Pourquoi le film « Les Algues vertes » met la Région Bretagne sous pression – Algues vertes en Bretagne



Procédure en cours, circulez, y’a rien à voir. Officiellement, du côté du conseil régional de Bretagne, la demande de subvention formulée par la société de production parisienne 2.4.7. films pour « Les Algues Vertes » est un projet parmi d’autres. Tiré de la bande dessinée à succès d’Inès Léraud et de Pierre Van Hove, et actuellement tourné en Bretagne, le long-métrage a reçu mi-septembre un avis favorable du Fonds d’aide à la création cinématographique et audiovisuelle (Facca). Et il lui faut désormais attendre la commission permanente organisée par la collectivité, au mois de novembre, pour connaître le montant qui lui sera attribué.

D’ici là, impossible de savoir combien d’euros sonnants et trébuchants le film touchera du conseil régional. On sait néanmoins qu’un plafond a été fixé à 300 000 € et que, en général, les sociétés de production remplissent leur dossier en demandant le maximum… sans avoir la garantie de l’obtenir.

Cette année, le Facca, composé de professionnels de la filière (scénaristes, réalisateurs, producteurs…), peut compter sur un budget de 4 M€ alimenté par la Région et le CNC (Centre national du cinéma). Et il a d’ores et déjà attribué des subventions à plusieurs films, allant de 2 000 € pour les plus petits projets à 200 000 € pour les plus importants, tels que le film d’animation « Séraphine » produit par Little Big Story.

« Critères objectifs »

Pour ce qui est des « Algues Vertes », tous les regards se portent donc désormais sur les élus de la Région qui, réunis en CP en novembre, fixeront l’enveloppe. « À partir de critères objectifs, tels que le nombre de jours de tournage, les dépenses prévues en Bretagne ou le nombre de salaires versés dans la région », souligne-t-on du côté du conseil régional. Et comme il l’expliquait il y a quelques jours sur le plateau d’Extra Local (Public Sénat), le président (divers gauche) Loïg Chesnais-Girard a toujours suivi l’avis du Facca, mettant la question de la liberté d’expression au centre de ses préoccupations. « Tout simplement, je vais mettre en œuvre la décision habituelle », assurait-il. Façon de ne pas faire de cette procédure un sujet exceptionnel même si, de fait, il l’est.

Car dans ce dossier, le patron de l’exécutif, qui affiche une sérénité à toute épreuve, se sait forcément regardé de près compte tenu des crispations observées ici ou là autour du film. Plusieurs maires, dont celui de Saint-Michel-en-Grève (22), commune particulièrement concernée par les algues vertes, ont notamment refusé d’accueillir l’équipe de tournage au vu de l’image qui sera donnée du territoire. Le synopsis proposé par la société de production donne d’ailleurs le ton : « Au gré de ses rencontres avec des lanceurs d’alerte, des scientifiques, des agriculteurs et des politiques, Inès Léraud élucide non sans difficultés un demi-siècle de fabrique du silence : des échantillons qui disparaissent dans les laboratoires, des corps enterrés avant d’être autopsiés, des jeux d’influence, des pressions et une omerta à but très lucratif….La vérité vaincra-t-elle la loi du silence ? »

La droite pas favorable

Qu’il le veuille ou non, Chesnais-Girard sait que cette subvention est forcément au cœur d’une bataille politique entre les partisans d’une agriculture productiviste et les défenseurs d’un modèle agricole raisonné. À la Région, ses opposants du groupe Hissons haut la Bretagne (droite et centre-droit) dirigé par la maire LR de Vitré Isabelle Le Callennec estiment dans un communiqué qu’au « moment où un énième plan s’engage pour lutter contre les algues vertes, (ils préféreraient) que cette dépense soit consacrée à des actions qui ont prouvé leur efficacité. »

Mais au sein même de la grande famille de la gauche, qui ne cache plus ses différences entre socio-démocrates et pro-alliance avec EELV, les débats autour de la question agricole ne sont pas non plus absents?. Le président de Région sait donc qu’il devra une nouvelle fois la jouer habile pour ne pas déstabiliser une majorité relative ne tenant qu’à un fil.

Pourquoi le film « Les Algues vertes » met la Région Bretagne sous pression

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