Les violences psychologiques, encore difficile à traiter par la justice regrette l’avocate Sandra Gosselin

213 000 : c’est le nombre, en moyenne par an, de femmes victimes de violences physiques ou sexuelles commises par un conjoint ou un ex-conjoint. A l’occasion de la journée internationale de lutte contre les violences faites aux femme, qui se tient ce vendredi 25 novembre, l’invité de France Bleu Normandie à 8h15 était Sandra Gosselin, avocate au barreau de Rouen.

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Sandra Gosselin, vous avez été l’une des actrices de ce que l’on a appelé “le procès des démembreuses“. Votre cliente, Céline Vasselin, a été condamnée, samedi 19 novembre, à 22 ans de prison pour avoir tué et démembré son conjoint en novembre 2018 au Petit-Quevilly. Une femme reconnue coupable de meurtre mais votre axe de défendre, c’est aussi de dire que c’était aussi une victime de violences physiques, sexuelles et psychologiques de la part de son compagnon. Comme dans l’affaire Jacqueline Sauvage ou encore Alexandra Richard, ces violences sont-elles toujours un point commun de ces femmes qui passent à l’acte ? 

Oui, tout à fait. Je pense que vous avez résumé malheureusement les dossiers de toutes ces femmes. La plupart du temps, ce sont des femmes qui ne disent rien pendant de très nombreuses années. Et puis au cours de leur vie, elles n’acceptent plus les violences physiques ou psychologiques et malheureusement passent à l’acte sur leur compagnon comme si c’était la seule porte d’issue pour elles, malgré tout ce qui peut être proposé à l’heure actuelle par notre société. 

Vous avez beaucoup insisté sur les violences psychologiques, notamment pendant le procès. Ce sont des violences qui sont beaucoup plus insidieuses que les violences physiques ou sexuelles ?

Oui ce sont des violences qui se déroulent à l’intérieur de la maison, quand les portes sont fermées, quand personne ne voit rien. C’est ce qu’on appelle des violences invisibles et impalpables, c’est à dire qu’elles dépendent surtout du contexte, de l’âme, du ressenti de celle qui en est victime. Et c’est des violences que l’on ne voit pas de l’extérieur parce que bien souvent, il importe à celui qui impose ces violences d’avoir toujours cette bonne image à l’extérieur. 

Et c’est difficile pour la justice d’entendre justement ces violences psychologiques que vous dites invisibles et impalpables ? 

La justice les entend. La difficulté, c’est que la justice, notre justice, repose toujours sur un système de preuves et que, à défaut d’être marquée, à défaut d’hématomes, à défaut de bleus, à défaut de témoignages, à défaut d’un certain nombre de choses, de pièces médicales, de mains courantes, de plaintes préalables, c’est extrêmement compliqué pour elle de pouvoir établir les faits de violences psychologiques. 

On critique souvent la justice pour sa lenteur. Au début du mois de septembre, Isabelle Rome, la ministre déléguée à L’égalité hommes femmes, estimait que les violences faites aux femmes devaient être jugées de manière spécifique. Est ce que vous vous appelez par exemple à ce que des magistrats soient spécifiquement dédiés à ce type de cas, comme ça peut se faire en Espagne, au Québec par exemple?

Alors je pense que ça serait une bonne chose, mais je pense qu’il faut revoir toute la chaîne. En fait, ce n’est pas que les magistrats qui doivent se spécialiser. Je pense qu’il faut déjà commencer par spécialiser toutes les personnes qui sont amenées à entendre les doléances de ces femmes. C’est à dire qu’il faut déjà commencer par l’officier de police judiciaire. Il y a déjà des formations qui ont été mises en place. Il faut non seulement se spécialiser à l’écoute de la parole, mais également spécialiser peut être la sanction qui n’est pas forcément toujours celle que l’on attend dans ce type de dossier.

Il y a aussi d’autres victimes de ces violences physiques, psychologiques, exercées sur les femmes. Ce sont souvent les enfants. C’est plus que des victimes collatérales. Vous vous dites c’est des victimes directes ?   

Vous savez que les enfants, notamment les plus jeunes, qui sont exposés à des scènes de violences psychologiques et physiques sont des enfants qui ne peuvent pas verbaliser leurs émotions. Donc, ce qui se passe c’est qu’ils intériorisent tout ce qu’ils voient. Il y a des sensations qui s’impriment dans leur cortex. Il peut y avoir ensuite la résurgence d’une mémoire traumatique qui fait que, dans de telles circonstances, ils pourront se conduire de façon totalement disproportionnée.