Philippe Faucon présente son film “Les Harkis” en avant-première ce samedi 24 septembre au Clap Ciné de Canet

“Les harkis”, nouveau film de Philippe Faucon (Fatima, césar du meilleur film en 2015), raconte les trois dernières années de la guerre d’Algérie, vue depuis une harka, cette petite brigade composée de harkis. Le film sera présenté en avant-première ce samedi 24 septembre au Clap Ciné de Canet-en-Roussillon (18 h), en présence du réalisateur et en collaboration avec le Mémorial de Rivesaltes. 

Avant-première exceptionnelle pour clôturer le mini-festival “Retours de plages, détours de pages” organisé par Imago Publica au Clap Ciné de Canet-en-roussillon avec la collaboration de la librairie Torcatis. Ce samedi, à 18 heures, Philippe Faucon sera présent pour présenter en avant-première son film Les Harkis. Ce long métrage sort en salles le 12 octobre et aborde avec une précision glaciale et très réaliste le sort des harkis, supplétifs de l’armée française durant la guerre d’Algérie.

Un film choral car au lieu de s’attacher à donner la vision d’un “héros” ou personnage principal, Philippe Faucon raconte les trois dernières années d’une harka, ces brigades chargées de traquer les indépendantistes. Parmi la douzaine de combattants, l’un s’engage juste pour subvenir aux besoins de sa famille, un autre pour venger son frère, exécuté par le FLN, un troisième car il a craqué sous la torture. Il a dénoncé ses camarades indépendantistes et n’a pas d’autre choix que de passer dans le camp de la France.

Ils sont sous la responsabilité de sous-officiers français, souvent très jeunes, parfois très près de leurs préoccupations. Quand les premières rumeurs du départ de la France d’Algérie bruissent, les harkis sont inquiets. Cet abandon est l’objet du dernier tiers du film, sans doute le plus poignant car il exprime ce sentiment de trahison. Philippe Faucon a répondu à l’Indépendant avant sa venue dans les Pyrénées-Orientales.

L’Indépendant : Les Harkis de votre film ne s’engagent pas au côté de la France par conviction mais par nécessité économique. Cela reflète-t-il la majorité des cas ?

Philippe Faucon : Cette raison a certainement été celle d’un grand nombre. Quant à savoir si c’était une majorité, je ne me prononcerai pas, les auteurs qui ont travaillé sur le sujet n’ayant pas tous le même avis. Mais tous la donnent comme une raison certainement importante. Une autre raison importante a été les violences du FLN : des Algériens ont rejoint le camp français parce que des proches ont été assassinés, parfois pour des raisons minimes (avoir parlé à un soldat français, etc.). Enfin, il y a eu aussi des raisons d’adhésion, que le film mentionne également lorsqu’un personnage dit qu’il préfère mettre sa confiance dans la parole du général De Gaulle, plutôt que dans celle des chefs de l’insurrection, qui ne lui paraissent même pas capables de s’entendre entre eux.

Vos films abordent souvent la période de la Guerre d’Algérie. Le fait que les affrontements sont de plus en plus lointains dans les mémoires est-il propice pour réécrire certains passages de l’Histoire ?

J’ai l’impression qu’il y a une différence avec l’époque où j’ai fait le film « La Trahison ». Les visions parfois très « fermées » défendues de part et d’autre par les générations qui ont vécu la guerre ou celles qui ont suivi immédiatement ne sont pas toujours reprises par les générations d’après, même si des séparations demeurent. Benjamin Stora dit que la mémoire de la guerre d’Algérie est un entremêlement de douleurs : celle des Algériens, celle des harkis, celles des appelés et celle des Pieds Noirs. Ces douleurs s’excluent parfois encore entre elles, n’acceptant que leurs vérités, qu’elles débarrassent de toute part dérangeante.

Quelques Harkis du Lieutenant  Pascal semblent pouvoir rejoindre la France pour des camps, dont celui de Rivesaltes. Envisagez-vous un film sur la suite de leur histoire ?

En tout cas, ce film manque dans le cinéma français. J’ai une amie, fille de harki, qui a commencé à travailler sur un scénario où elle raconte son enfance et son adolescence dans un camp du sud de la France. J’espère qu’elle réussira à faire ce film.

Lors des différentes avant-premières du film, avez-vous eu l’occasion de débattre avec des descendants de Harkis, voire des Harkis qui ont connu cette époque ?

Oui. Ce sont bien sûr aujourd’hui plutôt des descendants de harkis qui sont présents. Mais une fois était présent un vieil homme de 90 ans, qui a raconté comment lui et quelques autres avaient refusé de se laisser désarmer, avaient réussi à rejoindre un port et à se faire admettre clandestinement sur un bateau, par la menace de leurs armes !

“Les harkis”, avant-première au Clap Ciné de Canet-en-Roussillon ce samedi 24 septembre à 18 heures en présence du réalisateur Philippe Faucon. Par ailleurs, cette journée débutera à 11 heures à la librairie Torcatis de Perpignan par une rencontre avec Serge Regourd, auteur du second volume de l'”Anthologie des acteurs et actrices du cinéma français et de la télévision”. Serge Regourd sera présent l’après-midi au Clap Ciné pour dédicacer son livre puis présenter le dernier film du mini-festival : “Revoir Paris” d’Alice Winocour à 21 h 15. 
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