Paquets quasi vides, emballages inutiles… Encore trop de plastique dans les supermarchés – Libération

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L’association de défenses des consommateurs CLCV déplore le suremballage alimentaire «superflu» qui subsiste dans les rayons de la grande distribution. Elle enjoint les entreprises, les consommateurs et les pouvoirs publics à agir.

Paquets à moitié vides, films plastiques superflus, suremballages… Dans la lutte contre le plastique, la grande distribution a encore du chemin à parcourir. L’association de consommateurs CLCV a passé au crible plus de 250 produits alimentaires entre fin février et mi-mai 2022, vendus dans neuf enseignes de grande distribution. En découle une étude, publiée ce jeudi, qui dénonce des emballages trop souvent inutiles et évitables – sans toutefois indiquer des chiffres précis sur l’ampleur de ce gaspillage. L’enjeu est de taille : «Les déchets ménagers et les emballages alimentaires représentent une part importante des déchets abandonnés dans la nature et participent de façon non négligeable à la pollution de notre environnement», souligne l’association, alors que des millions tonnes de déchets sont produits chaque année en France.

Dans la présentation de l’enquête des sachets de lentilles, céréales, pâtes, chocolats et autres aliments industriels défilent. Et avec eux une litanie de pourcentages… de vide. Certains paquets contiennent même plus d’air que d’aliments. «La palme revient à des paquets de ravioles, d’amandes, de granola ou de lardons, qui contiennent 55 % de vide», s’exaspèrent les auteurs de l’étude.

A ces emballages à moitié remplis s’en ajoutent d’autres, aussi «superflus», comme les films plastiques qui entourent les boîtes de thé et de confiseries, ou les manchons cartonnés autour de yaourts, compotes et pizzas. La consommation rapide de produits «prêts à manger», qui s’est répandue ces dernières années, influe aussi sur la multiplication des emballages. L’exemple des plats cuisinés individuels, des fromages vendus en «formats mini», ou encore des légumes découpés et épluchés pour être consommés rapidement.

Appel à la sobriété

Face à ces observations, la CLCV enjoint les professionnels à supprimer tous ces emballages inutiles et à ne privilégier que ceux «composés de matériaux recyclables», «utiles pour la préservation et le transport». Car, selon elle, ce n’est pas vraiment un souci de conservation qui guide les marques à «suremballer». Plutôt des considérations marketing. A l’heure des appels à la «sobriété», l’association invite les entreprises à en faire autant sur leurs packagings. Elle insiste aussi sur le rôle des consommateurs et liste quelques recommandations : privilégier les produits en vrac ou avec le moins d’emballages possible, réutiliser ses contenants et emballages.

Cette étude est aussi l’occasion d’interpeller les pouvoirs publics, en particulier sur le sujet du tri et du recyclage. L’association les somme de «renforcer les dispositifs de tri dans les lieux publics» et «mettre en place des actions de pédagogie à l’attention des consommateurs pour améliorer la collecte». Car en matière de recyclage, la France est une mauvaise élève en Europe : elle recycle seulement 28 % des plastiques utilisés dans les emballages ménagers – contre l’entièreté de l’acier et 85 % du verre – selon les chiffres 2020 de l’organisme Citeo.

L’Etat s’est engagé dans la réduction des emballages, notamment en signant le «Pacte national sur les emballages plastiques» aux côtés d’entreprises de distributions et d’ONG en 2018. Deux ans plus tard, la loi AGEC, contre le gaspillage, était adoptée. Mais pas toujours respectée au moment de la réalisation de l’enquête : au-delà des produits alimentaires industriels, de «nombreux fruits et légumes», qui doivent être vendus sans emballages depuis le 1er janvier 2022, étaient proposés à la vente sous plastique.

L’étude de la CLCV reconnaît des progrès, mais souligne que d’importantes marges de progression et alternatives subsistent. Surtout, elle rappelle que troquer systématiquement le plastique contre du carton ou du papier n’est pas toujours la bonne solution. «Mieux vaut un emballage plastique optimisé, léger et recyclable, que du papier /carton», insistent les auteurs de l’enquête. Gare à un «plastic bashing» systématique, donc, qui serait finalement contre-productif.

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