Manouchka Récoché à cœur ouvert dans ses souvenirs #2

La Directrice artistique de la Compagnie « Le Grand Souk », bien connue dans la région par tous les amateurs de théâtre, a accordé une longue interview à MagCentre. Premiers pas au théâtre, première mise en scène, première compagnie, les auteurs qu’elle adore, et sa prochaine création en mai. Episode 2.

Propos recueillis par Bernard Thinat

MagCentre : Qu’est-ce que vous préférez entre toutes les formes de théâtre ?

MR : Je ne fonctionne qu’aux coups de cœur, et en tant que spectatrice, je ne peux pas dire que j’aime une forme plus qu’une autre, ça me touche ou ça ne me touche pas, c’est tout. Le théâtre, c’est du partage entre les comédiens et le public. Peut-être qu’on va être mort de rire, peut-être qu’on va se poser plein de questions, qu’on va être choqué, mais on le fait ensemble. Le théâtre, ce n’est pas seulement pour les gens instruits, c’est pour tous ceux et pour toutes celles qui ont envie de partager des choses.

MagCentre : Vous avez monté plusieurs spectacles de Durringer, vous avez une proximité avec son théâtre ?

MR : J’avais créé « Y’en a marre de l’amour » d’après « Histoires d’hommes », j’ai adoré ce spectacle avec lequel on a le plus tourné pendant 5 ou 6 ans, et je ne pensais pas du tout créer  à nouveau sur un texte de Durringer. Mais comme je lis énormément de théâtre, j’étais dans une librairie à Paris, je tombe sur « Acting » et j’ai décidé aussitôt de le monter. J’ai adoré ce texte. Je pense que Durringer écrit très vite, « il jette », ce que j’aime chez lui, c’est ce qu’il crée avec ses personnages qui sont toujours cabossés, et il a cette faculté avec ses textes qui ne sont pas drôles, de trouver des soupapes pour le rire. Durringer, je suis fan !

MagCentre : Avec « Vive les Mariés », vous avez pioché dans Feydeau, il me semble, mais vous avez écrit la pièce ?

MR : J’avais lu tout Feydeau et j’ai sorti des scènes cultes de partout. En fait, le texte est de Feydeau, mais l’histoire est de moi. Et je ne tiens pas compte des didascalies. Pour créer une mise en scène, je lis un texte, cela me procure une émotion, que cela me fasse rire ou pleurer, que cela me choque ou me fasse réfléchir, et j’ai envie de faire partager aux spectateurs ce que j’ai ressenti. Je pense que c’est comme ça qu’on est fidèle à un auteur, en retranscrivant l’émotion que son texte a produit sur soi.

MagCentre : Vous avez mis en scène Rémi de Vos avec « le Ravissement d’Adèle ». Vous pouvez en dire quelques mots ?

MR : De Vos dit qu’il n’est pas auteur, c’est-à-dire qu’il ne ressent pas la nécessité d’écrire, il le fait sur commande. Il a un sens du rythme, de la rupture, de la fantaisie, moi j’adore ! « Le Ravissement », ce fut un vrai challenge pour moi. 34 personnes sur le plateau, dont 8 enfants qui ont des scènes écrites par De Vos, et j’ai rajouté des personnages qui n’ont pas de texte, mais qui jouent. Je les ai appelés des petits rôles sans texte, mais identifiables. Ils ont du jeu ! En fait, j’ai 16 acteurs et actrices fixes à chaque représentation, ce sont les personnages principaux, les autres dont les 8 enfants changent à chaque fois. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué. (rires). « Le Ravissement », ça correspond à ce que j’avais envie de faire. Je voulais du monde sur le plateau. J’adore travailler avec des professionnels, ils ont force de propositions, mais j’adore aussi travailler avec des amateurs pour d’autres raisons. Quand les amateurs mettent le pied sur la scène, on a l’impression qu’ils risquent leur vie, il y a une innocence et ils me font tellement confiance ! J’avais envie de faire un gros mélange entre pros et amateurs, adultes et enfants.

MagCentre : Alors, pourquoi avoir rajouté des personnages ?

MR : Comme ça parle de l’influence du collectif sur le chacun, comment un village est prêt à lyncher l’un d’entre eux sur des dires alors que tout le monde se connaît, je me suis dit qu’il fallait augmenter le nombre de personnages pour avoir cette sensation de masse par rapport à l’individu. J’ai rajouté par exemple le facteur, mais il a du jeu sur le plateau. J’en ai rajouté 8, sans textes, mais tous clairement identifiés.

MagCentre : Vous préférez la mise en scène ou l’interprétation sur le plateau ?

MR : (un temps) J’adore jouer, mais c’est la direction d’acteur qui me passionne. Cela demande énormément d’écoute, le moindre mouvement de sourcil, d’épaule du comédien. Actrice, je continue d’être en doute en permanence sur ce que je fais même si je joue depuis près de 40 ans. Mais quand j’assure la mise en scène et que je ne joue pas comme dans « Acting », je vois où je prends les comédiens et où je les emmène, ça, je le constate.

MagCentre : On peut évoquer en quelques mots le prochain projet du Grand Souk ?

MR : La mairie de Saint Jean le Blanc m’a demandé un « boulevard ». J’ai beaucoup cherché, et une nuit, j’ai trouvé qu’il existait un texte de Daniel Mesguich intitulé « Boulevard du Boulevard ». Je l’ai lu et l’ai trouvé génial. En fait, Mesguich a écrit la conception du spectacle et une partie du texte, et il a été « tapé » chez Feydeau, chez Tchekhov, chez Labiche, chez Goldoni… Je n’ai jamais lu quelque chose d’aussi dingue ! C’est comme si on prenait du Feydeau et qu’on saupoudrait le texte d’esprit des Monty Python et de Tex Avery. Et ça fait « Boulevard du Boulevard ». Il y aura de la danse, de la musique très swing et ce sera créé le 12 mai à Montission, avec Aimée, Hugo, Valérian, moi-même et quelques autres, nous serons 9.

MagCentre : Vous avez déjà fait le Festival d’Avignon avec le Grand Souk ?

MR : J’y suis allée l’année dernière parce que j’avais assuré la direction d’acteurs des « Tartufferies ». Mais je n’ai pas envie de dépenser 20 000 € pour obtenir 3 ou 4 dates de programmation alors que j’en ai déjà une vingtaine. Mais pour le fun, pour y être, parce que c’est super de vivre ça, j’aurais bien aimé y aller.

Prochaines dates du Grand Souk :

 Le Médecin « swingue » malgré lui
• Le 15 octobre 2022 à Tavers

Le Ravissement d’Adèle :

• Le 25 novembre 2022 à Chécy

Boulevard du Boulevard (nouvelle création) :
• Le 12 mai 2023 à Saint Jean le Blanc

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