« Notre-Dame », sur Netflix, va montrer des personnages « en proie à un feu intérieur »

Que faisiez-vous entre le 15 et le 16 avril 2019, la nuit de l’incendie de Notre-Dame de Paris ? Hervé Hamdar, le réalisateur de la mini-série Notre-Dame, la part du feu, en ligne le 19 octobre sur Netflix, était devant sa télé. Loin de Paris.

« Le symbole d’une société en flammes »

Ce qui m’a touché, c’est le regard un peu perdu de dizaines de milliers de personnes devant la cathédrale, quelles que soient leurs origines ethniques, religions, croyances ou non croyances, explique le réalisateur des séries Les oubliées (2008), Pigalle la nuit (2009), ou Les témoins (2014). J’y ai vu le symbole de notre société en flammes. On a tous un feu intérieur à éteindre. » Ce feu intérieur qui s’est traduit à la même époque et se traduit encore par une violence perceptible sur les réseaux sociaux, une certaine désespérance, juge-t-il, « il faut qu’on l’éteigne individuellement et collectivement. Très vite j’ai dit : j’ai envie de faire une série chorale, avec des pompiers mais pas seulement. »

photo roschdy zem dans le rôle du général des pompiers.  ©  netflix

Roschdy Zem dans le rôle du général des pompiers. © Netflix

« Une toile d’araignée sociale »

De fait, la série, présentée en avant-première, récemment, au Festival de la fiction de La Rochelle, croise les destinées, en une nuit, d’une dizaine de personnages pris dans une sorte de « toile d’araignée sociale ».

Parmi eux : le général des pompiers (Roschdy Zem) et une colonelle jouée par Caroline Proust, une journaliste de BFMTV prête à tout pour un scoop (Alice Isaaz), un patron de café (le délicieux Simon Abkaran), sa fille toxicomane et sa femme sur le point de rendre son dernier soupir, à l’hôpital, un jeune Syrien perdu dans Paris…

photo simon abkarian est ici dans sa troisième série avec hervé hadmar. « je n’attends qu’une chose, c’est d’en faire une quatrième avec lui », assure le réalisateur.  ©  netflix

Simon Abkarian est ici dans sa troisième série avec Hervé Hadmar. « Je n’attends qu’une chose, c’est d’en faire une quatrième avec lui », assure le réalisateur. © Netflix

Le casting est épatant, le résultat parfois à la limite du crédible, mais très efficace. On se laisse emporter dans un tourbillon qui fait parfois penser au cinéma de Claude Lelouch.

Beaucoup d’effets spéciaux

« Je n’y ai pas pensé mais plutôt à Magnolia, de Paul-Thomas Anderson, un des plus beaux films choraux (où les personnages s’entrecroisent) de l’histoire du cinéma, avec Tom Cruise. »

Netflix a apporté ses gros moyens : « On a utilisé très peu d’images d’archives et beaucoup d’effets spéciaux. On a reconstitué en studio deux parties de la nef, tout le beffroi avec les cloches, tout le transept sud. À la décoration, ils étaient plus de cent… »

« Au pays des rêves et des cauchemars »

photo hervé hadmar, réalisateur et scénariste de « notre-dame, la part du feu. »  ©  ouest-france

Hervé Hadmar, réalisateur et scénariste de « Notre-Dame, la part du feu. » © Ouest-France

Pour l’écriture du scénario, Hervé Hadmar et Olivier Bocquet se sont appuyés le livre écrit par un journaliste du Point avec le général Gallet, dit le général Courage, qui dirigeait la brigade de sapeurs pompiers de Paris cette nuit-là. « On s’est servi de ce récit heure par heure mais il n’était pas question de faire un documentaire. Il y a de très beaux, comme celui des frères Naudet. Notre Dame brûle , le film de Jean-Jacques Annaud, est aussi très documenté. Moi je suis au pays des rêves et des cauchemars, sur la transfiguration de la réalité. »

« L’ambition de cette série, c’est d’être à la fois dans le spectacle et dans l’intime. Tout le pari est là, il faut que ça s’équilibre. »

Le 19 octobre sera évidemment pour Hervé Hadmar un autre jour très particulier. La série sort dans 190 pays en même temps. « C’est la magie des plateformes ! J’espère que ça va toucher des dizaines de millions de personnes » confie le réalisateur… Qui n’était jamais entré à Notre Dame avant l’incendie. « rai de vrai ! »