Pour le directeur du Festival de Saint-Sébastien, « le public va revenir dans les salles »

La Croix : Quelle est, selon vous, la singularité du Festival de Saint-Sébastien ?

José Luis Rebordinos : Ce festival est très important pour le cinéma et l’industrie espagnols. Pour nous, le cinéma latino, espagnol et basque doit se faire connaître en Europe et au-delà. Nous sommes très intéressés par les nouveaux talents pour lesquels nous organisons une compétition. Nous avons aussi monté une école de cinéma, en lien avec la Cinémathèque basque.

Une des grandes différences avec d’autres événements, c’est que notre festival se poursuit toute l’année, au-delà de l’événement de septembre. Nous avons une résidence d’artistes pour les aider à réaliser leurs projets. À Tabakalera, la pépinière d’art contemporain dans l’ancienne usine à tabac de la ville, nous programmons des séances de cinéma quatre jours par semaine. Nous ne sommes pas un marché mais nous voulons améliorer l’activité de l’industrie. Cette année, nous avons organisé une rencontre avec quarante investisseurs, parmi les plus importants du monde.

Vous fêtez les 70 ans de ce festival. Comment expliquer cette longévité ?

J. L. R. : Ce festival a une histoire un peu bizarre. Il a commencé en 1953 sous la dictature de Franco. C’était un événement élitiste pour la bourgeoisie et les proches du gouvernement. Plus tard, dans les années 1970, marquées par la fin de Franco, il a commencé à bouger en suivant les intentions démocratiques de la société espagnole.

Après la mort de Franco, les changements ont été rapides. Le festival est devenu très populaire. Puis il s’est fait connaître dans le monde entier. Enfin, ces dernières années, nous avons tenu à associer l’industrie cinématographique, à pousser les nouveaux talents et à nous impliquer toute l’année. Le succès du festival s’explique aussi par ce travail sur la longue durée.

Êtes-vous atteints, en Espagne, par la désaffection du public ?

J. L. R. : La situation actuelle est très mauvaise chez nous aussi, bien plus que chez vous, avec une perte de fréquentation de 50 %. Mais je reste optimiste. Le public va revenir. Découvrir un film en salle est toujours une expérience plus riche et meilleure que chez soi. La peur du Covid va disparaître, s’il ne revient pas en force. Le dernier trimestre s’annonce très prometteur, avec une rafale de bons films annoncés. Si le public redécouvre le plaisir des films en salles, il renouera.

Les plateformes ont couru après les abonnés. Maintenant, elles commencent à les perdre. Désormais, leur problème n’est pas d’en accumuler davantage mais de conserver ceux qu’elles ont déjà. Elles commencent aussi à comprendre que la sortie en salles reste la publicité la plus efficace et la moins chère.

Quelle est votre position pour votre sélection à l’égard des plateformes et des séries ?

J. L. R. : Je suis sur la même position que la plupart des festivals, sauf Cannes. Nous voulons voir des films et nous prenons des films. Ce qui nous intéresse, c’est l’imaginaire et le style d’un metteur en scène, pas la manière de produire son film. Et beaucoup de séries font appel à des cinéastes talentueux et réputés.

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