Le plaidoyer de Mezzour devant les acteurs de la chimie et parachimie

« Ce secteur est au cœur de tout. Il est stratégique et important. Nous avons des groupes solides, mais trop peu par rapport à ce qu’on peut faire. Ce secteur est à la base de tout. Il est à la base même de la transition énergétique, mais on a pris du retard là-dessus. Nous n’avons exploré qu’une infime partie de ce secteur », affirme Ryad Mezzour. En d’autres termes, le potentiel est considérable.

Et les exemples sont légion. Il en cite deux qui illustrent l’importance du secteur. « Toute la chimie du médicament, nous ne l’avons pas. C’est un enjeu important pour assurer notre sécurité sanitaire. Nous devons ramener les principes actifs ou au moins une partie  pour répondre à nos besoins », avance le ministre.

« Le stockage de l’énergie et la batterie est un autre exemple, où le plus important est la chimie de la batterie », poursuit-il.

191 projets en cours et 9.000 emplois attendus

« Tout n’est pas noir », nuance le ministre. Sur les 1.159 projets émanant de la banque de projets sur lesquels nous travaillons, 191 concernent le secteur de la chimie et parachimie, et prévoient de créer 9.000 emplois directs et 13.000 indirects. Ce qui permettra d’augmenter la taille du secteur de 20% dans les prochains mois. « Dans les douze à dix-huit prochains mois, les usines seront installées », promet le ministre.

Les industries chimiques et parachimiques emploient actuellement plus de 60.000 personnes, selon le président de la Fédération de la chimie et de la parachimie (FCP), Abed Chagar. Le secteur compte 1.600 entreprises qui ont généré 120 milliards de dirhams (MMDH) en 2021, et investi plus de 11 MMDH. Sur l’export, le secteur réalisé 74 MMDH. A noter que ces chiffres comptent les réalisations du groupe OCP.

Selon Mezzour, si on exclut OCP, les réalisations du secteur ne sont pas suffisantes, car le potentiel est tel que la taille du secteur peut doubler dans les cinq prochaines années, en termes de création de valeur, d’emplois et d’export.

C’est un secteur qui repose sur la demande du marché local. « Vous imaginez bien qu’on ne peut y construire une industrie compétitive qui puisse résister à des concurrents qui construisent des pans industriels dimensionnés pour le monde, ou au moins pour une région. »

« Quand des pays dimensionnent leur industrie pour un marché d’un milliard de consommateurs, et nous pour un marché de 36 millions, on ne peut pas résister, quoi que l’on fasse ; et même si on résiste, on ne pourra pas avoir la taille critique pour innover. Les conséquences sont connues d’avance », soutient le ministre.

Redimensionner le secteur et ses ambitions

« On peut bricoler, tricoter, sauvegarder, protéger… mais ce ne sera pas suffisant. Il y a de l’expertise, il y a un savoir-faire, il y a des compétences, il y a de l’argent… Un bon projet trouve toujours de l’argent », poursuit Mezzour.

« Il y a des marchés. Le Maroc a signé des ALE qui vous font souffrir depuis quinze ans. Vous avez résisté, vous avez tenu, bon an mal an… c’est encore difficile pour certains d’entre vous. Si on re-bricole pour essayer de préserver et se positionner sur ce marché uniquement, ce n’est même pas la peine qu’on discute », assène le ministre aux opérateurs.

Ryad Mezzour appelle les acteurs à revoir leurs ambitions à la hausse et à dimensionner leurs projets pour le marché international, et pas uniquement local, afin d’espérer doter le Maroc d’une industrie chimique compétitive. « C’est la seule chance que nous avons de grandir et de faire en sorte que le capital marocain aille à la conquête du monde et ne reste pas en défense. Sinon, c’est perdu d’avance », déclare-t-il.

x