Les difficultés de recrutement dans le secteur informatique ne vont pas s’arranger

Publié le 21 sept. 2022 à 19:08

Une pénurie de candidats sur des métiers de plus en plus recherchés, car indispensables à la sécurité et la transformation numérique des entreprises. Voilà le portrait-robot actuel du marché de l’emploi dans le secteur technologique en France, selon la dernière « étude des rémunérations » de Michael Page, cabinet international de recrutement.

Publiée depuis six ans, ce rapport dresse un panorama du marché du travail dans une vingtaine de secteurs, en se basant sur les données des entreprises clientes du cabinet. Pour le secteur IT, le cabinet possède une base de 450.000 profils de personnes, pour 17.000 entretiens réalisés.

Une tendance amenée à se poursuivre

« Ce n’est malheureusement pas nouveau et cette tendance va se poursuivre l’année prochaine, voire jusqu’en 2026 », introduit d’emblée Sacha Kalusevic, directeur de la division technologie du groupe Michael Page. « Il y a une pénurie globale sur l’ensemble des métiers IT mais certains métiers sont particulièrement touchés », ajoute-t-il.

Lesquels ? D’après l’étude, avec 2 à 4 fois plus d’offres que de candidats, les ingénieurs système, les architectes en sécurité (« DevSecObs » dans le jargon), les experts en cloud et gestion de données sont les postes les moins pourvus dans l’IT. Sacha Kalusevic ajoute à cette liste les auditeurs et cadres de gouvernance en cybersécurité, indispensables pour piloter de manière transversale la sécurité numérique des entreprises.

La cybersécurité, premier recruteur dans l’IT

« Les entreprises ont effet des besoins très forts sur les profils sécurité car elles sont en pleine transformation numérique et sont soucieuses de mieux se protéger face aux cyberattaques de plus en plus nombreuses ! », explique le cadre de Michel Page.

D’après le Club des Experts de la Sécurité de l’Information et du Numérique, 49 % des entreprises françaises auraient été visées par une cyberattaque en 2021. Pointues, les compétences sur ce métier stratégique sont particulièrement recherchées par les entreprises de plus de 1.000 salariés, comme les grands groupes ou les grosses ETI, voire certaines PME.

A tel que point que le nombre d’offres d’emploi sur ces métiers a bondi de 30 % entre 2021 et 2022, selon l’estimation du cabinet. Un chiffre en cohérence avec une estimation de la Dares, qui table sur 210.000 postes créés dans l’informatique d’ici huit ans.

Manque de profils formés

Si les besoins, donc les offres d’emploi existent, pourquoi une telle difficulté à recruter dans le secteur IT ? Sacha Kalusevic répond sans hésiter : « Le principal facteur est le manque de personnes formées sur ces métiers. C’est la raison pour laquelle je qualifierais cette pénurie de prévisible et mécanique. Sans un volume plus important de profils opérationnels, les postes ne seront pas pourvus. » Le facteur temps est aussi à prendre en compte selon lui. Il faut en moyenne trois ans de formation et deux ans d’expérience pour qu’une personne soit compétente.

Lorsqu’on zoome sur les profils féminins dans la tech, la pénurie se fait encore plus criante. Selon une précédente étude du cabinet, il y aurait seulement 23 % de femmes dans le secteur informatique. Un chiffre à mettre en lien avec le constat de l’Institut des Politiques publiques sur le sujet. Selon celui-ci, seulement 37 % de femmes se dirigent vers un baccalauréat scientifique et seulement 26 % vers une formation d’ingénieur ou technologique après le bac.

Si elles sont minoritaires dans le contingent des entreprises françaises, les start-up pâtissent aussi de cette pénurie. Notamment celles qui connaissent une forte croissance, et qui doivent développer rapidement leur infrastructure numérique.

D’après Sacha Kalusevic, le manque de candidats tech touche l’ensemble de la France mais les grands bassins économiques sont ceux qui prennent le problème en pleine face. L’Ile-de-France, la région Rhône-Alpes et l’Ouest Atlantique, des régions abritant la plupart des sièges sociaux des entreprises tech, sont les premières citées.

Quelles solutions pour remédier au problème ?

En forte augmentation depuis le passage du Covid, les reconversions professionnelles sont un horizon. L’étude de Michael Page indique notamment que 38 % des femmes travaillant dans la cybersécurité ont débuté leur carrière dans un autre milieu.

Aussi, il existe aujourd’hui davantage de formations pour devenir un développeur basique, ce qui est très utile pour les entreprises. « Mais ce n’est pas suffisant pour pourvoir des postes plus pointus, qui nécessitent un savoir technique plus profond », nuance le cadre de Michael Page.

Du côté des recruteurs, l’heure est à l’adaptation aux exigences de la demande. Salaires plus importants que la moyenne, négociables à la hausse, télétravail à 100 %, primes, flexibilité horaire, congés supplémentaires, tels sont les outils identifiés par l’étude.

« On a de nombreux jeunes candidats qui n’hésitent plus à exiger des packages salariaux importants. J’ai déjà eu un profil trentenaire qui a obtenu 130.000 euros brut par an, alors que le salaire d’origine était déjà de 100.000 », partage le directeur de Michael Page technologie. Mais d’après lui, la hausse des salaires devrait se calmer dans l’IT, en raison des incertitudes économiques actuelles. Par contre, aucune baisse n’est prévue à l’horizon et la concurrence pour rester attractif demeurera féroce entre entreprises.

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