Nicolas Dufourcq, financier au service des start-up et de l’innovation

Nicolas Dufourcq, directeur général de Bpifrance, a été proposé mardi pour un troisième mandat au poste qu’il occupe depuis une décennie, avec pour ambition de faire de la banque publique le centre névralgique de l’écosystème français des start-up et de l’innovation entrepreneuriale.

Bpifrance est devenu sous sa houlette le coeur d’un système de prêts et de prises de participation, directes ou à travers des fonds, ainsi que d’activités de conseil et de formation au sein “d’accélérateurs” pour faire grandir start-up et PME.

Chantre de l’entrepreneuriat, ce banquier qui multiplie les opérations de communication, porte lunettes et raie sur le côté, a développé l’amorçage pour l’innovation de rupture à travers le plan “Deeptech” en liaison avec le monde de la recherche, et mis en musique les priorités du gouvernement pour renforcer les parts de marché françaises à l’international.

A travers son plan French Fab notamment, la banque d’investissement contribue à l’effort de réindustrialisation du pays, un sujet sur lequel Nicolas Dufourcq a publié en juin 2022 chez Odile Jacob un livre intitulé “La désindustrialisation de la France: 1995-2015”.

L’institution qu’il dirige s’est aussi mobilisée au début de la crise sanitaire en 2020 pour accorder les garanties publiques nécessaires à la distribution des prêts garantis par l’Etat (PGE).

Le banquier veut enfin faire de Bpifrance la banque du climat, en accompagnant la transition énergétique des entreprises, grâce à ses prêts mais aussi en formant les dirigeants d’entreprise à ces nouveaux enjeux.

– Cursus classique –

Amateur d’alpinisme, ce père de trois enfants s’était fendu en 2015 dans le magazine Challenges d’une tribune en défense d’une autre de ses passions, la musique électronique.

La formation de ce haut fonctionnaire est des plus classiques.

Parisien de naissance, fils d’un ambassadeur – Bertrand Dufourcq – et d’une ancienne secrétaire d’Etat à la Recherche du gouvernement Juppé en 1995, Elisabeth Dufourcq, il est passé par Sciences Po Paris et est diplômé de HEC Paris puis de l’ENA, promotion Michel de Montaigne (1986-1988) comme l’ex-directeur général du journal Libération Denis Olivennes, ou l’essayiste Nicolas Baverez.

Inspecteur des Finances, Nicolas Dufourcq commence au ministère de l’Economie avant de rejoindre en 1992 le cabinet de René Teulade, ministre des Affaires sociales du gouvernement de Pierre Bérégovoy. Deux ans plus tard, il entre à France Télécom, où il crée la division multimédia, et préside Wanadoo, la filiale internet et pages jaunes du groupe. En 2003, il passe chez le groupe de services informatiques Capgemini, dont il devient le numéro deux.

Selon le quotidien Le Monde, c’est le secrétaire général adjoint de l’Elysée d’alors, Emmanuel Macron, qui l’a prévenu le 7 octobre 2012 que François Hollande pensait lui confier les rênes de la BPI, issue du regroupement de quatre entités publiques déjà existantes (Oséo, CDC Entreprises, FSI et FSI régions) et qui a repris en 2017 les services d’assurance export gérés jusqu’alors par la Coface.

A l’époque “il s’agissait de fusionner des entités qui ne s’aimaient pas beaucoup”, rappelait-il en février 2018 en audition au Sénat.

Non sans quelques frictions à l’allumage: en 2013, Ségolène Royal, vice-présidente de la banque, avait qualifié de “grave dérapage” le refus de Nicolas Dufourcq d’envisager un sauvetage du raffineur Petroplus par Bpifrance.

Les crispations s’achèveront avec le départ de Mme Royal en 2014 et on lui tiendra crédit en interne d’avoir refusé de faire de Bpifrance une “banque politique”, aux dires d’un de ses anciens collaborateurs, qui décrit en revanche une personne souvent “cassante”.

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