Le biopic “Emily” plonge dans l’imaginaire ténébreux de l’autrice Emily Brontë

Dans le nouveau film “Emily”, l’actrice Emma Mackey incarne l’autrice britannique du XIXe siècle Emily Brontë et ses frasques imaginées, mêlant notamment opium, tatouages, et relation intime avec un pasteur, pour un biopic qui revendique d’ignorer les écueils et conventions du genre.

Si Emily Brontë n’a pas tiré son inspiration pour “Les Hauts de Hurlevent” de ces expériences hautes en couleur, cela n’a pour autant que peu d’importance pour l’actrice révélée par la série Netflix “Sex Education”.

“Ce n’est pas un documentaire – j’ai dû faire le deuil mental de tous les éléments biographiques et m’attacher au fait que tout ceci n’est qu’une histoire” que la scénariste et réalisatrice Frances O’Connor “voulait que je raconte”, a confié l’actrice franco-britannique dans un entretien en anglais à l’AFP, en marge du festival du film de Toronto le mois dernier.

– Roman gothique –

Comment une jeune femme britannique timide et solitaire de l’ère victorienne, ayant passé la majeure partie de sa brève existence dans les landes du Yorkshire, en est venue à écrire un roman gothique, sombre et passionnant, qui a tant choqué ses lecteurs de l’époque?

La question a longtemps désarçonné universitaires et admirateurs de l’oeuvre.

“Emily” tente d’offrir une réponse quelque peu détachée de la réalité, laissant des éléments du roman “pénétrer et alimenter le monde réel” de l’autrice, affirme Emma Mackey.

Pour cette dernière, l’écrivaine éponyme ainsi que ses soeurs (également femmes de lettres) Charlotte et Anne ont en réalité probablement tiré leur inspiration littéraire de l’impressionnante bibliothèque à laquelle elles ont eu accès en grandissant.

Cependant, des éléments macabres existaient réellement chez la famille Brontë, selon l’actrice.

Elle note ainsi que la chambre d’Emily Brontë donnait sur un cimetière de Haworth, dans le Yorkshire.

“Je pense que cette morbidité innée était présente à 100%”, assure l’actrice.

Les soeurs auraient aussi vu des habitants de la ville industrielle voisine “mourir de tuberculose à cause de l’eau contaminée par leur propre cimetière”, ajoute-t-elle.

“La mort était partout. Elles ont vu des enfants mourir. C’était très concret pour elles.”

– “Psychologiquement saisissante” –

Le film, sorti vendredi au Royaume-Uni, ne sera projeté dans les salles obscures aux Etats-Unis que début 2023 et sortira en France en mars.

Les critiques lui ont réservé un bon accueil lors de son avant-première au festival du film de Toronto, en septembre.

Le quotidien britannique The Guardian le décrit ainsi comme “joué de belle manière, filmé avec amour et ferveur, et imaginé de façon spéculative”.

Le magazine américain spécialisé Variety a salué la performance d’Emma Mackey pour son Emily “psychologiquement saisissante”, notant cependant que les “puristes de Brontë pourraient chicaner sur la manipulation chronologique”.

Ayant décidé de réduire sa participation aux prochaines saisons de “Sex Education”, l’actrice de 26 ans explore désormais d’autres opportunités.

Après France O’Connor pour “Emily”, elle a ainsi tourné avec une autre réalisatrice, Greta Gerwig, dans le prochain “Barbie”, à l’affiche duquel figurent Ryan Gosling et Margot Robbie.

“Voir comment elles communiquent avec les gens sur le tournage, les sensations qui émanent des plateaux quand ils sont dirigés par des femmes, est vraiment intéressant: il y a cette énergie complètement nouvelle qui en ressort”, souligne Emma Mackey.

Si elle ne considère pas Emily Brontë comme une féministe à proprement parler, la comédienne voit le film comme un “remerciement pour l’impact qu’elle a eu sur les gens, sur les femmes et les lecteurs à travers le monde, encore aujourd’hui”.

Une “ermite”, “auréolée de mystère”: l’autrice avait “quelque chose de fascinant”, selon Emma Mackey.