Paix, cohésion et richesses culturelles – Le Sahel

Le Premier ministre, Chef du gouvernement SE M. Ouhoumoudou Mahamadou a séjourné vendredi et samedi derniers à Ingall, où il a présidé les manifestations entrant dans le cadre de la plus grande rencontre du monde pastoral du Niger, la Cure Salée. Cette fête qui souffle sa 57ème bougie cette année, et dont le thème est «Sécurisation alimentaire du cheptel et cohésion sociale des pasteurs et agropasteurs», s’est tenue en présence de tous les acteurs du monde rural, des éleveurs, des pasteurs, des producteurs, des autorités coutumières venues des horizons divers, et des autorités administratives de la région d’Agadez et d’autres régions de notre pays, ainsi que de la population hôte de la ville d’Ingall fortement mobilisée pour la circonstance.

Dans son allocution d’ouverture de la Cure Salée, le ministre de l’Elevage, Porte-parole du gouvernement, M. Tidjani Idrissa Abdoulkadri rappelait que dans la déclaration de politique générale du gouvernement, le Premier ministre Ouhoumoudou Mahamadou indiquait déjà que l’objectif pour cet axe du programme de la renaissance III est de créer les conditions pour moderniser le secteur agropastoral. En ce qui concerne les productions animales, le gouvernement envisage d’améliorer le mécanisme de sécurisation et de vaccination du cheptel, de rehausser le maillage en point d’eau pastoraux notamment dans les zones difficiles, d’aménager et sécuriser les espaces pastoraux et de réhabiliter les terres pastorales, de promouvoir la recherche zootechnique vétérinaire, et l’amélioration génétique du cheptel, de faciliter l’accès aux aliments bétail et aux intrants zootechniques, et de créer les conditions d’une plus grande implication du secteur privé.

Le ministre de l’Elevage a souligné qu’avec un cheptel estimé à 52 millions de têtes d’animaux toutes espèces confondues, l’élevage demeure encore l’une des activités les plus pratiquées et porteuses de croissance du secteur primaire avec une contribution des productions animales de plus de 11% à la constitution du PIB. «Il constitue la seconde source de recettes d’exportation du Niger après les industries extractives. Cependant, le sous-secteur de l’élevage fait face à plusieurs contraintes pour son développement», a précisé M. Tidjani Idrissa Abdoulkadri. Parmi ces contraintes, le ministre cite la surexploitation et l’utilisation non durable des ressources foncières et pastorales, et les effets du changement climatique ; le faible potentiel génétique des races animales ou un potentiel sous valorisé ; les investissements et le soutien insuffisant dans le sous-secteur ; le faible niveau d’organisation des  acteurs du secteur ; l’accès difficile au service de conseil et aux intrants de production de qualité.

C’est pourquoi le Ministère en charge de l’Elevage s’est résolument engagé à traduire les orientations de la DPG en programmes et actions concrètes dans le cadre de la mise en œuvre de sa politique sectorielle. Si sur le plan sanitaire des avancées notables ont été enregistrées, a dit le ministre, avec des campagnes de vaccination qui ont été régulièrement tenues et qui ont permis d’atteindre des résultats très encourageants, au plan alimentaire notre élevage demeure confronter à d’énormes difficultés du fait de l’extrême dépendance au pâturage naturel dont la disponibilité est intimement liée à la pluviométrie capricieuse et à des facteurs aggravants comme la pression du front agricole et l’insécurité qui limite les déplacements des troupeaux dans notre espace sahélien.

« La rareté et l’insuffisance des pâturages et des points d’eau non seulement, impacte négativement sur la productivité de notre cheptel, mais aussi est source de conflit entre les communautés pastorales et agropastorales. Ce qui sape la cohésion sociale indispensable aux actions de développement que le gouvernement s’évertue à renforcer», a indiqué M. Tidjani Idrissa AbdoulKadri. Pour régler cette question épineuse de l’alimentation du cheptel de manière durable et efficiente, le ministre a souligné que, des discussions ont été amorcées avec des partenaires privés pour accompagner le secteur dans la promotion des cultures fourragères à grande échelle avec un système d’irrigation de façon à rendre moins aléatoire l’alimentation de notre cheptel.

La cure salée : une manifestation culturelle, un outil de paix

La cure salée est une rencontre annuelle des éleveurs nomades du Niger et des pays voisins ; mais c’est aussi une manifestation culturelle. Elle demeure un véritable outil de culture de la paix, de renforcement de l’unité nationale, et de la cohésion sociale. La cure salée se fonde sur le pastoralisme qui est un mode de vie des populations pastorales et agropastorales. Elle est un vecteur de croissance, de sécurité, de paix, de stabilité et de création d’emploi et contribue à l’amélioration de la sécurité alimentaire. C’est assurément ce que le Gouverneur de la région d’Agadez, M. Magagi Maman Dada, a tenu à souligner en indiquant que la cure salée reste l’une des activités socioculturelles phares de la région d’Agadez, voire de notre pays. Elle est le creuset des rencontres entre les éleveurs nomades venant des régions de notre pays, mais aussi de l’Algérie, du Mali, du Nigeria, voire du Tchad.

La cure salée est le lieu où se croisent et se mélangent dans la symbiose, les représentants des différentes communautés pastorales dans un esprit de fraternité, de solidarité, d’échange, et de partage mutuel. Elle est donc un véritable outil de culture de paix et de cohésion sociale dans notre sous-région. Des propos que viennent appuyer ceux du président du Conseil Régional d’Agadez, M. Mohamed Anako, qui souligne que, la cure salée joue un rôle important dans la pérennisation et l’équilibre de notre système pastoral, car à travers la transhumance qui  la caractérise, elle permet aux éleveurs du sud de libérer les zones agricoles pendant l’hivernage, mais également aux animaux de faire leur propre cure et renforcer ainsi leur immunité naturelle. La cure salée permet aussi de renforcer l’unité nationale et la cohésion sociale à travers les différents échanges et brassages intra et intercommunautaires entre pasteurs venus de divers horizons, et de consolider la paix.

C’est une tribune qui donne à l’Etat et aux partenaires techniques et financiers l’occasion de rencontrer les pasteurs et de discuter avec eux de leurs préoccupations et de la vie de la nation. Parlant du thème de cette année, le président du Conseil Régional d’Agadez souligne que, le gouvernement a lancé un message fort à l’endroit de tous les acteurs qui sont concernés par le pastoralisme et l’agropastoralisme. «Nos communautés font face aujourd’hui aux conséquences des variabilités et changements climatiques. Notre espace fait également face à une situation d’insécurité qui constitue des freins à la mobilité des pasteurs. Tous ces phénomènes nouveaux imposent à tous de développer des stratégies d’adaptation et de capacité de résilience», a dit M. Mohamed Anako.

Les organisations pastorales et paysannes évoquent leur «non implication» dans l’organisation de la cure salée

«Au fil des éditions, les éleveurs et leurs organisations sont de moins en moins impliqués et concertés dans l’organisation de la cure salée, et se retrouvent comme des invités dans leur propre fête. C’est pourquoi les organisations pastorales sont disposées à travailler avec le Ministère en charge de l’Elevage pour une cure salée plus concertée afin que les pasteurs, ainsi que les agropasteurs et leurs organisations retrouvent la place qui est la leur» a indiqué le porte-parole des organisations pastorales. Celui des organisations des agropasteurs, M. Djibo Bagna renchérit sur le même ton en insistant sur leur «non implication» dans les préparatifs et l’organisation de cet événement. Il  annonce d’ailleurs la création d’un fond qui sera alimenté par toutes les bonnes volontés ainsi que par leurs organisations, et qui permettra de financer les prochaines éditions de la  cure salée.

Cette cérémonie d’ouverture a fait place à une formidable fantasia des chameaux et des ânes richement harnachés. Le Premier ministre a également assisté aux différents concours initiés dans le cadre de cette Cure salée, et qui mettent en scène la maîtrise et la domestication des chameaux, ainsi que la dextérité et l’agilité des pasteurs hommes et femmes venus à ce grand rendez-vous. S.E Ouhoumoudou Mahamadou a aussi effectué une visite des  stands des produits pastoraux et agropastoraux, des stands des organisations agropastorales, des stands des Ong et autres projets et programmes qui interviennent dans le secteur de l’élevage. Dans la matinée du samedi, le Chef du gouvernement a procédé au lancement de la caravane zoo sanitaire au centre de vaccination du site de la Cure salée, avant d’assisté au concours de Tendé et à celui de la plus belle femme peulh. Durant son séjour à Ingall, le Premier ministre a rencontré tous les acteurs du monde rural et a recueilli leurs préoccupations.

 Oumarou Moussa(onep)

Envoyé Spécial