« Notre combat est de financer les films sans tordre nos discours »

– Votre premier documentaire « Rewind and Play » a été projeté dans le cadre du programme « 11ème continent » au Festival international du film de Marrakech, qu’est-ce que cela représente pour vous ? 

– «Rewind and Play» raconte l’histoire d’un musicien afro-américain qui fait une émission en France. D’une certaine façon, on veut lui coller une étiquette. Il essaye de se battre contre ce regard réducteur en ce qu’il est un Afro-Américain. Aujourd’hui, au Festival, il est important de dire que les films nous engagent en tant que personnes. C’est une opportunité de rencontrer des spectateurs qui vont certainement se reconnaître dans les personnages de nos films.

En fait, l’un des films qui marquent mes souvenirs du cinéma, est un film japonais. Quand je l’ai regardé, j’ai senti comme si les enfants du film me représentent d’une façon ou d’une autre. Je trouve que c’est cela qui fait la beauté du cinéma et des festivals, tout un coup, se découvrir intimement plus facilement dans un personnage d’un film qui se passe dans un autre coin du monde. En fait, cela m’amène parfois à poser la question de savoir pourquoi certaines personnes dans n’importe quel pays du monde, en France, aux Etats Unis, estiment que ce ne serait pas évident pour eux de se reconnaître dans un personnage de film marocain, et pourquoi ça ne serait pas évident qu’un public marocain se reconnaisse dans un film soudanais ou zimbabwéen. Il faut qu’on se batte pour cette situation.

– Round and Play est votre premier documentaire après plusieurs, pourquoi le documentaire et pourquoi attendre jusqu’en 2022 pour se lancer dans ce genre ?

– Bonne question. En fait, ce sont les circonstances qui m’ont forcé puisque je suis tombé sur des images et j’ai eu l’idée de les partager. Après, c’est le documentaire en lui-même. Je suis très pointé par ce genre cinématographique mais, peut-être, je n’avais pas ce courage pour me lancer dans cette aventure. En soi, c’est une question de courage, de confort, de prise de risque mais aussi de maturité.

– Dans pas mal de vos films, les personnages principaux se battent contre les stéréotypes collés sur le dos d’un Afro-Américain ou un Africain en général, vous considérez-vous un cinéaste engagé pour la chose africaine ?

– Oui, pour la chose humaine de manière générale. En Afrique, à force de s’ouvrir sur l’Occident et de consommer le cinéma américain, les Africains oublient que chacune des personnes qui les entourent est un héros potentiel ou qui peut avoir une histoire universelle qui parle au monde entier. C’est cela le souci pour moi en tant que cinéaste, de dire, justement, que les Africains sont, eux aussi, capables de parler au monde comme toutes les autres nations. Chose qui devrait être simple mais en même temps difficile puisque nous sommes nous-mêmes nés avec ces stéréotypes là qu’on voit dans « Rewind and Play » et d’autres.

– Dans une de vos déclarations, vous avez pointé du doigt les difficultés de financement qui ont entravé la réalisation d’un projet. Est-ce le cas pour vous ?

– Oui, mais je ne vais pas me plaindre car c’est encore pire pour beaucoup d’autres cinéastes. Pour moi, ça peut être parfois difficile mais ça va quand même. Ce que j’estime difficile c’est de réussir, un peu comme dans le documentaire, à faire ce qu’on devrait faire, de notre façon, avec les moyens dont on dispose. Mais la réalité vaut autre chose car il y a toujours une forme de censure qui s’impose de la part des canaux de diffusion qui impliquent certaines formes précises. Ces règles là amènent, par conséquent, le cinéaste à formater ses dires et sa façon de dire. Le vrai travail d’un artiste, qu’il soit un musicien, un cinéaste… est de trouver la forme adéquate à son discours. C’est ça, en fait, la difficulté et le combat pour le cinéaste, celui de réussir à financer son film sans tordre son discours.

– Des projets en vue ?

– Je tourne dans quelques mois un film qui se passe entre la France et la Guinée-Bissau. Il raconte ce dont moi-même je suis issu, c’est à dire le vécu joyeux et parfois peineux des familles basées sur plusieurs continents à la recherche de leur identité dans un combat permanent contre le rejet.