«Les Nageuses» sur Netflix : l’incroyable odyssée de deux sœurs syriennes

Trop beau, trop fou, trop hollywoodien pour être vrai. Et pourtant rien n’a été inventé. « Les Nageuses », disponible sur Netflix depuis ce mercredi, montre ce qui peut se cacher, et émerveiller, dans une histoire de migrants. Qui aurait tendu la main à Yusra et Sara, quand elles se planquaient, ne pouvaient se laver, multipliaient les pays, les tragédies ?

En 2015, alors que la guerre fait rage en Syrie depuis quatre ans, et que les bombardiers de Poutine – déjà – ont reçu l’autorisation de se rapprocher de Damas pour étouffer la révolution, elles quittent le pays, avec 10 000 euros dégotés par leur père, qui a emprunté. C’est qu’il faudra en payer, des passeurs bidon. Les sœurs Mardini, comme leur géniteur, ont grandi dans une piscine, parmi les espoirs syriens de ce sport. Mais il faut partir pour ne pas mourir, après qu’une bombe a atterri dans le bassin olympique de Damas.

Le voyage des damnés de la terre, on ne l’a jamais vu comme ça, on n’en revient pas, mais tout est vrai. Bien sûr, l’image est belle, dans cette production anglaise – mais jouée en arabe dans la partie syrienne – à laquelle a participé Stephen Daldry ( « Billy Elliott », « The Crown »). Mais la générosité du regard porté sur les migrants les rend à leur humanité, leur solidarité, leur singularité. Rencontres, croisements, tous venus d’ailleurs, de Somalie, du Soudan, se regroupant et s’entraidant de Beyrouth à l’île de Lesbos en Grèce en passant par Izmir et Istanbul.

En mer Égée, le bateau pneumatique perd son moteur. Yusra, la cadette et la plus forte, et Sara, l’aînée – jouées par deux sœurs, dont Mamal Issa, vue dans plusieurs films récemment –, plongent et poussent pour ceux et celles qui ne savent pas nager, pendant trois heures, en pleine nuit. « Ça aurait été bête pour des nageuses de mourir en mer », lâche l’une des frangines.

Un match à la vie à la mort

Un vrai tour du monde avant d’arriver à Berlin via la Serbie ou la Hongrie, sans passer par les hôtels et resorts « all inclusive », mais en évitant par miracle les viols, les erreurs… Le camion, puis un autre, puis un troisième, ou un car n°5 ou 7, les conduiront-elles vers l’étape suivante ou vers un camp de prisonniers avec retour à la case départ ? Même s’il évite des plans trop durs et peut être regardé par un public très large, familial, « les Nageuses » montre comme rarement l’interminable chemin des migrants, leur résistance et leur résilience, la facilité de notre passivité souvent.

Leur ignorance de ce qui, et qui, les attend : ami, ennemi, indifférent, violent, accueillant ? Au bout du voyage, un entraîneur de natation allemand va siffler la fin d’un match à la vie à la mort, épuisant, et le début d’un 200 m papillon. « Tu aurais pu finir au fond de la mer Égée », lâche la grande sœur à la petite découragée par ses temps d’entraînement avant d’intégrer l’équipe des « réfugiés » mise en place pour les JO de Rio en 2016. Tout n’est pas parfait dans ce film, mais cette histoire d’une folle humanité prouve à quel point il vaut mieux se mouiller dans la vie.

La note de la rédaction :

« Les Nageuses », drame anglais de Sally El Hosaini, avec Mamal et Nathalie Issa… (2h14). Disponible sur Netflix.

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