On garde ou on jette ? La casquette gavroche

L’objet du délit : La casquette gavroche

Son passif : Apparue à la fin des années 1500 en Angleterre, la casquette gavroche était initialement réservée aux hommes et garçons de plus de six ans, supposés porter un couvre-chef en laine le dimanche, afin d’aider à booster la production industrielle du pays. Il faudra attendre le début du XXème siècle pour qu’elle ne soit adoptée de manière stylistique, d’abord par les travailleurs des classes ouvrières, ensuite par des couches de la société plus aisées lors de leurs loisirs. Dans la même veine que le jean, la casquette de camionneur ou le sportswear de manière générale, elle a tout d’abord servi de marqueur social avant de revêtir une fonction purement esthétique. Généralement confectionnée en laine ou en coton, elle n’a accédé au rang de pièce mode qu’au milieu des années 60 avant de connaître un regain d’intérêt (et la gloire ultime) au début des années 2000.

Son heure de gloire : Après avoir séduit Jane Birkin, Brigitte Bardot et bon nombre de chanteuses et actrices au milieu des années 60, elle fait son grand retour au début du nouveau millénaire, favorisée par les starlettes américaines qui l’élèvent au rang d’accessoire culte. De Britney Spears à Christina Aguilera, la gavroche devient le couvre-chef à posséder et à arborer aussi bien sur le tapis rouge que dans la rue et les marques s’engouffrent dans la brèche. Comme toute tendance ultra suivie qui se respecte, elle se décline à l’envi, capable de convenir à tous les styles. Si les chanteuses de 16 ans privilégient des versions en cuir (ou simili), les romantiques comme Keira Knightley leur préfèrent des modèles plus classiques en laine ou tweed. Et elle n’est plus réservée aux looks les plus relax. Dans « Le Diable s’Habille en Prada », le personnage campé par Anne Hathaway choisit notamment la sienne chez Chanel après avoir été relookée.

Un peu en retrait au début des années 10’s, la gavroche revient en force en 2017. Aperçue sur les podiums de Dior, Miu Miu ou encore Coach, elle devient la favorite des sœurs Hadid et autres influenceuses en vue.

Pourquoi y est-on si attachées ? Car comme tout accessoire doudou, la gavroche est chargée de nostalgie et a le pouvoir de nous rappeler notre jeunesse, voire notre enfance. Emblématique du début des 00’s, qui sont aujourd’hui vues comme une époque idéale et qui ne cesse d’inspirer les designers contemporains, elle fait office de madeleine de Proust stylistique.

Le potentiel d’un éventuel come-back, 7/10 : Après les survêtements Juicy Couture, les bottes Ugg ou encore la micro-jupe taille basse, la gavroche a tout le potentiel requis pour être la prochaine pièce à être ressuscitée par le monde de la mode… mais peut-être pas tout de suite. À l’heure où Balenciaga fait le grand écart entre couture et streetwear et où le monde sort (presque) d’une pandémie qui a mis un coup d’arrêt à toutes nos activités sociales, le moment est, pour beaucoup, venu de se remettre sur son 31. Et avec ses vibes Oliver Twist, la gavroche n’est peut-être pas réellement la coiffe de prédilection pour le moment. Virtuellement absente des podiums de la saison Automne-Hiver 2022, elle a fait un retour timide au sein des collections masculines Printemps-Été 2023 des maisons Kenzo et Dolce & Gabanna présentées cet été. Côté people, elle a également été aperçue sur Katie Holmes (responsable notamment du succès de Khaite et de son ensemble brassière-cardigan en maille) et Halle Berry. De quoi donner de l’espoir à toutes les irréductibles.

Verdict : On garde ! Face à ces multiples allers et retours, il est plutôt safe de penser que la gavroche n’a pas fini de s’inviter dans nos looks.

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