Pourquoi il faut en finir avec l’institution scolaire

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    Chers amis lecteurs. 2023 devrait être une année majeure dans le dévoilement de tous les mensonges qui ont permis à certaines puissances de prendre le contrôle de toute l’humanité. Le Great Reset aura peut-être bien lieu cette année, mais pas comme le voudrait le WEF de Davos. En parallèle des guerres économique et militaire, la guerre médiatique est de plus en plus virulente et la nécessité pour les médias alternatifs d’être prêts à y faire face est plus qu’urgente. A Réseau International, nous avons décidé de passer à une étape supérieure avec tous les moyens nous permettant d’être au rendez-vous des grands chamboulements qui nous attendent. Pour cela, nous avons besoin de vous et de votre soutien.

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par Ivan Illich

Bien des étudiants, en particulier ceux issus de familles modestes, savent intuitivement ce que leur apporte l’institution scolaire. Elle leur enseigne à confondre les méthodes d’acquisition du savoir et la matière de l’enseignement et, une fois que la distinction s’efface, les voilà prêts à admettre la logique de l’école : plus longtemps ils resteront sous son emprise, meilleur sera le résultat, ou encore le « processus de l’escalade » conduit au succès ! C’est de cela que l’élève est « instruit » par les soins de l’école. C’est ainsi qu’il apprend à confondre enseigner et apprendre, à croire que l’éducation consiste à s’élever de classe en classe, que le diplôme est synonyme de compétence, que savoir utiliser le langage permet de dire quelque chose de neuf…

Son imagination, maintenant soumise à la règle scolaire, se laisse convaincre de substituer à l’idée de valeur celle de service : qu’il imagine, en effet :

  • les soins nécessaires à la santé, et il ne verra d’autres remèdes que le traitement médical ; 
  • l’amélioration de la vie communautaire passera par les services sociaux ; 
  • il confondra la sécurité individuelle et la protection de la police,
  • celle de l’armée et la sécurité nationale, 
  • la lutte quotidienne pour survivre et le travail productif. 

Santé, instruction, dignité humaine, indépendance, effort créateur, tout dépend alors du bon fonctionnement des institutions qui prétendent servir ces fins, et toute amélioration ne se conçoit plus que par l’allocation de crédits supplémentaires aux hôpitaux, aux écoles et à tous les organismes intéressés.

Je voudrais m’efforcer de montrer que cette confusion entretenue entre les institutions et les valeurs humaines, que le fait d’institutionnaliser ces valeurs nous engagent sur une voie fatale.

Nous allons inexorablement aussi bien vers la pollution du milieu physique que vers la ségrégation sociale, tandis que nous accable le sentiment de notre impuissance. Et ce sont ces trois aspects que nous retrouvons dans l’expérience de la pauvreté dans sa version moderne, de même que dans le processus de dégradation d’ensemble qui s’accélère, dans la mesure où des besoins de nature non matérielle sont conçus comme une demande accrue de biens de consommation. C’est cela qu’il nous faudra montrer au moment où la santé, l’éducation, la liberté individuelle, le bien-être social ou l’équilibre psychologique ne se définissent plus que comme les produits de services ou de méthodes d’exploitation. Il est clair que la recherche visant à définir les options du futur se contente le plus souvent de préconiser un enracinement plus profond des valeurs dans les institutions.

Face à ce mouvement, il devient indispensable de rechercher des conditions différentes qui permettraient précisément au contraire de se produire. Il est donc grand temps de conduire une recherche à contre-courant sur la possibilité d’utiliser la technologie, afin de créer des institutions au service des interactions personnelles, créatrices et autonomes et de permettre l’apparition de valeurs qui ne puissent pas être soumises aux règles des technocrates. Nous avons besoin d’une recherche qui aille à l’encontre des vues de nos planificateurs de l’avenir.

Notre langage de tous les jours, nos conceptions du monde ne révèlent que trop combien nous ne séparons plus la nature de l’homme de celle des institutions modernes, et cela soulève une question d’ensemble que j’entends aborder. Pour ce faire, j’ai choisi de prendre l’école comme paradigme et, par conséquent, je n’aborderai que de façon indirecte d’autres administrations et organismes représentatifs de l’Etat constitué, que ce soit la cellule familiale considérée comme unité de base de la société de consommation ou le parti, l’armée, l’église, les moyens de diffusion et d’information. Il suffit, me semble-t-il, d’analyser le contenu du programme occulte de l’école pour faire apparaître combien une déscolarisation de la société serait profitable à l’éducation publique, de même que la vie familiale, la politique, la sécurité, la foi et les communications entre les hommes profiteraient d’une expérience analogue. […]

On peut dire que de nos jours, non seulement l’éducation, mais la réalité sociale elle-même, se sont scolarisées. Lorsqu’il s’agit d’enseigner aux pauvres comme aux riches la même soumission à l’école, le coût de l’opération pour les uns et pour les autres est à peu de chose près semblable. Les crédits alloués par élève dans les quartiers déshérités et les riches banlieues d’une quelconque ville des États-Unis choisie parmi vingt autres atteignent une somme comparable (elle serait parfois plus élevée pour les pauvres). Riches et pauvres ont la même confiance dans les écoles et les hôpitaux ; leur vie en est influencée. Leurs conceptions du monde reflètent cette conviction et ils en tirent la définition de ce qui est à leurs yeux légitime ou de ce qui ne l’est pas. 

Tous considèrent que se soigner seul est un acte irresponsable, que d’acquérir seul son instruction représente un danger. Toute organisation communautaire qui ne serait pas subventionnée par ceux qui détiennent l’autorité leur semblera témoigner d’un esprit de rébellion, ou ils y verront une entreprise subversive.

Tous font confiance au traitement que seule l’institution peut entreprendre et, par conséquent, tout accomplissement personnel en marge de l’institution sera matière à suspicion. On parvient ainsi à un « sous-développement » progressif de la confiance en soi et dans la communauté. Ce phénomène est encore plus perceptible à Westchester que dans le nord-est du Brésil. Partout, non seulement l’éducation, mais la société dans son ensemble, ont besoin d’être déscolarisées.

Les administrateurs de l’État-providence revendiquent le monopole professionnel, politique et financier, de l’imagination en matière sociale : ils étalonnent les valeurs et définissent ce qui est réalisable. C’est ce monopole qui explique l’aspect particulier que prend la pauvreté dans sa version « moderne ». Chaque besoin auquel on trouve une réponse institutionnelle permet l’invention d’une nouvelle catégorie de déshérités et introduit une définition neuve de la pauvreté. Quoi de plus habituel, de plus naturel pour un Mexicain il y a seulement dix ans que de naître et mourir dans sa propre maison, puis des amis se chargeaient de l’enterrement du défunt. Une seule institution avait son mot à dire : on faisait appel à l’Église qui prenait en charge les besoins de l’âme. Maintenant, commencer ou achever sa vie chez soi devient le signe, soit d’une pauvreté extrême, soit d’un privilège exceptionnel. L’agonie et la mort ont été confiées à la gestion institutionnelle du corps médical et des entrepreneurs des pompes funèbres !

Une société où les besoins fondamentaux de l’homme se transforment en demande de biens de consommation a tôt fait de mesurer la pauvreté selon certains étalons de comparaison que les technocrates peuvent modifier à volonté. Est « pauvre » celui qui ne parvient pas alors à satisfaire à certaines normes de la consommation obligatoire. Au Mexique, les déshérités sont ceux à qui il manque trois années de scolarité, à New York ceux à qui il en manque douze…

Certes, la pauvreté a de tous temps impliqué l’impossibilité d’agir sur le plan social, mais faire de plus en plus confiance aux institutions pour extirper les maux de la société donne à cette impuissance une dimension nouvelle : elle accable maintenant l’esprit, elle retire à l’homme toute volonté de se défendre. Sur les hauts plateaux des Andes, les paysans sont exploités par les propriétaires terriens et les marchands. Qu’ils viennent à Lima et ils sont livrés pieds et poings liés aux agitateurs politiques parce que leur manque d’instruction leur interdit de trouver un travail. La pauvreté modernisée est une infirmité sans recours. Cette modernisation de la pauvreté est un phénomène mondial…

Ivan Illich a écrit ses lignes en 1970 dans « Une société sans école ». Depuis 1999, année de la signature du Protocole de Lisbonne, le Conseil européen a pris le pouvoir sur notre Education nationale, son objectif : fabriquer des crétins.

Le sujet résumé en 2 minutes par Jean-Paul Brighelli :

Pourquoi l’école fabrique des crétins ? La réponse de Jean-Paul Brighelli (vidéo)

source : Bouddhanar