Pourquoi les salles de cinéma peinent-elles à retrouver leur public ?

L’Étude du CNC publiée en mai dernier précise que 38% des personnes ont perdu l’habitude d’aller au cinéma depuis l’épidémie, 36% trouvent le billet trop cher, 26% préfèrent regarder des films sur d’autres supports et 23% disent manquer d’intérêt pour les films proposés. Pour comprendre les raisons de ce désenchantement Jean-Michel Djian répond aux questions de Marie Sorbier.

Des salles closes aux salles vides

Durant les vagues de confinement successives, les spectateurs ont été privés de cinéma. Depuis que les salles ont rouvert leurs portes, le public n’est malheureusement pas au rendez-vous. La lassitude du public pour le cinéma se trouve aussi ailleurs : aux écrins magiques se sont succédé des hangars dépourvus de charme. Les salles de cinéma sont aujourd’hui plus nombreuses à se trouver dans des multiplexes tels que Gaumont, Pathé ou encore MK2, et non plus dans des cinémas indépendants. Jean-Michel Djian compare ces multiplexes à une grande “épicerie”.

« On y vend à peu près tout et on doit subir la double peine : 20 minutes de publicité avant un film pour 1h30 de cinéma. Et quand il y a cinéma, ce qui n’est pas toujours le cas. » Jean-Michel Djian

Cinéma-vérité versus cinéma-commercial

La logique commerciale émanant de ces grands groupes délite alors la convivialité qui avait cours dans les cinémas d’art et d’essai où l’ouverture à l’autre et le partage étaient plus qu’un état d’esprit, mais une manière de vivre le cinéma. Jean-Michel Djian cite Edgar Morin quand il en parlait à Jean Rouch dans les années 50, ‘On est là pour se faire plaisir, on est là pour communier.’ Cette communion reste un vœu pieux aujourd’hui car rares sont les films à nous bousculer.

« Il faut qu’on sorte de ces salles en ne pensant plus du tout aux billets mais au plaisir vraiment sensuel, charnel que procure le cinéma. C’est encore vrai, heureusement. Mais pour voir un bon film, il faut en voir combien ? » Jean-Michel Djian



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L’absence de créativité au cinéma se ressent de plus en plus et l’on est en droit de se demander si les films ne déçoivent pas nos imaginaires. Est-ce que le langage au cinéma serait au point mort ? Ce qui est certain, c’est que les films exigeants n’ont pas leur place dans l’industrie cinématographique.

« Jean-Luc Godard, qui nous a quittés il y a peu, l’avait dit et répété (…) ce qu’il faut entendre dans le cinéma, c’est le public. » Jean-Michel Djian

Jean-Michel Djian en est effectivement convaincu, ce n’est ni la critique ni l’exposition dans les journaux qui organise le succès d’un film, seul le bouche à oreille fonctionne réellement. Or, sans spectateur, les films sont condamnés à une certaine mort.

Des images phagocytées

Dans sa Tribune publiée dans le Monde, Jean-Michel Djian écrit que le cinéma serait devenu ‘le miroir aux alouettes de notre mal de vivre.’ Il s’explique au micro de Marie Sorbier sur les raisons de ce vocabulaire. Le cinéma industriel serait une manière de se regarder soi-même et de constater que le monde va mal, voire très mal. La faute au formatage des films ?

« La consanguinité avec la publicité joue son rôle. Et Depardieu me disait dans “À Voix nue”, il y a dix ans, qu’on exigeait des acteurs d’aller toujours plus vite. Maintenant, les images vont trop vite et même le son est trop fort. » Jean-Michel Djian



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  • À lire : la tribune de Jean-Michel Djian, publiée dans Le Monde le 18/09/2022

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