Lancement de France Géoénergie pour promouvoir la géothermie de surface dans le bâtiment

La naissance officielle du collectif France Géoénergie s’est faite en grande pompe au Salon des maires le mardi 22 novembre 2022. Son objectif, promouvoir le développement de cette énergie locale, disponible sous nos pieds, pour chauffer et rafraîchir les bâtiments.


cet article fait partie du dossier

La géothermie, terre promise des énergies renouvelables


La géothermie de surface valorise les calories naturellement présentes dans le sol ou dans des nappes d’eau, entre 0 et 200 mètres de profondeur. Invisible il y encore presque trois ans, elle pourrait bien devenir le nouveau poulain énergétique sur lequel miser. En témoigne le lancement officiel du collectif France Géoénergie qui a réuni les membres de la filière comme l’association française des professionnels de la géothermie (AFPG) et Celsius Energy ainsi que de nombreux acteurs de la ville et du bâtiment (Equans, Engie Solutions, Vinci Construction, Nexity…) en présence de la ministre de la Transition énergétique. Agnès Pannier-Runacher a profité de l’événement pour annoncer le lancement d’ici la fin de l’année 2022 d’un grand plan sur la géothermie. Il accompagnera la structuration de la filière en amont de la prochaine programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). « Avec l’emballement de la facture énergétique et les enjeux climatiques de réduction des énergies fossiles et de leurs émissions de GES, la géothermie de surface est extrêmement adaptée. Elle doit prendre sa place aux côtés d’autres énergies comme le biogaz et l’électricité. Outre de gros investissements de départ, les infrastructures sont stables et le coût global de cette énergie devient intéressant dans le contexte de crise. Les élus doivent donc se projeter sur le long terme et le gouvernement leur apportera son soutien ainsi qu’à la construction d’une filière industrielle sur les territoires ».

L’état propose déjà des aides sur la mise en œuvre de la géothermie de surface via le fonds chaleur piloté par l’Ademe ainsi que pour les particuliers, les dispositifs MaPrimeRénov’ et les certificats d’économie d’énergie. Il compte s’appuyer sur l’expertise du trio formé par l’Ademe, le BRGM et le Cerema pour accélérer son développement. « Sur l’aspect connaissance, le Cerema termine actuellement une cartographie des zones favorables à la géothermie de surface, disponible pour les collectivités dès la fin 2023 », a précisé Pascal Berteaud, son directeur général.

Un potentiel de 100 TWh d’ici à 2040

Pour extraire l’énergie thermique du sol dont la température moyenne est de 14°C, la technologie utilise des sondes géothermiques qui transfèrent les calories à un fluide caloporteur via une pompe à chaleur (PAC) géothermique. Moins risquée et moins complexe à mettre en œuvre que la géothermie profonde, elle est encore largement sous-utilisée en France. Elle ne fournit aujourd’hui que 3% de la chaleur renouvelable, soit près de 1% de la chaleur  produite en France et moins de 5 TWh. Mais son potentiel est considérable. Elle pourrait être implantée sur 97%  du sol français et produire, d’après le BRGM, 100 TWh d’ici à 2040 en remplacement des chaudières au gaz et au fioul pour le chauffage des bâtiments individuels et du tertiaire, puis du logement collectif.  « C’est un objectif ambitieux mais réaliste », estime Mickaël Philippe, responsable de l’unité géothermie au BRGM qui a lancé avec l’AFPG un observatoire de la géothermie de surface. Sur la Métropole du Grand Paris qui a travaillé avec le BRGM à l’identification du potentiel énergétique de son sous-sol, le taux de couverture de la technologie pourrait ainsi atteindre 80% des besoins en chauffage et en froid des maisons individuelles et 60 % du tertiaire.

De nombreux leviers à activer

Et pour l’AFPG, trois leviers participeront à la massification de la filière. « D’une part, les besoins de rafraîchissement des bâtiments qui vont s’accélérer avec les périodes de canicules. Nous comptons aussi sur le géostockage, un procédé qui pilote le stockage et le déstockage d’énergie dans les sols en fonction des besoins. Enfin, la mutualisation de la technologie sur plusieurs bâtiments est un autre de ses atouts », estime Christophe Luttmann, vice-président de l’AFPG. Et comme le souligne Nathalie Garin-Chereau, directrice de projets chez Bouygues Immobilier, « Nous avons déjà travaillé en géothermie à l’échelle des quartiers, il est désormais important de donner de la visibilité à cette énergie propre et locale à l’échelle du bâtiment ». « Pour cela, il faudra rendre la technologie simple et désirable pour les collectivités », insiste Benoit Maingy, directeur de la construction chez Nexity qui vise à s’engager sur la géothermie comme il l’a déjà fait sur l’aérothermie pour développer son offre de chauffage décarboné. Le préfet Rollon Mouchel-Blaisot, qui dirige le programme national Action cœur de ville, a confirmé l’importance de la pédagogie en direction des élus. « Il faudra un guide pratique du Cerema. Car cette technologie ne doit pas être une affaire de spécialistes mais doit accompagner la fabrique de la ville plus résiliente et plus naturelle », estime Rollon Mouchel-Blaisot  qui suggère d’encourager le mouvement en intégrant des territoires pilotes France Géoénergie au sein du programme Action cœur de ville.

Enfin, deux verrous devront encore être levés : la formation des foreurs-il en manquerait près de 2 000 d’après le BRGM- et le développement, soutenu par l’Ademe, de modèles de financement innovants comme le tiers financement. Pour François Bayrou, à la tête du Haut-commissaire au Plan qui a publié en octobre dernier un rapport plébiscitant l’intérêt de la géothermie de surface, l’enjeu pour la France est énorme. « Nous ne pouvons plus ignorer cette richesse énergétique quasi-illimitée. Il en va de la souveraineté énergétique du pays. Il est donc important de trouver des instruments de financement pour soutenir la structuration de la filière industrielle », a-t-il conclu lors de cette matinée de lancement.