Le procès de Bobigny marque une étape décisive pour le droit à l’IVG

Disparités géographiques, culpabilité… Bien que légal depuis près d’un demi-siècle en France, les freins sont encore importants pour pratiquer une interruption volontaire de grossesse. Il y a 50 ans, le procès de Bobigny marque une étape décisive pour l’accès à l’IVG.

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A Bobigny, à l’automne 1972, cinq femmes sont jugées, l’une, Marie-Claire, pour avoir avorté après un viol, les 4 autres pour complicité ou pratique de l’avortement. Leur avocate: Gisèle Halimi. 

“L’affaire Marie-Claire”, se transforme en tribune contre l’interdiction de l’avortement dans le pays, portée par les féministes du Mouvement de libération des femmes. (MLF)  Abondamment couvert par les médias de l’époque, qui y consacrent articles et émissions, le procès de Bobigny vient amplifier la mobilisation pour le droit à l’avortement, qui monte en puissance depuis quelques années dans la société française. 

L’année précédente, 343 femmes ont signé un manifeste choc dans le Nouvel Observateur, où elles révèlent publiquement avoir avorté. Dans la liste figurent des célébrités comme les actrices Catherine Deneuve ou Françoise Fabian, des écrivaines comme Marguerite Duras et Françoise Sagan.

Survenant dans ce contexte, le procès braque la lumière sur l’inégalité sociale de l’interdiction de l’avortement. Quand des femmes aisées peuvent se permettre d’aller à l’étranger pour avorter légalement, celles de milieux populaires, comme Marie-Claire, n’en ont pas les moyens et doivent avorter clandestinement en France, au risque de subir les foudres de la loi.

Faisant venir des personnalités à la barre pour témoigner, d’un célèbre médecin catholique à un prix Nobel en passant par la philosophe Simone de Beauvoir, Gisèle Halimi parvient à obtenir la relaxe de trois des cinq prévenues, et du simple sursis pour les deux autres – qui encouraient jusqu’à cinq ans de prison.

A la sortie du tribunal, le 22 novembre 1972, elle déclare ainsi devant les micros et les caméras des journalistes, accourus en nombre pour un procès pressenti dès l’époque comme historique : “Ce jugement est quand même un pas irréversible pour un changement de la loi, pour deux raisons. D’abord parce qu’il a exprimé le désarroi de tous les juges devant ce problème. […] Et c’est un pas parce que le procès lui-même, quel qu’ait été le jugement, le procès lui-même a marqué un pas irréversible. Disons que le tribunal a été troublé.”

Le retentissement médiatique, sociétal et politique de ce procès a révélé le changement progressif des mentalités. Le 17 janvier 1975, la loi Veil dépénalisant l’avortement était enfin promulguée, fruit du combat de la ministre de la Santé Simone Veil, et d’autres militantes de la cause féministe, comme Gisèle Halimi.

Eclipsé dans la mémoire collective par la loi Veil du 17 janvier 1975 qui dépénalise l’interruption volontaire de grossesse, le procès de Bobigny a marqué une étape décisive dans l’accès à l’IVG.

La télévision lui a consacré un film en 2006 tandis qu’une pièce consacrée au procès, “Hors la loi”, a été créée à la Comédie-Française en 2019. La passerelle piétonne donnant accès au tribunal de Bobigny porte, quant à elle, depuis 2005, le nom de “passerelle Marie-Claire” – décédée en janvier 2022 à l’âge 66 ans.

Pour les 50 ans du procès de Bobigny, et la tribune de Gisèle Halimi pour le droit à l’avortement, la Maison du Barreau de Paris organise du 13 au 15 octobre des représentations théâtrales de ce procès. Le 6 octobre vient de paraître la version graphique du roman Une farouche liberté, qui retrace la vie de Gisèle Halimi co-écrit avec Annick Cojean, aux éditions Steinkis.

Aujourd’hui encore, la question de l’avortement reste d’actualité. “En France, on sait qu’il y a des disparités d’accès géographiques à l’IVG”, explique le docteur Laura Marin, médecin généraliste et responsable du centre IVG de l’hôpital européen Georges-Pompidou.

“Les femmes peuvent aussi être confrontées à des soignants qui ne sont pas favorables à l’avortement, et qui ne vont pas avoir une attitude professionnelle. Ils vont donner leur avis personnel et rendre difficile leur parcours”. “Il peut aussi y avoir des discours moralisateurs”, poursuit la médecin. “On a entendu, ces dernières semaines dans les lieux où je travaille, des femmes à qui on a fait écouter le bruit du cœur lors de l’échographie qui était réalisée en vue d’une IVG”. Il n’y a aucun motif médical à faire ça”, tranche-t-elle.

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