« La Religieuse » : une rebelle au couvent

La Religieuse

À 20 h 55 sur Arte

Au XVIIIe siècle, Suzanne Simonin, 16 ans, est envoyée de force par les siens dans un couvent. Elle expie ainsi un péché de famille qu’elle découvrira plus tard. Recluse, elle est d’abord entourée d’une attention bienveillante par Mme de Moni qui tente de lui montrer les voies supérieures du Seigneur, mais Suzanne se cabre. Elle refuse de prononcer ses vœux, provoquant un scandale qui sera fatal à la mère supérieure, ébranlée dans sa foi et sa raison de vivre.

La sœur Christine qui lui succède est bien décidée à faire plier l’intransigeante par tous les moyens. Un avocat a su, par une lettre sortie en cachette du couvent, ce qu’endurait Suzanne. Il prévient les autorités ecclésiastiques qui, pénétrant dans l’enceinte sacrée, découvrent une pénible réalité. Faute d’être libérée, Suzanne est envoyée dans un autre couvent, accueillant, où la mère supérieure l’entoure de soins affectueux et réclame, avec insistance, son amour, jusqu’à la folie.

Pauline Étienne illumine l’écran

Écrit sous le manteau en 1760 par Diderot qui réglait ses comptes avec l’Église, décrite comme un lieu d’asservissement, La Religieuse, publié à titre posthume en 1796, a déjà été adapté au cinéma en 1967 par Jacques Rivette, avec Anna Karina. À l’époque, le film, fait rarissime, fut interdit pour son anticléricalisme.

La version de Guillaume Nicloux, rediffusé ce soir sur Arte, ne risque pas d’encourir les foudres de la censure, sauf à vouloir sanctionner l’outrance de la démonstration. Le réalisateur n’abuse pas dans ses films du sens de la mesure ni des nuances. Au contraire, il en rajoute : Françoise Lebrun est délicieuse de gentillesse ; Louise Bourgoin parfaite en sadique ; Isabelle Huppert impérieuse en névrosée de l’amour. Ce film révèle surtout Pauline Étienne, fragile et inflexible, dont le talent illumine l’écran. C’est à la fois peu et déjà beaucoup.