Le Vietnam et le cinéma : 5 films cultes sur son Histoire et l’Indochine Française

Le Vietnam et le cinéma, le cinéma et le Vietnam, c’est une longue histoire et c’est aussi bien souvent l’Histoire, la grande, celle qui s’écrit avec un grand H…

Ils ne sont pourtant pas si nombreux, les cinéastes qui se sont penchés sur cette période trouble de l’Histoire, en tout cas pour sa « partie française », c’est-à-dire toute la période qui va de la colonie à la guerre dite « d’Indochine ».

Certains d’entre eux ont néanmoins eu du génie et les œuvres demeurent.

En voici une selection de 5 films cultes, qui valent assurément le détour, et qui tous, traitent de la période française au Vietnam.

1 – Indochine (1992 – Régis Wargnier, avec Catherine Deneuve, Vincent Perez, Linh Danh Pham, Jean Yanne, Dominique Blanc…)

C’est une tranche de l’histoire de l’Indochine française des années 1920 à 1950 à travers la saga d’une famille française coloniale exploitant une plantation d’hévéas.

À l’intérieur de ce cadre historique se déroule une histoire d’amour entre l’héritière de cette famille, Éliane, et un lieutenant de vaisseau de la marine française, Jean-Baptiste. Celui-ci optera ensuite pour les nationalistes vietnamiens, par amour pour une princesse vietnamienne (Camille, fille adoptive d’Éliane…), laquelle finira par devenir communiste dans les bagnes français…

Il n’est pas exagéré de dire d’Indochine qu’il demeure à ce jour « le » grand film sur cette période de l’Histoire. C’est en tout cas le film qui a permis à beaucoup de redécouvrir le Vietnam, qui, au tout début des années 1990, avait tout juste recommencé à s’ouvrir au monde…

Il faut dire que les paysages sont absolument somptueux et que pour le coup, la magie opère à plein. Comment, aussi, ne pas mentionner, la prestation éblouissante de Catherine Deneuve, qui trouve là un rôle taillé à sa mesure, un rôle qui lui vaudra, entre autres, le César de la meilleure actrice. Le film, lui, se verra couronné de l’Oscar du meilleur film étranger : une consécration, amplement méritée…

2 – L’Amant (1992 – Jean-Jacques Annaud, avec Jane March & Tony Leung Ka-fai)

À 70 ans, Marguerite Duras raconte son adolescence en Indochine et ses « périodes cachées ». L’auteur évoque les relations difficiles avec sa mère, l’amour qu’elle porte à son petit frère, son attirance physique pour une camarade au pensionnat, et surtout sa relation avec un Chinois de douze ans de plus qu’elle.

Difficile de ne pas succomber au charme qui se dégage des images de Jean-Jacques Annaud, qui aura été lui aussi l’un des artisans de la redécouverte du Vietnam au début des années 1990. Le film, adapté du roman éponyme de Marguerite Duras, a été en effet tourné sur les lieux mêmes, c’est-à-dire dans le delta du Mékong et à Ho Chi Minh-ville.

A noter aussi la prestation de la toute jeune Jane March, 16 ans, qui assume un rôle particulièrement délicat avec un rare brio.

3 – La 317e section (1965 – Pierre Schoendoerffer, avec Jacques Perrin & Bruno Cremer)

L’histoire de six journées de guerre. En mai 1954, durant la guerre d’Indochine, la 317e section, composée de quatre Français et de quarante et un Laotiens reçoit l’ordre d’abandonner le petit poste isolé de Luong Ba, au Laos, pour rallier une colonne partie au secours du camp retranché de Diên Biên Phu.

Il faut rejoindre Tao Tsaï, à cent cinquante kilomètres plus au sud, et s’user en affrontant la forêt hostile, l’eau, les intempéries, les fièvres et les forces communistes Việt Minh qui déferlent de concert sur la section.

Durant la marche, les soldats apprennent avec consternation la chute du camp retranché de Diên Biên Phu.

La section est commandée par un officier, assisté de trois sous-officiers français et d’un sous-officier laotien. Arrivé quinze jours plus tôt, l’officier, le jeune sous-lieutenant Torrens vient tout juste de sortir de Saint-Cyr. Il est secondé par l’adjudant Willsdorff, Alsacien incorporé contre son gré dans la Wehrmacht, vieux routier et vétéran de la Seconde Guerre mondiale.

La progression de la section est ponctuée d’embuscades et de morts. L’inexpérience et la bonne volonté de l’officier, qui détient le commandement, sont sans cesse confrontées au pragmatisme et aux efficaces réflexes de guerre du sous-officier. Mais la compréhension et le respect se nouent peu à peu entre eux.

Avec sa 317e section, Pierre Schoendoerffer réinvente le film de guerre. Résolument sobre, le film est dénué de scènes de combats : l’ennemi est pourtant omniprésent, à la fois centre et absence. Un véritable chef d’œuvre, porté par deux jeunes acteurs de très haut vol : Jacques Perrin, impeccable en jeune saint-cyrien, et Bruno Cremer, inoubliable baroudeur.

4 – Dien Bien Phu (1992 – Pierre Schoendoerffer, avec Patrick Catalifo, Donald Pleasence, Ludmila Mikaël)

En mars 1954 à Hanoï, le journaliste américain Howard Simpson réalise un reportage sur la guerre d’Indochine. Il se lie d’amitié avec plusieurs militaires français et apprend, à leur côté, le début de l’attaque contre le camp retranché de Diên Biên Phu. Il voit là l’occasion d’obtenir les premiers scoops pour son journal. Il entre en contact avec un journaliste français de l’AFP afin de faire confirmer ses informations.

À Diên Biên Phu, l’attaque bat son plein, l’artillerie viêtminh se déchaîne contre les positions françaises et de nombreux officiers ont été tués. Un premier bataillon de parachutistes est envoyé en renfort après la perte des collines fortifiées Béatrice et Gabrielle.

À Hanoï, où un spectacle-concert de violon a été organisé à l’occasion de la tournée de la talentueuse Béatrice Vergnes, l’émotion est à son comble. La population spécule et fait des paris sur le jour de la chute du camp retranché. À l’état-major, tout semble désorganisé, le capitaine Morvan ne sait pas où est son général.

Le capitaine Jegu de Kerveguen se porte alors volontaire pour être parachuté en renfort alors que tout semble déjà perdu dans la cuvette ; il prend le commandement d’une compagnie chargée de tenir une colline, Huguette 7, jusqu’à son repli, quelques semaines plus tard.

Une à une, les collines sont prises et le camp rétrécit comme une peau de chagrin. Sous la pluie battante, quelques contre-attaques françaises parviennent à en reprendre quelques-unes, mais il n’y a plus assez d’effectifs pour les conserver définitivement. Les batailles pour Eliane 1 et Eliane 2 absorbent les derniers efforts.

Au bord de la Nam Youm, la rivière qui serpente au fond de la cuvette, des centaines de déserteurs démoralisés se terrent et attendent l’inexorable.

Le 7 mai 1954, les derniers combattants du camp retranché reçoivent l’ordre de cesser le feu. Des milliers de soldats viêtminhs dévalent des collines environnantes et prennent triomphalement Diên Biên Phu. Plus de 10 000 soldats français (tirailleurs, légionnaires, artilleurs…) sont capturés. Près des trois quarts décèderont en captivité au cours des prochains mois.

Dire de Pierre Schoendoerffer qu’il a été marqué au fer rouge par la guerre d’Indochine (qu’il a lui-même vécu en y faisant ses premières armes, au sens propre comme au sens figuré, au service cinématographique de l’armée) est un doux euphémisme… Ayant lui-même vécu la bataille de Dien Bien Phu, il était le cinéaste tout désigné, semble-t-il, pour ce film-témoignage, un film qui a été tourné près de Hanoï (mais pas à Dien Bien Phu !…) et qui offre – on s’en doute – du très grand spectacle.

A noter la musique élégiaque et ô combien saisissante de Georges Delerue.

5 – Les confins du monde (2018 – Guillaume Nicloux, avec Gaspard Ulliel, Tran Lan Khe, Guillaume Gouix & Gérard Depardieu)

En Indochine, en 1945, Robert Tassen, jeune militaire français, est le seul survivant d’un massacre dans lequel son frère a péri sous ses yeux.

Il arrive à s’extraire du charnier macabre et après avoir erré dans la jungle, il rejoint l’armée, rempli d’un désir de vengeance. Mais il a du mal à s’intégrer avec des soldats désabusés ou cyniques, dépassés par la cruauté de la guerre. Il s’engage alors dans une quête obsessionnelle et secrète à la recherche des assassins de son frère. Mais sa rencontre avec Maï, jeune prostituée Indochinoise, va ébranler ses certitudes…

Avec Les confins du monde, Guillaume Nicloux nous offre une expérience sensorielle d’une rare intensité, magistralement servie par le regretté Gaspard Ulliel, qui signe là l’une de ses prestations les plus abouties. C’est âpre, violent, sauvage, cru, mais bouleversant.

Le film a été tourné en 2017, dans le nord du Vietnam, dans des paysages d’une rare beauté, qui finissent très vite par exercer un véritable pouvoir de fascination sur le spectateur.

A noter, pour l’anecdote, que Guillaume Nicloux n’a pas hésité à faire appel à des amateurs pour boucler sa distribution et que beaucoup d’expatriés qui étaient là au bon moment auront ainsi vécu une expérience absolument inoubliable.