les deepfakes pornographiques non consentis bientôt illégaux

Au Royaume-Uni, le gouvernement devrait prochainement interdire le partage de deepfakes pornographiques créés sans le consentement des personnes qu’ils imitent. Une avancée notable mais controversée face à un problème de plus en plus palpable.

Les deepfakes pornographiques circulent très fortement sur la toile

Basés sur l’intelligence artificielle, les deepfakes permettent de superposer des fichiers vidéo ou audio existants à d’autres médias, créant des vidéos qui sont souvent très réalistes. Particulièrement prisée dans le monde de la pornographie et parfois de manière sinistre, cette technologie est de plus en plus populaire. Selon une étude datant de 2019 et réalisée par la firme spécialisée en cybersécurité DeepTrace Labs, 96 % des deepfakes présents sur la toile sont à caractère pornographique.

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Conscients du fléau, les législateurs britanniques devraient rendre les deepfakes pornographiques non consentis illégaux dès le mois de décembre, lorsque l’Online Safety Bill, une importante loi sur la sécurité en ligne, sera présentée devant le Parlement. Ainsi, les personnes partageant des images ou des vidéos explicites qui ont été manipulées pour ressembler à une personne sans son consentement risqueront la prison.

« Prendre ou partager des images intimes d’une personne sans son consentement peut infliger des dommages durables. Nous sommes heureux que le gouvernement mette en œuvre nos recommandations pour renforcer la loi. Une nouvelle série d’infractions permettra d’appréhender un plus large éventail de comportements abusifs, garantissant que davantage d’auteurs de ces actes profondément nuisibles seront poursuivis », déclare Penney Lewis de la Commission juridique, qui a recommandé l’ajout de l’interdiction des deepfakes dans le texte de loi.

Le Royaume-Uni veut devenir l’espace en ligne le plus sûr au monde

« Nous avons vu que les menaces qui pèsent sur les personnes, en particulier les enfants, en ligne ne disparaissent pas, et nous savons qu’une action forte et sans équivoque sera nécessaire si le Royaume-Uni veut atteindre son objectif d’être l’endroit le plus sûr du monde pour être en ligne », affirme Susie Hargreaves, directrice générale de la Fondation Internet Watch, qui coordonne les actions contre les images d’abus d’enfants en ligne.

Comme l’explique The Guardian, la loi a été repoussée à de nombreuses reprises à cause des changements de Premier ministre. Si elle devrait finalement être approuvée par le Parlement, celui-ci pourrait encore apporter des modifications à certains éléments du texte.

Depuis plusieurs années, le Royaume-Uni s’efforce de moderniser et de modifier sa législation sur les contenus en ligne afin de protéger au mieux les mineurs. En 2020 par exemple, le pays a annoncé la mise en place d’une autorité spécialement dédiée aux contenus violents sur les réseaux sociaux.

Des défenseurs de la vie privée s’opposent au texte

L’Online Safety Bill, et notamment la partie sur le partage d’images pornographiques non consenties, ne fait pas l’unanimité outre-Manche. En cause, des craintes liées à la vie privée des Britanniques puisque les autorités se verront confier le droit de fouiller dans les échanges privés des internautes pour y détecter des partages illégaux de deepfakes.

Jim Killock, directeur de l’Open Rights Group, qui défend les libertés numériques des citoyens, affirme que le texte « menace 40 millions d’utilisateurs de WhatsApp et d’autres messageries d’une surveillance constante de leurs messages privés », et qu’il « créera une culture de censure quotidienne qui supprimera de manière disproportionnée le contenu des communautés vulnérables, défavorisées et minoritaires tout en prétendant les protéger ». Toujours selon lui, la loi doit entièrement être « repensée ». Soixante-dix organisations et experts appellent d’ailleurs à retirer du texte toutes les clauses pouvant remettre en question le chiffrement de bout en bout dans les messageries.

Concernant la législation sur les deepfakes pornographiques, la France reste très souple et n’encadre pas spécifiquement l’utilisation malintentionnée de cette technologie.