pari perdu pour la fresque épique de Romain Gavras

C’est un film attendu qui se révèle décevant. Athena, nouveau long métrage de Romain Gavras, fils du cinéaste engagé Costa-Gavras, avait été présenté en compétition de la 79e Mostra de Venise. Disponible ce vendredi 23 septembre sur Netflix, il offre un spectacle visuel, mais pêche par la violence et la faiblesse du scénario.

Dans le quartier difficile d’Athena, la mort d’Idir, 13 ans, battu par des policiers, comme le suggère une vidéo qui circule sur les réseaux sociaux, met le feu aux poudres. Pour accélérer le cours de la justice et connaître les noms des coupables, son frère Karim commet l’irréparable. Avec la jeunesse du quartier, il attaque le commissariat dans un déferlement de violence, puis prend en otage la cité. Sourd aux appels à la raison de son frère aîné Abdel, militaire revenu du Mali, Karim capture un jeune CRS, Jérôme. C’est la guerre civile.

Un résultat entre tragédie et parodie

Athena a été coécrit par le réalisateur Ladj Ly, auteur du filmLes Misérables, quatre fois césarisé en 2020, qui développait de manière réaliste un thème similaire. Romain Gavras souligne l’envergure d’une tragédie grecque de ce nouveau long métrage. Si ce parti pris épique était prometteur sur le papier, le résultat à l’écran semble parfois parodique, tant les clichés sont poussés à leurs extrêmes. Que ce soit dans le traitement des personnages – une masse bestiale et sans profondeur de jeunes à l’insulte facile – ou dans les situations – des CRS montés sur des chevaux blancs à l’assaut de tours de béton.

La rage de se faire vengeance qu’éprouvent tour à tour Karim et Abdel aurait pu apporter du panache au scénario, par bien des aspects manichéen. Mais l’aboutissement de cette vengeance reste cependant bien trop prévisible, et les dialogues simplistes – « Chaque fois qu’y tapent on tape, chaque fois qu’y tuent on tue », assène Karim en haranguant ses « troupes ». La violence, omniprésente et complaisante.

Dali Benssalah, un Abdel bluffant

Quelquefois, la mise en scène vient rehausser le tout. Dans une savante chorégraphie, la caméra tourne autour des acteurs, dans de longs plans-séquences – onze minutes impressionnantes pour l’attaque du commissariat. Surtout, Dali Benssalah, qui incarne le loyal Abdel, bluffe par son charisme et la puissance de son jeu. Déjà repéré par le réalisateur Cary Joji Fukunaga, il jouait l’antagoniste de James Bond dans Mourir peut attendre. Dans Athena, il troque son œil cybernétique contre les habits du héros, impuissant à empêcher le dénouement tragique, pour lui comme pour son frère Karim.

Avec des références à certaines actualités de ces dernières années – gilets jaunes, bavures policières, rôle des chaînes en continu et influence des extrêmes, l’ambition de ce film hautement politique était « de montrer qu’il y a toujours dans l’ombre des forces qui poussent à la guerre », comme l’affirmait Romain Gavras lors de la présentation du long métrage à la Mostra de Venise.

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