POINT DE VUE. Mettons fin à la prédation humaine sur les forêts

Plus de 737 083 hectares ont brûlé dans l’Union européenne depuis le début de l’année 2022. La catastrophe environnementale atteint de nouveaux records en Amazonie, tandis que des milliers d’hectares continuent à être accaparés en Indonésie et que les tourbières du bassin du Congo sont menacées par l’exploitation pétro-gazière. Nous aurions tort de considérer les tensions sur les forêts du monde de façon distincte. Elles relèvent de la même logique. Partout, les acteurs politiques et économiques considèrent les forêts comme des choses, appropriables et manipulables à l’envi. Partout, les forêts sont accaparées, exploitées et asservies au nom de la recherche de la croissance. Partout, les populations qui y vivent sont menacées, humiliées, déplacées et parfois même tuées sur l’autel du profit.

Nous savons désormais que les mono-plantations, notamment celles de pins ou d’eucalyptus, sont un véritable danger pour le vivant. Que certaines pratiques comme les coupes rases – déjà interdites ou strictement encadrées en Slovénie, en Autriche, ou en Lettonie – constituent elles aussi de véritables menaces pour l’intégrité forestière. Nous savons aussi que brûler du bois pour sauver le climat est une aberration.

La filière bois-énergie est pourtant estampillée « renouvelable » au sein de l’Union européenne, quelles que soient les méthodes utilisées. Or, dans certains cas, l’exploitation du bois émet plus de gaz à effet de serre que le charbon. Le Parlement européen propose aujourd’hui de cesser de subventionner l’activité qui consiste à brûler du bois pour produire de l’énergie, et de limiter la quantité d’énergie produite à partir du bois susceptible d’être considérée comme étant « renouvelable ». Il est impératif et urgent que les États membres cessent de considérer les forêts comme une ressource inépuisable.

Lutter contre la déforestation importée

Si l’Union européenne tergiverse sur sa velléité de protection de ses forêts, elle semble enfin prête à agir pour protéger les forêts du monde. Reconnaissant la part croissante de l’Union européenne dans la déforestation mondiale (16 % selon le WWF), une nouvelle législation prévoit d’établir un devoir de vigilance pour toutes les entreprises plaçant des produits sur le marché européen.

Cette législation garantira que plus jamais faire ses courses ne provoquera de déforestation ou de violation des droits humains : bœuf, soja, maïs ou encore cuir seront ainsi concernés. De nombreux lobbies font aujourd’hui pression pour réduire l’impact de cette nouvelle loi : soit en réduisant le nombre de produits concernés par les nouvelles obligations de vigilance, soit en restreignant les territoires concernés aux seules forêts boisées et non aux mangroves ou aux savanes comme le Cerrado brésilien, soit encore en épargnant les acteurs financiers de toute obligation. BNP Paribas est pourtant l’un des plus grands acteurs de la déforestation, ayant notamment soutenu des activités menant à la déforestation à hauteur de 5 milliards de dollars entre 2016 et 2020 selon Global Witness. Nous devons tenir bon.

Garantir le droit des forêts à la régénération naturelle

Le Parlement européen a récemment appelé à reconnaître les forêts anciennes et primaires comme des communs naturels mondiaux, dont les écosystèmes doivent se voir accorder un statut juridique. Si nous voulons préserver des forêts vivantes, nous devons d’urgence rompre avec les dogmes de la croissance infinie et de la supériorité humaine sur les écosystèmes, et ériger une nouvelle règle pour les forêts : celle de leur droit à se régénérer.