Limoux : le théâtre divertit mais représente aussi la réalité pour mieux la comprendre

Comment parler sexisme avec les adolescents sans tomber dans la caricature ou les idées toutes faites ? Comment les sensibiliser à l’enjeu de l’égalité des sexes, autrement ? Ce fut le défi de Mathieu Dandreau, metteur en scène et de Grégory Fernandes, acteur, avec la création de leur compagnie ES3 : la pièce “Femelles” .

Notre but, précise Mathieu, est de montrer qu’une solidarité doit tous nous lier sur ce sujet afin que nous ne soyons pas les témoins des inégalités, mais les acteurs qui les dénonçons “. Les enseignants du lycée Jacques-Ruffié ont proposé ce spectacle à une cinquantaine de jeunes élèves fraîchement débarqués en Section d’enseignement professionnel. Cette pièce s’appuie sur huit textes qui traduisent chacun la parole d’une femme : une mannequin, une politicienne, une journaliste, une universitaire, une plasticienne, une romancière, une poétesse et une militante donnent leur vision singulière de ces inégalités hommes/femmes. Une jupe que l’on remonte au fur et à mesure que s’affichent les commentaires quotidiens qui jugent la femme qui la porte, le récit de faits divers sur des avortements sauvages ou des viols banalisés qui témoignent de violences ordinaires, des extraits de romans, des publicités banales… Ce spectacle révèle une inégalité homme/femme ancrée dans nos pratiques courantes.

Grégory, grâce à une mise en scène alliant musiques et vidéos, slogans, dessins et photos, a endossé costumes et accessoires pour émouvoir, faire sourire et troubler tous les spectateurs, professeurs et étudiants. Beaucoup de nos élèves sont touchés par ce rejet de la différence que certains d’entre eux vivent au quotidien, insiste une enseignante à l’initiative de ce projet. Les jeunes face au jeu de l’acteur et à l’écoute de ces textes, se sont sentis moins seuls et ont eu le sentiment d’être compris “. Jouant des stéréotypes quotidiens, s’amusant des clichés autour de la princesse de nos contes ou de la burqa, bravant les tabous et s’affranchissant des conventions, Femelles interroge sur le genre, le pouvoir des mots et les normes sociales liées au corps sans donner de leçons ni faire de grands discours. Grégory concède volontiers que ce spectacle dérange parce qu’il réveille et libère la parole “. Plusieurs jeunes spectateurs le confirment d’ailleurs : C’est trop bizarre “, “ parfois, ça fait presque peur ou encore j’ai souvent ri parce que j’étais gêné “. Beaucoup cependant, affirment quelques jours après, que cette pièce explique ce qui se passe vraiment partout alors que personne ne réagit “. “ Ça fait réfléchir, concluent-ils, c’est un moyen vivant de voir qu’on est fragile, filles et garçons “.

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