Politique à Nancy : Anthony Perrin, gauche toujours…

Le conseil départemental de Nancy 2, délégué au territoire du Grand Nancy, est un passionné de street art. © Adrien Gérard

À 35 ans, il est un nouveau visage de la politique locale. Conseiller départemental du canton de Nancy 2 en binôme avec Chaynesse Khirouni, délégué au territoire du Grand Nancy, il se montre ici et là, toujours avec ses convictions chevillées au corps et au cœur. Responsable de la section de Nancy du Parti socialiste, Anthony Perrin compte bien montrer, à quelques semaines du Congrès, que le changement de générations en politique est en marche.

D’un ruban coupé à une foire de la gastronomie, en passant par l’inauguration d’une exposition dans une institution culturelle nancéienne ou encore les cérémonies patriotiques, il est là, partout. Sur la Toile, il ne manque pas une occasion de titiller voire dézinguer ses adversaires de la majorité présidentielle. Si l’attaque et les provocations sont le jeu d’un côté comme de l’autre de l’échiquier politique, l’élu ne voudrait pas que ses prises de position soient réduites à 280 signes. Alors, peut-être devrait-il lever un peu plus le doigt de son clavier et continuer à travailler les dossiers de fond, lui suggèrent certains éléphants… de la vie politique locale.

Engagé au Parti socialiste depuis ses 18 ans et patron de la section de Nancy, élu pour la première fois aux départementales de juin 2021, à quoi rêve Anthony Perrin ? Être à l’écoute de ses concitoyens et agir pour eux ? Pas seulement. Pousser les portes d’autres organes du pouvoir politique ? Prendre davantage de poids dans les rangs socialistes, lui le fidèle d’Olivier Faure ? S’il est prolixe quand on le lance sur le gouvernement, il se veut davantage réservé quand il s’agit de lever le voile sur l’homme qu’il est. Nous avons tenté.

Qui se cache derrière l’élu ?

Anthony Perrin, 35 ans aujourd’hui, a passé son enfance dans le Grand Nancy, plus précisément à Heillecourt, quartier Bretagne. Le milieu ouvrier, les ambiances populaires ne sont en rien des fausses connaissances qu’il pourrait se coller sur le dos pour faire beau. Au contraire, c’est là d’où il vient. Son avenir professionnel, il ne l’envisage pas tellement lorsqu’il est adolescent. Alors sans grand enchantement, passage par Loritz et comme une voie tracée dans la famille, il suit un parcours de formation d’électricien. Le courant ne passe pas très bien dans ce domaine alors il se redirige vers le commerce, seule opportunité ou presque à l’époque d’évoluer sans disposer de diplômes. Davantage motivé, il travaille dur, ne lâche rien et avance au mérite. Pas à pas, il gravit les marches pour être aujourd’hui salarié de l’industrie dans une entreprise de taille, spécialisée dans les portes techniques. « Cela me permet de rester ancré dans le monde réel, dans le quotidien de l’industrie, de l’activité économique », glisse-t-il, ayant conservé son emploi « sans hésiter » malgré son mandat départemental.

L’homme est aussi féru de culture et plus particulièrement de street art. Les multiples fresques apposées sur les murs du Grand Nancy n’ont pas de secret pour lui. Celles que l’on retrouve à de nombreux coins de rue dans des capitales européennes ou des villes plus discrètes, non plus. Ses voyages sont souvent guidés par cet attrait de l’art exposé au grand air. La raison ? « J’aime cette possibilité donnée à l’art de sortir des institutions. Je ne dis pas que les œuvres n’y sont pas bien mais c’est une autre forme d’expression. Il règne souvent dans les œuvres de street art un esprit de liberté, accessible à tous, au quotidien. Pas de ticket d’entrée, pas de démarches, pas de pas-de-porte d’une institution avec ses codes à franchir. Là, au détour d’un trajet quotidien, d’une balade, d’un regard levé vers un immeuble, une rue, un toit, l’art est à portée de contemplation. Les sujets exprimés sont souvent revendicatifs. Droits des femmes, pop culture, aspiration révolutionnaire ou écologique, libertés sexuelles, on y retrouve un peu de tout. J’aime cette diversité. Je crois aussi que ce sont des échos pertinents aux mœurs du moment, des populations voire aux mouvements dans les pays. Le street art n’est pas le même partout. C’est d’une certaine façon le miroir d’une ville », confie-t-il, passionné.

Le Parti socialiste : une évidence

Si sa famille n’a jamais eu d’engagement politique marqué, même si les sujets de la vie quotidienne, de la société et de son avenir ont souvent émaillé son enfance, il y a très vite eu chez lui une évidence : l’engagement au Parti socialiste dès ses 18 ans. Confronté aux inégalités, issu d’un milieu populaire, Anthony Perrin fait certainement partie de ces jeunes générations qui ont toujours cru que l’action politique pouvait mais surtout devait changer les choses. « Le levier politique permet de corriger les inégalités. Mon engagement à gauche coulait donc de source de par mes origines mais aussi dans les valeurs que je partage. Je suis un militant de la première heure et je crois beaucoup aux pouvoirs des partis politiques. Il s’y est passé beaucoup de choses et cela va continuer, j’en suis persuadé. Le contact avec le terrain, le lien entre camarades et autres engagés à gauche », commente-t-il.

Dans ses grands moments militants, il se souvient évidemment de la ferveur et de l’espoir suscités en 2012 par l’élection de François Hollande. « C’était une campagne forte, engagée et porteuse d’espoirs. Il y a eu des réussites mais aussi des déceptions, notamment auprès des classes populaires. Tout n’a pas été mal fait. Je me souviens aussi de la joie partagée par tous de savoir que Chaynesse Khirouni allait siéger à l’Assemblée nationale. Elle a été une députée active, engagée sur de nombreuses thématiques sans jamais perdre sa proximité avec l’échelon local. C’était inspirant », souligne Anthony Perrin.

« Oui, nous vivons une situation difficile »

Autre source d’inspiration bien évidemment, la victoire de Mathieu Klein aux élections municipales. « C’est un tournant majeur, un marqueur de changement puissant », se remémore-t-il avec des étoiles dans les yeux. Depuis 2020 aussi, l’élu est responsable de la section nancéienne du Parti socialiste, la plus grande du département. Avec dans ses rangs, aux côtés de nombreux militants, rien de moins que Mathieu Klein, Chaynesse Khirouni ou encore le sénateur Olivier Jacquin. Autant de personnalités qui nourrissent les débats. « Être dans un parti, c’est être imprégné de la force des discussions, des échanges, des débats, des prises de position, des argumentations mais aussi parfois, des coups de gueule. Tout cela fait partie de la vie démocratique. C’est aussi là où vous trouvez des militants qui ne comptent ni leur temps ni leur énergie pour porter des idées, des valeurs, des projets pour une société différente. C’est puissant », martèle Anthony Perrin.

Alors, quand on l’interroge sur la situation que rencontre son parti depuis 2017, le score humiliant de « la courageuse » Anne Hidalgo en 2022, la Nupes, l’élu essaye de prendre de la hauteur et de passer outre la sempiternelle guerre des motions. « Oui, nous vivons une situation difficile. Il nous faut revenir à nos fondamentaux, retrouver nos courants de pensée qui nous ont forgés. Le Congrès de janvier peut en être l’occasion. Je soutiens à ce titre Olivier Faure et sa ligne : une démarche d’union. Nous l’avons connue aux municipales en 2020, avec une union de différentes forces de gauche qui allait dans celle déjà instaurée au Département et qui s’est renouvelée lors des départementales qui ont suivi. C’est une responsabilité car elle permet de gouverner, de faire avancer les choses même si parfois, nous ne sommes pas sur la même ligne. Dans la grande famille de la gauche comme à l’intérieur du Parti socialiste, je respecte les différents courants de pensée. Ils ne sont pas des adversaires. Nous devons aujourd’hui rassembler la famille socialiste. Ce n’est pas chose facile mais ne nous le cachons pas : il y a un risque. Nous ne pouvons pas donner le sentiment de la division ni au niveau national, ni en Meurthe-et-Moselle. Il nous faut tendre des mains et ne pas fermer de portes », implore-t-il.

Est-ce là autant d’arguments qui pourraient se retrouver dans une déclaration de candidature au poste de Premier secrétaire fédéral du PS 54 ? L’intéressé renvoie au calendrier : « Nous avons un Congrès en janvier. L’élection des représentants dans les fédérations suivra », répond Anthony Perrin. Ne serait-ce pas là une forme d’« en même temps », formule fétiche des membres de la majorité présidentielle qu’il vilipende tant ? Une chose est certaine : Anthony Perrin a du respect pour les figures locales et nationales mais tient aussi à peser dans la balance des nouvelles générations qui aspirent à prendre davantage de responsabilités. Une manière de montrer qu’à gauche, il faudra compter sur lui pour les prochaines années.

Le contact avec le suffrage universel

Nous sommes en 2008, année d’élections municipales. Fidèle à son ancrage local, la première fois qu’Anthony Perrin se frotte aux suffrages, c’est à Heillecourt. Sur une liste de gauche avec l’espoir de faire basculer la ville après les 25 ans de mandat de Roger Gauthrot. C’est finalement Didier Sartelet qui l’emportera et sera renouvelé en 2014 et 2020. Anthony Perrin continue à tracer sa route avant que le mandat de conseiller départemental ne se place sur son chemin en juin 2021. Désigné par ses camarades puis adoubé par les instances décisionnaires comme les pontes locaux, le voilà candidat en binôme avec celle qui deviendra présidente de la collectivité. Il déroule. « C’est un mandat de l’action du quotidien, avec des élus “du dernier mètre”, comme on dit souvent. Une place dans laquelle je me retrouve et qui me faisait envie. De par l’action du Département dans les solidarités et dans l’insertion par exemple. Au sein du Grand Nancy, territoire dont je suis le délégué, c’est là où l’on comptabilise le plus de bénéficiaires du RSA. Cela montre que nous avons collectivement encore beaucoup de choses à faire. Le non-recours aux droits, les difficultés d’insertion, le projet du revenu d’émancipation : nous devons avoir une attention particulière pour notre jeunesse. On ne peut pas se permettre de la laisser sur le bord du chemin. Si le Département est la collectivité des solidarités, elle permet aussi d’accompagner tout un tas de projets porteurs de sens. De la plage des Deux Rives en passant par la première salle de change à destination des personnes handicapées et bien d’autres avancées encore, nous sommes engagés. »

Un an et quelques mois après les élections départementales, Anthony Perrin se dit fier et honoré d’appartenir à une majorité départementale au travail. « Cela implique du temps, de l’énergie, de la présence, des rencontres et échanges avec de nombreux acteurs, c’est passionnant. Nous avons été élus pour agir, pour améliorer le quotidien des gens et c’est ce qui guide mon action et celle de la majorité à laquelle j’appartiens », conclut-il.

L’homme ne fait pas semblant et apprend vite. Ses convictions (trop ?) chevillées au corps peuvent faire de lui un passionné par l’action qui tire plus vite que son ombre, souvent numériquement, sans pour autant avoir les dents (trop) longues. « L’excès du langage est un procédé coutumier à celui qui veut faire diversion », écrivait François Mitterrand. Réponses bientôt ?