Les commerces énergivores dans la ligne de mire de BrainBox AI

Forte d’une levée de fonds de 40 millions de dollars réalisée l’été dernier, la jeune pousse montréalaise BrainBox AI passe à la vitesse supérieure. Elle souhaite étendre la portée de ses outils d’optimisation pour immeubles industriels aux grands détaillants qui comptent réduire les coûts et les émissions de chauffage et de climatisation de leurs nombreux commerces.

BrainBox AI espère reproduire avec d’autres grandes chaînes canadiennes ou étrangères le modèle appliqué depuis l’automne dernier au sein de magasins et d’entrepôts de l’enseigne canadienne Sleep Country (propriétaire des magasins Dormez-vous au Québec). L’entreprise dit avoir réussi à réduire de plus du quart ses dépenses énergétiques et de près du tiers les émissions polluantes des systèmes de climatisation là où sa technologie est fonctionnelle.

Outre Sleep Country, la chaîne canadienne de plein air SAIL a également décidé d’adopter la technologie de la jeune pousse. Celle-ci optimise et automatise la gestion de la climatisation à l’aide d’algorithmes d’apprentissage machine dérivés de la recherche en intelligence artificielle faite en collaboration notamment avec les organismes IVADO et Mila, à Montréal, ainsi qu’avec le laboratoire de recherche en énergie renouvelable du Département américain de l’Énergie.

BrainBox cible les détaillants de toute taille qui sont aux prises avec des coûts énergétiques grimpants, explique en entrevue au Devoir son p.-d.g, Sam Ramadori. « L’intelligence artificielle travaille très bien avec beaucoup de données et elle est facile à adopter pour les gros joueurs. La nôtre donne aux plus petits qui dépensent peut-être 20 000 dollars par année en chauffage et qui n’ont pas les moyens de dédier du personnel pour régler cet enjeu, de réduire ça de 5000 dollars. Ça fait une différence ! »

Après quelques années de développement, la jeune pousse montréalaise entame cette année ce qu’elle espère être une phase de croissance accélérée. Sam Ramadori pense doubler à plus de mille d’ici la fin 2023 le nombre d’immeubles où sa technologie est mise en application. « Nous avons ajouté depuis 2019 des sites de différente nature pour améliorer nos solutions. Cette année, nous augmentons le rythme, dans le secteur du détail plus particulièrement, nous nous attendons à un nombre d’installations très important. »

Quand se chauffer coûte cher

 

Fondée en 2017, BrainBox AI illustre plutôt bien l’adage selon lequel nul n’est prophète en son pays. La demande envers sa technologie s’est surtout manifestée à l’extérieur du Québec. Ceci explique cela : le bas prix de l’énergie dans la province se traduit pour les entreprises par des coûts de chauffage et de climatisation de leurs immeubles qui peuvent être « de six à huit fois moins élevés » que ce qu’ils paient en Europe, notamment.

L’entreprise est actuellement présente dans 70 villes situées dans une vingtaine de pays. Sa plus récente expansion est survenue au début 2022 alors qu’elle a notamment fait une percée dans la région de New York, aux États-Unis. Malgré un intérêt moins prononcé au Québec, l’Amérique du Nord est devenue son marché principal et le demeurera dans un avenir prévisible.

BrainBox AI a jusqu’ici surtout réussi à convaincre les gestionnaires d’immeubles de bureaux et des industriels. Sa percée dans le secteur du détail lui permettra de développer un nouveau marché qui tarde à s’attaquer à ses propres enjeux climatiques. Selon le World Business Council for Sustainable Development, le commerce de détail est responsable de plus du quart des émissions mondiales de gaz à effet de serre liées à l’activité humaine.

« C’est vraiment dur pour les grandes chaînes qui ont des cibles climatiques de réduire les émissions de GES sur toute leur chaîne d’approvisionnement : ça part des usines en Asie, les entrepôts, le transport… », résume Sam Ramadori. « De notre côté, c’est facile : nous offrons une solution en un clic qui réduit les émissions de leur chauffage. »

Comme la technologie développée par BrainBox AI est essentiellement logicielle et gérée à distance par Internet, l’entreprise simplifie aussi ses opérations : elle peut regrouper la majorité de ses 145 employés dans ses bureaux de Montréal. « Notre chance, c’est que quand on ajoute des sites jusqu’en Australie, la majorité des nouveaux emplois sont créés ici au Québec. »

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