Le harcèlement scolaire tue !

“7 janvier 2023, ma vie s’est arrêtée”, écrit sa maman.

Cela s’est passé le samedi 7 janvier dernier à Golbey, près d’Épinal, dans les Vosges. La petite sœur de Lucas a trouvé ce dernier pendu dans sa chambre. Il avait 13 ans et ne supportait plus sa vie de collégien, émaillée de moqueries, de vexations et d’insultes envers son homosexualité assumée et connue de tous. Sa mort tragique ranime à la fois le débat sur le harcèlement scolaire et sur l’homophobie qui, chaque jour, tue en France, comme l’ont rappelé nombre de personnalités en réaction à cette triste annonce. « 7 janvier 2023, ma vie s’est arrêtée », a pour sa part écrit Séverine, la mère de Lucas, sur son compte Facebook. Une phrase que tous les parents ne souhaiteraient jamais avoir à formuler un jour. Ce 7 janvier 2023, c’est tout un peuple qui a pris un peu de la douleur d’une famille brisée.

Journal intime

Comment a-t-on pu en arriver là ? Y avait-il des signes avant-coureurs et ont-ils été bien pris en compte par l’administration scolaire ? Ces questions, tout le monde se les est instantanément posées une fois le drame rendu public, le 11 janvier dernier. L’enquête à venir, confiée au commissariat d’Épinal, mettra sans doute en lumière les failles d’institutions pourtant sensibilisées au cas de l’enfant, comme l’a rappelé au Parisien Valérie Dautresme, la directrice académique des Vosges : « Début septembre [2022, ndlr], [Lucas et sa maman] se sont ouverts sur des moqueries sur son orientation sexuelle, il en faisait état. »

Toujours selon Valérie Dautresme, l’établissement concerné, sur l’impulsion de son chef et du professeur principal de la classe de Lucas, semblait avoir pris la situation au sérieux et évalué les risques encourus. « Pour nous, c’était réglé, a-t-elle reconnu. […] Lorsqu’il y a eu la deuxième réunion parents-professeurs en fin d’année dernière, la maman et Lucas ont dit que les choses allaient mieux et que Lucas allait bien. » Selon certains témoignages, personne, parmi les élèves ou les professeurs, ne soupçonnait en effet que Lucas avait psychologiquement rechuté dans les jours qui ont précédé le drame.

Le 13 janvier dernier, c’était au tour du procureur de la République d’Épinal, Frédéric Nahon, de s’exprimer lors d’un point presse attendu. « S’agissant des causes du décès, les constatations réalisées et l’autopsie réalisée à l’institut médico-légal de Nancy ont permis d’établir la thèse d’un suicide par pendaison, Lucas ayant laissé un mot dans un journal intime expliquant sa volonté de mettre fin à ses jours » a-t-il commencé par corroborer.

Prudent, Frédéric Nahon a ajouté qu’il s’agissait désormais pour les enquêteurs de « confirmer la réalité des faits de harcèlement qu’aurait subis Lucas, leur durée, le contenu exact des propos, des comportements dénoncés et de vérifier les différentes mesures qui ont été prises. Les investigations s’attacheront également à vérifier le lien de causalité entre ces faits et le suicide de l’adolescent. Il convient d’être prudent sur ce dernier point. L’enquête sera déterminante pour établir ou non un lien direct entre le harcèlement et le décès de Lucas. […] Ce qui sera déterminant, c’est la date des moqueries évoquées et leur période. Et les seuls harcèlements dont nous disposons, ce sont ceux réalisés au sein du collège. »

Une victime de trop !

Les réactions publiques n’ont pas tardé. Très active sur la question du harcèlement scolaire, Brigitte Macron a déclaré au Parisien qu’elle militait pour « sensibiliser davantage les personnels enseignants et ceux qui travaillent dans les collèges et lycées pour mieux repérer les cas de harcèlement. » Le ministre de l’Éducation nationale et de la Jeunesse, Pap Ndiaye, a quant à lui apporté son soutien aux élèves, qui, comme Lucas, sont en fragilité. « Leur désespoir fonde ma détermination à empêcher toute forme de harcèlement. »

Des mots ? Beaucoup de personnalités se sont émues du manque de moyens mis en œuvre pour lutter non seulement contre le harcèlement mais contre l’homophobie. « À tous ceux qui pensent qu’il ne sert à rien de lutter contre l’homophobie à l’école, à tous ceux qui ne comprennent pas que des insultes peuvent tuer… Regardez le visage de Lucas, 13 ans, victime de harcèlement homophobe », a twitté Christophe Beaugrand. Sur Instagram, le photographe Jean-Marie Périer, dans un beau texte salué par Sandrine Kiberlain, a de son côté demandé pardon aux parents et aux frère et sœur de Lucas pour « la stupidité de cette époque auréolée de haines en tous genres. »

Pascale Clark (« Quelle tristesse et quelle rage »), Christophe Dechavanne (« Quelle tristesse… mais quelle tristesse ») ou Marc-Olivier Fogiel (« Lucas, nous ne t’oublierons jamais ») ont joint leurs voix au concert d’hommages au petit disparu. Lucas a été enterré à Épinal, ce 14 janvier, laissant derrière lui une famille dévastée qui, par l’intermédiaire de sa mère, a tenu à témoigner, malgré sa douleur incommensurable. Une proche a lu, à l’antenne de BFM TV, un message poignant de cette maman dont il faut saluer la justesse et la lucidité. En voici la teneur : « Lucas, notre petit homme est une victime de plus, une victime de trop.

Combien de marches blanches, combien d’enfants en souffrance et de familles cruellement touchées et de frères et sœurs amputées faudra-t-il encore pour que des actions concrètes soient enfin mises en place dans les lieux où chaque enfant a le droit à une scolarité sans harcèlement ? Nous vous remercions vraiment de tout cœur pour le temps d’antenne que vous consacrerez à notre petit homme mais je vous en prie, vraiment, laissez-moi pleurer dignement mon fils, laissez-moi du temps pour trouver les mots et la force nécessaire pour m’exprimer. Je peux vous assurer que le jour où je serai prête, je ne vous lâcherai plus. Je consacrerai ma vie à continuer le combat de Lucas. Merci. »

Louis-Paul CLÉMENT