrait acter l’affaiblissement du secrétaire général et la fracture entre les militants pro- et anti-Nupes, l’heure sera peut être venue du vrai sursaut des socialistes.